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Rue Involontaire
Krzyzanowski Sigismund ; Perrel Catherine
VERDIER
9,20 €
Épuisé
EAN :9782864327561
Rien n'est jamais trop étrange pour Krzyzanowski. Voilà qu'un de ses grands textes - tout petit en nombre de pages - que l'on croyait perdu à jamais vient de réapparaître aux archives à Moscou, restitué en 1995 par le FSB (ex-KGB) puis oublié au fond d'une réserve. S'il n'a pas valu à son auteur d'être arrêté, c'est peut-être parce que celui-ci portait par hasard le même nom qu'un grand révolutionnaire, ou parce qu'il était un écrivain à ce point invisible que l'absence de reconnaissance dont il a tant souffert lui a pour finir sauvé la vie. Et l'on ne sait toujours pas de quelle "affaire" relevait ce dossier. S'agissait-il du texte original confié à une dactylo qui aurait été arrêtée ? D'un exemplaire donné à lire à un écrivain qui se serait fait confisquer ses écrits ? Mystère... Quant à la rue Involontaire, elle existait réellement à l'époque : quelques coudes zigzaguant dans le quartier de l'Arbat où vivait Krzyzanowski avaient "involontairement" formé une petite rue. Celle-ci figure aujourd'hui encore sur les cartes, mais... est introuvable dans la réalité. Rue Involontaire est composé de sept lettres écrites par l'écrivain et son coauteur, la vodka. N'ayant personne à qui écrire, Krzyzanowski les adresse au premier venu ou à la fenêtre qui reste allumée la nuit, et les expédie par la fente de son vasistas. Avec une noirceur joyeusement désespérée, il approche à pas grincés de l'autobiographie. Ce récit est accompagné de deux petits textes ivres et foutraques, et d'extraits des carnets de l'écrivain.
Krzyzanowski Sigismund ; Jurgenson Luba ; Perrel C
Les doigts délicats d'un pianiste virtuose fuguent et découvrent une ville rude et froide. Un joueur d'échecs voit tout à coup sa vie se jouer sur l'échiquier. Un bâtisseur de ponts converse avec un crapaud tout droit venu du Styx. Et le fils d'un fantôme médical, mannequin servant aux futurs médecins à s'entraîner, mille fois accouché, s'échappe de son bain d'alcool et revient hanter l'étudiant qui l'a fait naître. Double difforme du narrateur et de l'auteur, mort-vivant chez les vivants-morts, il travaille comme gardien des lieux et remplit des formulaires: "Dans la rubrique Origines sociales, j'écrivais toujours Fantôme, et dans Occupation temporaire, je notais d'une écriture soigneusement calligraphiée: Humain." Ces récits brefs et étincelants, écrits pour la plupart au début des années vingt, sont marqués par la noirceur de la guerre et d'un temps dont Krzyzanowski a mesuré, avant tout autre, l'absurdité et la violence faite aux hommes comme aux mots.
La dimension subjective de l'expression verbale de l'homme inclut deux grandes catégories étudiées dans ce volume : la composante affective (expression des émotions du locuteur et la gestion de l'affectivité du destinataire) et la composante évaluative (expression des valeurs liées aux jugements axiologiques du locuteur ou inscrits en langue).
Ne seriez-vous pas tenté, citoyen, par l'acquisition d'un système philosophique ? Avec double perspective sur le monde : s'oriente à la fois sur le micro et le macrocosme. Conçu d'après une méthode stricte et sûre. Répond aux grandes questions... pour un petit prix. Vous hésitez, citoyen. Pourtant, cette conception du monde, que je suis également prêt à vous laisser à crédit, est tout ce qu'il y a de plus original ; jamais usée par aucune pensée. Vous seriez le premier à la concevoir. Moi, je ne suis qu'un simple constructeur, un assembleur de systèmes. C'est tout. Mais comprenez donc qu'en vous cédant cette conception, je m'en prive moi-même. N'eût été l'extrême nécessité... je vous le dis franchement : c'est un système idéaliste. Mais je ne prends pas cher. " Ce crève-la-faim de la littérature qui fait commerce de pensées, d'aphorismes ou de chiens volés, et qui sait que les mots l'emportent toujours sur la réalité, ressemble par bien des points à l'auteur des cinq nouvelles rassemblées dans ce volume.
Il est question ici du triangle qui unit celui qui écrit, celui qui lit et le troisième - qui aux deux autres donne existence -, le mot. Entre les trois coule l'encre, sang noir de l'écriture. Tout écrivain "professionnel" est un dresseur de mots. Les "tueurs de lettres ont été de ces dresseurs ; ils ont formé ce club, étrange petite société secrète, et chaque samedi, comme d'autres jouent aux cartes, fuyant un public de lecteurs de plus en plus décérébrés et voraces, ils se réunissent dans une chambre, bibliothèque ascétique, aux rayons vides. Chacun des tueurs de lettres va dérouler son récit dont aucune trace ne doit subsister... Et cependant un texte est là. Qui l'a écrit ? Pour témoigner de quoi ? Peut-on tuer les lettres sans effusion d'encre, sans qu'en épilogue le sang se mette à couler ?
Car nous sommes dans un temps où les vents soulevés charrient de la poussière des confins du désert, car nous sommes dans des villes où nos pas hésitants arpentent nos faillites, détaillent nos abandons, où nos regards brouillés par le sable d'Afrique semé par les grands vents ne discernent plus rien du chemin à tracer, des directions à prendre, car nous sommes en passe de devenir fantômes, frères de déréliction de ceux à qui hier nous tendions des aumônes, fantômes vivants pourtant, tributaires de nos tripes, de nos muscles, de nos désirs éteints, nos regrets murmurés, suspendus aux rumeurs nous n'avons plus de lieux où poser nos fardeaux." M. R. Nous avons souhaité accompagner la publication posthume du dernier livre de Mathieu Riboulet, Les Portes de Thèbes, Eclats de l'année deux mille quinze, d'un ensemble de textes d'écrivains que nous savons particulièrement sensibles à son oeuvre. Mathieu Riboulet est né en 1960 dans la région parisienne. Après des études de cinéma et de lettres, il a réalisé des films de fiction et des documentaires avant de se consacrer à l'écriture. Il est mort à Bordeaux le 5 février 2018. Suivi de A contretemps, décidément de Mathieu Riboulet.
Dans un Paris dévasté par une catastrophe (accident nucléaire, cataclysme naturel, guerre de religion ?), un groupe de jeunes gens arpentent les rues, tentent de survivre en mangeant ce qu'ils trouvent, chantent des airs de John Holiways et fuient la violence de leurs ennemis en cherchant un ailleurs. Car ce monde en lambeaux, il s'agit malgré tout de l'habiter, de s'y vêtir et d'y trouver des raisons d'espérer. Comment tenir ? Comment trouver en soi de quoi réjouir la vie quand tout a sombré? Ce sont les questions que se posent, avec humour et cruauté, les protagonistes de cette aventure.
Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard est une oeuvre monumentale, sans équivalent au cinéma, dans l'histoire de l'art et même dans les manières d'écrire l'Histoire. Le cinéma y apparaît enfin tel qu'il est : la forme d'art majeure du XXe siècle et son centre, au-delà du spectacle divertissant pour lequel on le tient généralement et même de l'objet d'amour particulier des cinéphiles. "Le cinéma a fait exister le XXe siècle", il en a été la fabrique. A l'écoute de ce qui est à l'oeuvre dans Histoire(s) du cinéma, ce dialogue, entre le créateur et le critique, est une approche esthétique, philosophique et historique de ses conditions de possibilités : le cinéma dans le siècle et le siècle dans le cinéma, impliquant le tout de l'homme du XXe — de l'imaginaire des salles obscures, de l'horreur réelle des désastres, aux tentatives de rédemption par l'art.
Il y a d'un côté le colosse unijambiste et alcoolique, et tout ce qui va avec : violence conjugale, comportement irrationnel, tragi-comédie du quotidien, un « gros déglingo », dit sa fille, un vrai punk avant l'heure. Il y a de l'autre le lecteur autodidacte de spiritualité orientale, à la sensibilité artistique empêchée, déposant chaque soir un tendre baiser sur le portrait pixellisé de feue son épouse ; mon père, dit sa fille, qu'elle seule semble voir sous les apparences du premier. Il y a enfin une maison, à Carrières-sous-Poissy et un monde anciennement rural et ouvrier. De cette maison, il va bien falloir faire quelque chose à la mort de ce père Janus, colosse fragile à double face. Capharnaüm invraisemblable, caverne d'Ali-Baba, la maison délabrée devient un réseau infini de signes et de souvenirs pour sa fille qui décide de trier méthodiquement ses affaires. Que disent d'un père ces recueils de haïkus, auxquels des feuilles d'érable ou de papier hygiénique font office de marque-page ? Même elle, sa fille, la narratrice, peine à déceler une cohérence dans ce chaos. Et puis, un jour, comme venue du passé, et parlant d'outre-tombe, une lettre arrive, qui dit toute la vérité sur ce père aimé auquel, malgré la distance sociale, sa fille ressemble tant.Notes Biographiques : Née en 1974 en banlieue parisienne, Anne Pauly vit et travaille à Paris. Avant que j'oublie est son premier roman.