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L'ontologie de la langue chez le dernier Heidegger
Botet Serge
PU STRASBOURG
10,00 €
Épuisé
EAN :9782868204608
Chez le dernier Heidegger l'ontologie devient onto-logie: la problématique de l'être se déplace vers celle du dire de l'être. Plusieurs auteurs ont parlé d'" ontologie de la langue " à propos de cette évolution de sa philosophie. Ce constat est fait de longue date par l'exégèse heideggerienne, exégèse qui se résigne pourtant souvent à mentionner, voire à pasticher sans les expliciter les "jeux langagiers gratuits" du philosophe, son retrait dans la poésie devenue " Maison de l'Être ". Tout au plus l'exégèse à coloration linguistique glose-t-elle de manière assez laconique sur quelques syntagmes isolés ou certaines particularités scripturales comme la fameuse " biffure " de l'Etre. Nous avons cherché pour notre part à aborder d'une autre manière la pensée (et l'écriture) du dernier Heidegger, et, à vrai dire, par le biais d'un texte qui nous semble incarner au plus près l'" ontologie de la langue ", un texte que nous avons scruté sous toutes ses coutures, parce que nous étions convaincu que Heidegger lui aussi l'avait ouvragé sous toutes ses coutures, pour lui faire dire, pour lui faire montrer ce qui est a priori philosophiquement indicible: l'ouverture de l'étant à son être.
Dans ce travail, nous avons voulu aborder le Zarathoustra de Nietzsche sous un angle nouveau : au lieu d'appréhender Zarathoustra comme œuvre philosophique véhiculant seulement des contenus, nous avons voulu mesurer son impact communicationnel en tant que " performance illocutoire ". C'est une évidence : " faire savoir ", l'information, n'est pas la vocation première du Zarathoustra. Pour rester cohérente avec elle-même, la philosophie de Nietzsche, qu'il est convenu de définir comme une philosophie du vouloir, doit aussi chercher à " faire vouloir ". Il nous semblait donc que ce que les pragmaticiens nomment aujourd'hui la " fonction appellative " y tenait à coup sûr une place essentielle. C'est pour aiguiser leur vouloir que le tribun Zarathoustra cherche continuellement à faire agir et réagir ses auditeurs et adeptes. Ce sont donc les nuances de cet " appel " véhiculé par Zarathoustra - médiatisant lui-même un autre appel adressé par Nietzsche à la communauté des lecteurs - que nous avons cherché à mieux cerner en nous servant des outils de la pragmatique moderne. Au final notre objectif reste pourtant philosophique : découvrir et explorer dans l'œuvre immense qu'est Zarathoustra une nouvelle strate, une nouvelle dimension, une nouvelle cohérence jusque-là pressentie, mais non encore explicitée.
Le siècle dernier nous avait offert deux grandes guerres fratricides et meurtrières. Les survivants ont-ils échappé aux illusions nationalistes, fascistes, collectivistes et coloniales ? L'esprit humain nous réserve de nouvelles surprises. Un ordre nouveau se dessine. Un pour cent de la population du globe cumule de plein droit quatre-vingt-dix pour cent des richesses. Les jeux financiers, monétaires et politiques servent inconditionnellement cette oligarchie de "gagnants". Peu d'entre eux ont le panache et le rayonnement des grands leaders de jadis. Nul ne tranche le noeud gordien ou ne franchit le Rubicon. Nul ne brille par l'intelligence, la culture ou la générosité des idées. L'esprit ne sert pas la cote boursière. Une foule de petits commis besogneux fait compétition jalouse de compétences, de profils et de carrières pour servir ces maîtres occultes. La caste dominante est prédatrice comme ces bandes de chiens errants devenus pires que les meutes de loups. Nantie ou élue elle pratique "l'omerta" à la manière des groupes mafieux. Orwell écrivit : "En ces temps d'imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire". On ne manque ni de pain ni de jeux, mais chacun demeure insatisfait dans l'attente de reconnaissance, de mythe donnant racine et de confiance en la fidélité des liens. Certes les "réseaux sociaux" entretiennent à leur façon rudimentaire l'illusion de partages. Freud et Valéry prédisaient le déclin de l'esprit. Simuler la sagesse même dans sa caricature, c'est aussi faire de la philosophie, énonçait Diogène. Nous voici cyniques avec lui dans ce monde de chiens face à l'aliénation du paraître d'aujourd'hui et ses violences sournoises. Pascal affirmait que la foi faisant sens (quelle qu'elle soit...) se cultive intimement. Cela demande suffisamment de laïcité, d'autonomie, de responsabilité, de courage et de liberté de pensée. Nulle école n'a l'audace suffisante et le savoir assez modeste pour aller à cette exemplarité.
Zarathoustra, l'annonciateur du surhomme, le chantre de la volonté de puissance et de l'éternel retour disparut seul face au soleil, ne laissant à ses adeptes qu'un seul message pouvant se résumer ainsi : "Il vous faut vivre et vouloir par vous-mêmes !". Mais comme tout ce qui vit, comme tout ce qui veut, Zarathoustra lui-même faisant partie du cycle éternel, il ne pouvait que revenir. C'est ce retour qu'évoque ce récit qui se veut littéraire et même souvent poétique. Revenu du passé par la porte du temps, Zarathoustra trouve devant lui un monde dominé par un monstre : le "Marché", qui à force de tout dévorer a fini par se dévorer lui-même. Au milieu d'un champ de ruines, aux confins d'un monde où il est même devenu impossible et impensable de vivre, dans un monde qui cherche pathétiquement sa résurrection dans le "Marché" qui l'a justement conduit à sa perte, Zarathoustra et ses nouveaux adeptes quêtent et trouvent dans un pauvre désert les signes d'un espoir à renaître. "Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve", écrivait Hölderlin. Cette citation illustre mieux que tout le message philosophique, poétique et esthétique qui apprendra au monde à se sauver du destin unique auquel le monstre phagocyte l'avait définitivement condamné.