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Oeuvres 1919-1922
Khlebnikov Vélimir ; Mignot Yvan
VERDIER
47,00 €
Épuisé
EAN :9782864329206
La révolution a eu lieu. Elle a entamé radicalement le siècle. En mai 1919, Khlebnikov quitte Moscou, une petite valise à la main : "Je vais dans le Midi, c'est le printemps." Il part vers l'un des points les plus brûlants de la guerre civile, l'Ukraine. L'errance va durer plus de trois ans et le mènera autour de la Caspienne, en Azerbaïdjan, au Daghestan, en Perse, puis de nouveau en Russie. Il sera emporté par la misère et la gangrène à Santalovo, un village du Nord, près de Novgorod. La valise a fait place à une légendaire taie d'oreiller dans laquelle il entasse ses manuscrits, poèmes, proses, lettres, feuilles parfois volées ou envolées, qui accueille aussi son sommeil. Il écrit dans l'urgence, dans l'obscurité, dans la maison des fous, au profond de la faim, des abris de fortune, devant des feux de camp où s'échangent pain et poème, pain et immortalité.
Velemir Khlebnikov (1885-1922), poète et prosateur, est l'une des figures majeures de l'avant-garde russe. Il a participé à la fondation du mouvement futuriste russe, puis s'en est écarté. C'est un inventeur, un expérimentateur du langage poétique : le "président du globe terrestre" ! Roman Jakobson, l'un des précurseurs du structuralisme, le connaissait personnellement, et voyait en lui "le plus grand poète mondial du siècle actuel". Jeune homme (1904-1907), il poursuit la passion de son père ornithologue et participe à plusieurs expéditions ornithologiques au Daghestan et dans l'Oural. Ses premiers écrits poétiques importants datent de la même époque. La guerre russo-japonaise a aussi eu une influence importante sur lui ("Nous nous sommes jetés dans l'avenir dès 1905".) ; et il est en quête de trouver "la loi principale du temps" . Il se rapproche des symbolistes et des acméistes, publie dans des revues, fonde en 1910 son propre groupe "budetliane" (mot à mot : "habitants du il sera"). Son style se caractérise par une radicalité syntaxique et par nombre de néologismes. Le groupe grandit et comprend notamment les poètes Vladimir Maïakovski et Alekseï Kroutchenikh, et les peintres David Bourliouk, Natalia Gontcharova... Après la Première Guerre mondiale et la révolution de 1917 (qu'il avait prédite dans son premier livre poétique, cinq ans auparavant : "Ne faut-il pas s'attendre à la chute de l'Etat en 1917 ? "), il écrit autant qu'il voyage, se rend en Ukraine, passe une année en Perse, et meurt de tuberculose à l'âge de 36 ans. Le livre comprend un choix d'une quarantaine de poèmes écrits entre 1908 et 1922, année de la mort de Khlebnikov. Certains d'entre eux sont inédits, sinon introuvables. Si la dimension expérimentale de l'oeuvre (création de nouveaux mots, de mots composés à partir de formes linguistiques et non linguistiques, libre association...) est présente dès le premier poème du recueil, ce dernier n'en est pas moins constitué de poèmes-manifestes, "scientifiques" (références mathématiques, ornithologiques, astronomiques), philosophiques, folkloriques (chansons), ainsi que biographiques (poèmes "narratifs" évoquant la famine, l'errance, son séjour en Perse, sa rencontre avec l'Asie)... Velemir Khlebnikov préservait ses manuscrits écrits dans l'urgence et dans l'errance dans une taie d'oreiller. Ouvrage bilingue comportant des dessins et photographies.
Vite, des cabanes. Pas pour s'isoler, vivre de peu, ou tourner le dos à notre monde abîmé ; mais pour braver ce monde, l'habiter autrement : l'élargir. Marielle Macé les explore, les traverse, en invente à son tour. Cabanes élevées sur les ZAD, les places, les rives, cabanes de pratiques, de pensées, de poèmes. Cabanes bâties dans l'écoute renouvelée de la nature - des oiseaux qui tombent ou des eaux qui débordent -, dans l'élargissement résolu du " parlement des vivants ", dans l'imagination d'autres façons de dire nous.
Bashõ est l'une des figures majeures de la poésie classique japonaise. Par la force de son oeuvre, il a imposé dans sa forme l'art du haiku, mais il en a surtout défini la manière, l'esprit : légèreté, recherche de la simplicité et du détachement vont de pair avec une extrême attention à la nature. Le haiku naît donc au bord du vide, de cette intuition soudaine, qui illumine le poème, c'est l'instant révélé dans sa pureté.La vie de ce fils de samourai, né près de Kyoto en 1644, fut exclusivement vouée à la poésie. Agé de treize ans, il apprend auprès d'un maître du haikai les premiers rudiments de ce genre. Plus tard, après avoir lui-même fondé une école et connu le succès à Edo (l'actuelle Tokyo), il renonce à la vie mondaine, prend l'habit de moine, et s'installe dans son premier ermitage. Devant sa retraite, il plante un bananier, un bashõ, offert par l'un de ses disciples - ce qui lui vaudra son pseudonyme. Sa vie est dès lors faite de pauvreté, d'amitiés littéraires et de voyages. Osaka sera le dernier. Après avoir dicté un ultime haiku à ses disciples éplorés, il cesse de s'alimenter, brûle de l'encens, dicte son testament, demande à ses élèves d'écrire des vers pour lui et de le laisser seul. Il meurt le 28 novembre 1694. Sur sa tombe, on plante un bashõ.
Il y a d'un côté le colosse unijambiste et alcoolique, et tout ce qui va avec : violence conjugale, comportement irrationnel, tragi-comédie du quotidien, un « gros déglingo », dit sa fille, un vrai punk avant l'heure. Il y a de l'autre le lecteur autodidacte de spiritualité orientale, à la sensibilité artistique empêchée, déposant chaque soir un tendre baiser sur le portrait pixellisé de feue son épouse ; mon père, dit sa fille, qu'elle seule semble voir sous les apparences du premier. Il y a enfin une maison, à Carrières-sous-Poissy et un monde anciennement rural et ouvrier. De cette maison, il va bien falloir faire quelque chose à la mort de ce père Janus, colosse fragile à double face. Capharnaüm invraisemblable, caverne d'Ali-Baba, la maison délabrée devient un réseau infini de signes et de souvenirs pour sa fille qui décide de trier méthodiquement ses affaires. Que disent d'un père ces recueils de haïkus, auxquels des feuilles d'érable ou de papier hygiénique font office de marque-page ? Même elle, sa fille, la narratrice, peine à déceler une cohérence dans ce chaos. Et puis, un jour, comme venue du passé, et parlant d'outre-tombe, une lettre arrive, qui dit toute la vérité sur ce père aimé auquel, malgré la distance sociale, sa fille ressemble tant.Notes Biographiques : Née en 1974 en banlieue parisienne, Anne Pauly vit et travaille à Paris. Avant que j'oublie est son premier roman.
Qu'est-ce qu'un grand peintre, au-delà des hasards du talent personnel ? C'est quelqu'un sans doute dont le trop violent appétit d'élévation sociale s'est fourvoyé dans une pratique qui outrepasse les distinctions sociales, et que dès lors nulle renommée ne pourra combler : telle est l'aventure du peintre qui dans ces pages porte le nom de Goya. Ce peut être aussi un homme qui a cru assouvir par la maîtrise des arts la toute-puissance du désir, à ce divertissement noir a voué son oeuvre, jusqu'à ce que son oeuvre, jusqu'à ce que son oeuvre, ou sa propre conscience, lui dise que l'art est là justement où n'est pas la toute-puissance : j'ai appelé cet homme par commodité Watteau. C'est encore quelqu'un qui tôt ou tard doit faire son deuil des maîtres, de l'art et de son histoire, et apprendre que tout artiste pour sa part est de nouveau seul, face à un commanditaire écrasant et peu définissable, dans ces régions arides où l'art confine à la métaphysique, sa pratique à la prière : et j'ai voulu qu'un obscur disciple de Piero della Francesca soit confronté à cela.