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Poétique de l'opéra français. De Corneille à Rousseau, 2e édition
Kintzler Catherine
MINERVE
35,00 €
Épuisé
EAN :9782869311114
Parce que l'opéra est un théâtre, il s'impose comme objet littéraire. Est-il raisonnable qu'une furie s'envole? À quoi ressemblent les aboiements de Cerbère? Pourquoi est-il normal qu'un personnage arrive sur un nuage, mais inadmissible qu'Achille vive cent ans? Pour que des questions aussi frivoles deviennent sérieuses, il fallait les hisser, comme le fit la France classique, à la hauteur d'objets intellectuels. C'était faire voir que l'opéra se pense comme, et selon, le théâtre classique dont il épouse la poétique et les principes philosophiques. En s'emparant du domaine du fabuleux qui l'affranchit des contraintes ordinaires, l'opéra classique ose ce que le théâtre s'interdit. Au-delà des règles, il met à nu les lois de ce monde possible que se propose toute mise en scène. Révélation et trahison de son homologue dramatique, cet hyper-théâtre construit un monde pensable, avec sa logique, sa physique et son éthique. Aussi faut-il, pour le débrouiller, recourir aux plus grands penseurs. Sans Corneille (qui ne croit pas à l'opéra français), sans Rousseau (qui n'y croit plus), Lully et Rameau sont orphelins.
La laïcité est une idée à la fois simple et difficile - ce n'est pas incompatible. C'est paradoxalement sa pauvreté (son minimalisme) qui en fait la puissance. Il ne sert à rien de dire qu'elle est abstraite: son efficacité concrète s'apprécie à la quantité de liberté qu'elle rend possible. C'est ce qu'on essaie de montrer en examinant les questions "de terrain" qui ont jalonné les deux dernières décennies, entre autres: qu'est-ce que l'extrémisme laïque? Comment la laïcité a-t-elle été offerte en cadeau à l'extrême droite? L'interdiction du masque intégral est-elle d'inspiration laïque? La liberté des cultes requiert-elle un soutien public? Une entreprise peut-elle revendiquer la laïcité?Y a-t-il une "spiritualité laïque"? Autant d'occasions pour l'auteur de tester une théorisation générale et d'élargir la réflexion par des échappées philosophiques - sur la nature du lien politique, les formes de la liberté, la notion de communauté, l'identité, la notion de position critique, le statut de la culture, celui de la morale et de la perfectibilité.
La loi a-t-elle besoin d'une forme de foi? La laïcité suppose-t-elle une façon de penser l'association politique? La laïcité est-elle une valeur, une doctrine, une théorie? Pourquoi la question de l'école est-elle centrale dans la pensée laïque? La laïcité engage-t-elle un rapport à la culture?
Jamais Rameau n'a été aussi actuel, dans son art comme dans sa science. Hautain, insolent, herculéen, admirablement obstiné, méditatif, hyperactif, magnifiquement dissonant et magnifiquement silencieux, il vous râpe les oreilles tout en vous enchantant. Il lut Descartes pour y apprendre à lire comme les bienheureux dont parle Alain, il tint tête dans sa folie spéculative aux plus grands esprits de son siècle, écrivant une musique que parfois il était le seul à entendre; il fut un de ces très grands musiciens pour qui la musique n'a pas pour fonction d'adoucir les moeurs mais de réveiller la pensée. Ce Rameau-là, c'est aussi celui que Jean-Jacques Rousseau éclaira par une aversion lumineuse qui ne peut se réduire à un mouvement d'humeur. Pour comprendre, il n'est pas nécessaire d'aimer: il faut remonter aux principes et en déceler l'organisation afin de mieux les démonter. Parce qu'il travailla son aversion pour en faire une pensée et une contre-pensée, Rousseau fut et reste ici le meilleur instituteur, malveillant et extralucide.
Parce qu'il s'interroge sur les effets de la liberté politique, Condorcet construit le concept de l'école républicaine. Faute de lumières et de pensée réflexive, un peuple souverain est exposé à devenir son propre tyran, et le progrès n'est pour lui qu'un processus d'étouffement ; il ne peut être vraiment libre que par la rencontre avec les objets du savoir désintéressé formant l'humaine encyclopédie. Il appartient à la puissance publique d'organiser une telle rencontre afin que chacun soit capable de se soustraire à l'autorité d'autrui et de s'engager sur le chemin de sa propre perfectibilité. L'égalité prend alors sa forme la plus accomplie : l'excellence et la distinction des talents. Lire Condorcet, c'est reprendre possession d'une théorie de l'école profondément ancrée dans une philosophie de la liberté. La puissance de la pensée classique est d'une grande actualité : elle permet de mesurer combien les " réformateurs " , depuis des décennies, se sont acharnés à éloigner l'école d'une telle hauteur de vue.