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Le thème étranger. [nouvelles
Krzyzanowski Sigismund
VERDIER
13,79 €
Épuisé
EAN :9782864322870
Ne seriez-vous pas tenté, citoyen, par l'acquisition d'un système philosophique ? Avec double perspective sur le monde : s'oriente à la fois sur le micro et le macrocosme. Conçu d'après une méthode stricte et sûre. Répond aux grandes questions... pour un petit prix. Vous hésitez, citoyen. Pourtant, cette conception du monde, que je suis également prêt à vous laisser à crédit, est tout ce qu'il y a de plus original ; jamais usée par aucune pensée. Vous seriez le premier à la concevoir. Moi, je ne suis qu'un simple constructeur, un assembleur de systèmes. C'est tout. Mais comprenez donc qu'en vous cédant cette conception, je m'en prive moi-même. N'eût été l'extrême nécessité... je vous le dis franchement : c'est un système idéaliste. Mais je ne prends pas cher. " Ce crève-la-faim de la littérature qui fait commerce de pensées, d'aphorismes ou de chiens volés, et qui sait que les mots l'emportent toujours sur la réalité, ressemble par bien des points à l'auteur des cinq nouvelles rassemblées dans ce volume.
Le baron de Münchhausen, officier allemand très réel (1720-1797) qui servit dans l'armée russe contre les Turcs, et dont les aventures extraordinaires inspirèrent romanciers et cinéastes (en France il est devenu le baron de Crac), est ici "réactivé" pour donner à comprendre la Russie des années vingt. Les puissances occidentales cherchent celui qui pourrait porter ses pas dans ce pays invraisemblable afin d'essayer d'en repérer les extravagances. En sa qualité de personnage de fiction, le baron est tout désigné. Ce qu'il dit de la Russie laisse le monde entier ébahi. Traduit du russe. Du même auteur : Le Marque page ; Le Club des tueurs de lettres ; Estampillé Moscou.
L'histoire que Max préférait quand il avait quatre ans était celle de Tic et Tac. Chevauchant le genou paternel, les paumes fourrées dans le veston au lainage imprégné de l'odeur du tabac, le petit commandait: - Raconte-moi Tac. Le genou oscillait au rythme du balancier qui tictaquait contre le mur, et le père commençait: - Alors, attaquons: il était une fois une horloge (avec un ressort dedans), et l'horloge avait deux fils: Tic et Tac. Pour apprendre à marcher à Tic et à Tac, l'horloge avait sa tactique: geignant et grinçant, elle se laissait remonter. Et l'aiguille noire - pour un prix convenu - se promenait avec Tic-Tac sur le cadran. Mais Tic et Tac ont grandi: des taquins, de vrais loustics. Ils ont quitté chiffres et cadran, ils ne reviennent pas. Et l'horloge les cherche à tâtons avec ses aiguilles, elle geint et appelle: «Tic-Tac, Tac-Tic, Tac!» Alors, elle est bien racontée, mon histoire? Et le petit Max, plongeant la tête la première sous le pan de la veste, clignait de l'oeil derrière les paupières de drap des boutonnières et répondait invariablement: - Non. Le chaud gilet paternel tressautait de rire, bruissait contre ses oreilles; visible par la fente de la boutonnière, une main secouait une pipe. - Et alors, comment faut-il la raconter? Je vous écoute, monsieur Max Sterer. Finalement Max Sterer avait répondu, mais trente ans plus tard. La première tentative de passer le seuil qui sépare les mots de l'action se situe vers la sixième année de la vie de Max. La maison où vivaient les Sterer jouxtait des champs de moutarde, dont les carrés verts descendaient loin vers un méandre de la Volga. Un soir - c'était en juillet - le gamin ne parut pas au dîner. Le domestique fit le tour de la maison en criant le nom du disparu. La place de Max demeura vide pendant tout le repas. Le soir devint nuit. Le père et le domestique partirent à sa recherche. La lumière demeura allumée toute la nuit dans la maison. On ne retrouva le fugitif qu'au matin: près de l'embarcadère, à dix verstes de la maison. Il avait tout d'un voyageur chevronné: baluchon sur le dos, bâton à la main, dans la poche un croûton de pain et quatre pièces de cinq kopeks. Aux cris furieux du père, qui exigeait un mea-culpa sincère, le fuyard répondit tranquillement: - Ce n'est pas moi, c'est Tac et Tic qui se sont sauvés. Et moi je suis parti les chercher.
A tout niveau de la communication verbale, la subjectivité du locuteur organise son discours, s'inscrivant dans le lexique employé ou résultant uniquement du contexte. La recherche sur la composante affective et axiologique du message verbal développée dans ce volume témoigne de l'omniprésence des émotions et des valeurs en langue et en discours.
Il est question ici du triangle qui unit celui qui écrit, celui qui lit et le troisième - qui aux deux autres donne existence -, le mot. Entre les trois coule l'encre, sang noir de l'écriture. Tout écrivain "professionnel" est un dresseur de mots. Les "tueurs de lettres ont été de ces dresseurs ; ils ont formé ce club, étrange petite société secrète, et chaque samedi, comme d'autres jouent aux cartes, fuyant un public de lecteurs de plus en plus décérébrés et voraces, ils se réunissent dans une chambre, bibliothèque ascétique, aux rayons vides. Chacun des tueurs de lettres va dérouler son récit dont aucune trace ne doit subsister... Et cependant un texte est là. Qui l'a écrit ? Pour témoigner de quoi ? Peut-on tuer les lettres sans effusion d'encre, sans qu'en épilogue le sang se mette à couler ?
Voici l'histoire d'un homme sur une île déserte, élevé sans père ni mère, qui découvre par sa raison seule la vérité de l'univers entier, puis qui rencontre un autre homme, religieux mais sagace, venu d'une terre voisine. Une "sorte de Robinson psychologique", écrivait Ernest Renan à propos du livre. Ecrit en arabe au XIIe siècle par le penseur andalou Ibn Tufayl, né à Guadix, Vivant fils d'Eveillé est un chef-d'oeuvre de la philosophie. Il dévoile sous la forme d'un conte les secrets de la "sagesse orientale". Traduit en latin en 1671, il connaîtra un immense succès dans l'Europe des lettres. Jean-Baptiste Brenet en propose ici une adaptation qui donne la parole au personnage principal." Préface de Kamel Daoud.
Qu'est-ce qu'un grand peintre, au-delà des hasards du talent personnel ? C'est quelqu'un sans doute dont le trop violent appétit d'élévation sociale s'est fourvoyé dans une pratique qui outrepasse les distinctions sociales, et que dès lors nulle renommée ne pourra combler : telle est l'aventure du peintre qui dans ces pages porte le nom de Goya. Ce peut être aussi un homme qui a cru assouvir par la maîtrise des arts la toute-puissance du désir, à ce divertissement noir a voué son oeuvre, jusqu'à ce que son oeuvre, jusqu'à ce que son oeuvre, ou sa propre conscience, lui dise que l'art est là justement où n'est pas la toute-puissance : j'ai appelé cet homme par commodité Watteau. C'est encore quelqu'un qui tôt ou tard doit faire son deuil des maîtres, de l'art et de son histoire, et apprendre que tout artiste pour sa part est de nouveau seul, face à un commanditaire écrasant et peu définissable, dans ces régions arides où l'art confine à la métaphysique, sa pratique à la prière : et j'ai voulu qu'un obscur disciple de Piero della Francesca soit confronté à cela.
Car un laque décoré à la poudre d'or n'est pas fait pour être embrassé d'un seul coup d'oeil dans un endroit illuminé, mais pour être deviné dans un lieu obscur, dans une lueur diffuse qui, par instants, en révèle l'un ou l'autre détail, de telle sorte que, la majeure partie de son décor somptueux constamment caché dans l'ombre, il suscite des résonances inexprimables. De plus, la brillance de sa surface étincelante reflète, quand il est placé dans un lieu obscur, l'agitation de la flamme du luminaire, décelant ainsi le moindre courant d'air qui traverse de temps à autre la pièce la plus calme, et discrètement incite l'homme à la rêverie. N'étaient les objets de laque dans l'espace ombreux, ce monde de rêve à l'incertaine clarté que sécrètent chandelles ou lampes à huile, ce battement du pouls de la nuit que sont les clignotements de la flamme, perdraient à coup sûr une bonne part de leur fascination. Ainsi que de minces filets d'eau courant sur les nattes pour se rassembler en nappes stagnantes, les rayons de lumière sont captés, l'un ici, l'autre là, puis se propagent ténus, incertains et scintillants, tissant sur la trame de la nuit comme un damas fait de ces dessins à la poudre d'or." Publié pour la première fois en 1978 dans l'admirable traduction de René Sieffert, ce livre culte est une réflexion sur la conception japonaise du beau.
Dans un pays dont on ignore le nom, où se succèdent des dictateurs qui tentent de le moderniser, une soeur et son frère jumeau vivent à la ferme de leurs parents, au milieu des plaines. Marcio travaille aux champs avec le père, un homme violent, tandis que Léonora s'occupe de la maison avec sa mère. Ils ont douze ans à peine et leur complicité semble totale, leurs jeux interdits irrépressibles. Mais un soir, alors que leurs corps se rapprochent doucement dans le fenil, le père surgit et voit se confirmer ce qu'il a toujours suspecté. Tandis qu'un nouveau coup d'Etat vient de se produire, les parents décident de séparer les jumeaux. Commence alors un combat long et incertain, celui de la réinvention de soi et de la quête obstinée de liberté.