Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
La Vraie Semblance
Lacoue-Labarthe Philippe
GALILEE
16,00 €
Épuisé
EAN :9782718607030
En 1955, Heidegger avait accepté de préfacer la monographie que l'une de ses anciennes élèves, devenue historienne de l'art, avait consacrée à La Madone Sixtine de Raphaël, avançant une énième hypothèse sur la destination initiale de cette ?uvre, certes mondialement connue (et du reste aussi bien mondialement exploitée par l'industrie du Kitsch domestique), mais demeurée parfaitement énigmatique: à l'origine, avançait-elle, ce "tableau" aurait été une "fenêtre peinte".Heidegger ne dissimule pas son scepticisme: de manière toute "classique", il voit plutôt dans l'?uvre un retable; mais s'il s'agit d'une "fenêtre peinte", encore faut-il s'entendre sur ce qu'est, en son essence, une fenêtre; et sur la "révélation" dont une telle fenêtre est chaque fois l'occasion quant au jeu même du paraître et de la manifestation, de l'apparition - quant au jeu, donc, de la révélation.
La question de savoir si, comme le disait Adorno, la philosophie de Heidegger est "fasciste jusque dans ses composantes les plus intimes", n'est peut-être pas la plus importante, et certainement pas la plus juste, de celles que pose le destin politique de Heidegger. On ne peut évidemment pas l'éluder et il ne faut pas, de toute façon, imaginer Heidegger tout simplement quitte, pour l'avenir de sa pensée, de son approbation sourde mais déterminée du national-socialisme, de la pauvreté de ses explications, et surtout, du silence qu'il observa obstinément sur l'Extermination. Cela ne devrait pas empêcher toutefois de reconnaître que, incontestablement déçu par le nazisme. Heidegger, dans sa volonté d'en prononcer la "vérité", a révélé quelque chose de la nature profonde du "mouvement" et, par là, probablement dévoilé ce qu'il en est du politique moderne : à savoir que loin, précisément, d'accéder au Moderne, il reste soumis à l'idéal de l'Ancien ("modèle grec") et ne cesse de se poser. Renaissance ou Révolution, en imitation de l'Antique. On appelle ici national-esthétisme ce symptôme dissimulé et catastrophique - du Moderne avorté : et l'on avance que, sous l'alibi de la technique, c'est en réalité la technè qui hante nos politiques, et cette idée, toujours secrètement présente, qu'un peuple ne naît à l'histoire et ne s'identifie comme tel que s'il est porteur d'un art, c'est-à-dire d'un mythe, qui lui soit propre.
Résumé : La question d'Adorno " la poésie, après Auschwitz, est-elle encore possible ? " était également, bien que sur un autre mode, la question même de Paul Celan. Celle qui, aggravant la poésie, ne cessait de la rendre plus difficile. C'est parce qu'il portait en lui une telle question que Celan, en 1967, accepta de rencontrer Heidegger avec l'intention de lui demander - à lui, le penseur de la poésie mais aussi le penseur de cet âge du monde qui est le nôtre - de s'expliquer sur son attitude dans les premiers temps du national-socialisme et, surtout, de sortir du silence obstiné qu'il avait observé depuis la fin de la guerre sur Auschwitz : sur l'extermination, cet " événement sans réponse " comme dit Blanchot. Heidegger ne dit pas un mot. Fit comme s'il ne comprenait pas. Sur le fond de cet épisode, emblématique, ce livre essaie de s'interroger sur la tâche, aujourd'hui, et la destination de la poésie.
Quatre scènes composent ce livre, toutes consacrées à Wagner. Les deux premières (Baudelaire, Mallarmé) contemporaines du triomphe européen du wagnérisme s'inscrivent dans une séquence historique que ponctuent la guerre de 70 et la Commune, où se préfigure le déchaînement mondial des nations et des classes. Les secondes (Heidegger, Adorno ont lieu lorsque certains aspects du wagnérisme se sorti fait sentir et que la confusion du national et du social s'est comme solidifiée dam une configuration politique monstrueusement inédite Dans les deux cas se jouent ensemble, l'art et la politique mais ni sous la forme d'une politique de l'art, ni encore moins, sous celle d'un a de la politique. Il s'agit, plus gravement, de l'esthétisation de la figuration du politique. Ces quatre scènes encadrent et éclairent la vraie scène , événement philosophique majeur, qui sanctionna la rupture de Nietzsche avec Wagner. . . Philippe Lacoue-Labarthe est né en 1940. Agrégé de philosophie, il a écrit, sur Martin Heidegger, Jacques Derrida, Jacques Lacan, et le romantisme allemand, Paul Celan, Mallarmé et la déconstruction. Il a également traduit en français nombre d'oeuvres de Martin Heidegger, Paul Celan, Friedrich Nietzsche, Friedrich Hölderlin et Walter Benjamin. En 1980, à la demande de Derrida, il fonde avec Jean-Luc Nancy le Centre de Recherche Philosophique sur le Politique. Philippe Lacoue-Labarthe a enseigné la philosophie et l'esthétique à l'université de Strasbourg. II a également dirigé la collection Détroits chez Christian Bourgois éditeur. Il est mort le 28 janvier 2007 à Paris.
Il y a une clé qui ne sèche jamais. Il s'agit de la clé qui déverrouillerait l'origine. La clé de la chambre interdite. On ne sait si elle est tachée de sperme ou de sang. On hésite toujours.
Libre parole rassemble trois essais de style et de circonstance différents : la Conférence Hrant Dink sur la démocratie et la liberté d'expression par temps de violence, donnée en public à Istanbul en janvier 2018 ; les Thèses élaborées en 2015 sur "Liberté d'expression et blasphème", pour intervenir dans la discussion qu'ont relancée les assassinats par les membres de Daech de journalistes de Charlie Hebdo associés à la publication des "caricatures de Mahomet" ; enfin, le séminaire donné en 2013 et rédigé l'année suivante sur les formes de la parrésia selon Michel Foucault, où se trouve déployée à partir de l'exemple grec sa conception du courage de la vérité. Leur objectif commun est de problématiser les conditions et la fonction de la liberté d'expression en tant que droit aux droits, plus fondamental que jamais dans une période de régression des formes démocratiques, facilitée par les effets désagrégateurs de la mondialisation capitaliste, et surdéterminée par les effets de terreur et de contre-terreur que suscite une situation de guerre endémique à laquelle aucune région du monde n'échappe entièrement désormais. Il est aussi de montrer que, si la liberté d'expression institutionnellement garantie, et la libre parole qui en forme la contrepartie subjective, constituent une "propriété" inaliénable des individus et des groupes dont l'autonomie est (théoriquement) reconnue en démocratie, il faut s'élever à la conception d'un bien public de la communication si l'on veut en généraliser l'exercice, en prévenir les usages discriminatoires, et lui conférer par là-même toute sa normativité politique.
Il ne s'agit pas d'ajouter quelque chose à Derrida. Pas non plus de suppléer à des manques chez lui. Rien du double sens de ce mot — supplément — dont il a fait une de ses signatures conceptuelles. De manière générale, on ne complète ni on ne remplace jamais rien dans l'oeuvre d'un auteur : elle vaut telle qu'elle existe. Je pense plutôt à un troisième sens du mot, à ce sens littéraire ou journalistique selon lequel on joint une publication à une autre pour offrir un autre registre ou un autre aspect (un supplément illustré, sonore, ou bien encore le Supplément au voyage de Bougainville...). Ces textes écrits au gré des circonstances — colloques, ouvrages collectifs — et au fil de vingt-cinq années ne sont ni des études, ni des commentaires, ni des interprétations de la pensée de Derrida. Ce sont, pour le dire ainsi, des réponses à sa présence — telle qu'elle est venue et qu'à nouveau elle nous vient, supplément d'elle-même.