Né en 1965, Nicolas Bourriaud est le critique français de sa génération qui bénéficie de la réputation internationale la plus large. Le concept qu'il a forgé d'"esthétique relationnelle", pour désigner des pratiques artistiques ambitionnant de reconquérir le lien social, a été repris dans le monde entier. Il lui a aussi permis de fédérer un certain nombre d'artistes parmi les plus représentatifs de notre époque, tels que Pierre Huyghe, Philippe Parreno, Rirkrit Tiravanija, Thomas Hirschhorn. Co-fondateur du Palais de Tokyo à Paris, devenu le lieu d'exposition le plus emblématique de la création contemporaine, Nicolas Bourriaud est l'un des rares à avoir tenté, dans son livre intitulé Radicant, une analyse des conséquences de la globalisation. Il a été conservateur de la Tate Britain (Londres) et, à ce titre, responsable de la Tate Triennale en 2009. Parmi les nombreuses expositions qu'il a organisées, notons les biennales de Moscou, Lyon, Taïpei...
On nomme morphologie flexionnelle ou flexion l'ensemble des procédés servant à moduler la référence des mots sans la changer fondamentalement : chantera et chantait désignent la même activité, respectivement future et révolue. Les significations exprimées par ces procédés sont nombreuses (temps, mode, fonction grammaticale, etc.) et leur mode d'expression varié : à chantait formé par suffixation à un radical constant répond l'anglais sang, formé par modification du radical. La limite entre flexion et syntaxe est également mouvante, telle langue confiant à la première ce que telle autre réserve à la seconde : par exemple en wolof raxasloo 'faire laver' (raxas 'laver'). Cet ouvrage vise à exposer cette diversité à travers les langues. Les théories et modèles concurrents qui tentent d'en rendre compte y sont présentés. La flexion constituant une source de complexité du langage, l'ouvrage explore également ses fondements cognitifs, sa possible origine (pré)historique et les processus par lesquels les enfants l'acquièrent.
Comment décrire l'action ?? Quels outils, quels moyens et quelles techniques mobiliser pour comprendre, par l'exercice de l'observation et de la description, les logiques et les formes de l'agir ordinaire ?? Ces deux questions sont inscrites au coeur d'Une bonne description, et irriguent la pratique artistique du théâtre. Cet ouvrage rassemble des écrits historiques produits par d'éminents spécialistes de la communication anglosaxons (Margaret Mead, Gregory Bateson, Ray Birdwhistell, Albert Scheflen ou encore Henry Brosin) et des textes inédits produits par des chercheur·ses contemporains (Christophe Kihm, Yvane Chapuis, Laura Spozio et Rémy Campos), afin de comprendre ce que l'observation et la description font à l'action. Un manuscrit non publié est ici au coeur de toutes les attentions ? : intitulé The Natural History of an Interview et écrit dans le courant des années 1960, cette somme réunit des textes théoriques et des études reposant sur l'analyse d'un entretien filmé, connu sous le nom de "? scène de la cigarette ? ". Cette étude est exemplaire des problèmes soulevés par une observation et une description à des échelles très réduites, et fait date quant au recours aux moyens techniques audiovisuels pour les recherches en sciences humaines. Les textes contemporains écrits pour cet ouvrage rendent compte d'une expérience unique ? : soumettre les descriptions et partitions de gestes et de mouvements issues de ces travaux historiques à l'épreuve de la reconstitution, en engageant un travail avec des actrices, qui les rejouent. Le livre constitue ainsi un ouvrage de référence, présentant un ensemble documentaire inédit dans le monde francophone. Les ressources théoriques et les exemples présentés sont destinés à constituer une boîte à outils méthodologique exploitable dans plusieurs domaines de la performance, qu'elle soit théâtrale, plastique ou sonore, mais aussi à poser à nouveaux frais les questions de l'observation et de la description des comportements ordinaires.
A quelles conditions peut-on, dans un discours réel, utiliser un énoncé comme argument en faveur d'un autre? La réponse semble aller de soi, au moins si l'on assimile l'argumentation à une espèce de raisonnement - peut-être lâche et flou, mais analogue en son l'enchaînement des énoncés se fonde sur les informations qu'ils véhiculent, sur ce qu'ils disent de la réalité. C'est justement l'inverse que veut montrer la théorie des échelles argumentatives. Selon elle, la structure des énoncés, au sens le plus étroitement grammatical du terme, contient, indépendamment des informations qu'ils donnent, des indications sur le type de conclusions qu'ils peuvent servir. Le sens même de nos paroles doit alors être vu comme étant, de façon intrinsèque, un moyen pour orienter le discours de l'autre, l'intention de dire ne se distinguant pas de l'intention de faire dire. Ce qui fait triompher le structuralisme là où on l'attend le moins, en sémantique: la valeur sémantique d'un énoncé est constituée par allusion à la possibilité d'un autre énoncé - l'énoncé de l'Autre.
Heartney Eleanor ; Martin Jean-Hubert ; Millet Cat
Robert Storr (né en 1949, vit à New York) est peintre, historien de l'art, curator, enseignant. Il signe ses premières critiques dans Art in America, ce qui lui confère un statut de critique international. Parallèlement, artpress lui propose une collaboration qui se poursuit aujourd'hui. Senior curator au département de sculptures et de peintures au Museum of Modern Art de New York, de 1990 à 2002, il y a organisé de nombreuses expositions, parmi lesquelles les rétrospectives de Robert Ryman, Gerhard Richter, Max Beckmann. Directeur général de la Biennale de Venise en 2007, à laquelle il donne le titre de "Penser avec les sens, sentir avec la raison", il développe sa conception du rapport entre politique et esthétique. Il enseigne actuellement la peinture à la Yale University School of Art. Ses analyses documentées - il est l'auteur d'un ouvrage monumental sur Louise Bourgeois -, sa liberté de penser, font de lui un critique respecté des deux côtés de l'Atlantique. Le dernier entretien, daté de septembre 2017, témoigne de son esprit toujours en alerte.
Celant Germano ; Durand Régis ; Hatt Etienne ; Ley
Co-fondatrice, en 1972, de la revue artpress, Catherine Millet a contribué à faire mieux connaître en France l'abstraction américaine et son héritage : l'art conceptuel ou encore le groupe Support-Surface. En 1981 toutefois, elle organise pour l'ARC, musée d'art moderne de la Ville de Paris, l'exposition Baroques 81, qui enregistre le retour en force d'une peinture principalement figurative. Elle a été commissaire de la France pour la Biennale de Sao Paulo en 1989, puis pour la Biennale de Venise en 1995, choisissant de présenter César dans le pavillon français. Outre des monographies (Yves Klein, Salvador Dalí), elle est l'auteur de l'Art contemporain en France (1987) et de l'Art contemporain, histoire et géographie (2006), régulièrement réédités. A partir de 2001, elle s'engage parallèlement dans une oeuvre littéraire autobiographique. La Vie sexuelle de Catherine M. rencontre un succès mondial. Suivront d'autres titres : Jour de souffrance et Une enfance de rêve. En 2017, elle publie Aimer Lawrence, essai consacré à l'auteur de l'Amant de Lady Chatterley.
Résumé : Aux côtés d'Aragon, Bataille, Klossowski, Céline, Genet, Louis Calaferte est un des écrivains français majeurs du 20e siècle. En 1953, il fit une entrée fracassante dans le monde des Lettres avec la publication d'un premier récit qui sidéra la critique et connut un énorme succès en librairie, Requiem des innocents, publié chez Julliard ; puis en 1963, aux éditions Tchou, un énorme roman récit jugé scandaleux, et qui fut à ce titre interdit pour pornographie, Septentrion. Calaferte faisait ainsi son entrée dans la catégorie des grands auteurs maudits. Ces résistances des moralistes de toutes obédiences ne l'empêchèrent pas, souvent dans l'adversité, la révolte, la solitude, de poursuivre jusqu'à sa mort, en 1994, une oeuvre romanesque, théâtrale, poétique, abondante et puissante, toujours porteuse d'une insoumission de fond aux bassesses et aux lâchetés de son temps.