En mars 1914, le prince allemand Guillaume de Wied monte sur le trône du jeune Etat albanais déchiré par des luttes intestines. Alors que chrétiens et musulmans, maquisards et essadistes, troupes serbes et détachements anglais, français et autrichiens ensanglantent les campagnes, à Durrës le roi envisage de se faire circoncire pour plaire à son nouveau peuple, et le baklava géant offert par le consul de Turquie à son homologue anglais sème l'effroi dans les milieux diplomatiques... Chaos, désillusion, malheur : telles sont les images qu'emportera de cette Année noire la comète qui traverse au même moment le ciel de l'Albanie. Le cortège de la noce s'est figé dans la glace évoque le soulèvement des Albanais du Kosovo, au printemps de 1981, et la sévère reprise en main de la province par les autorités serbes ; mais, plus que le film des événements, c'est la répercussion dans les consciences d'une tragédie digne d'Eschyle que Kadaré s'est ici attaché à saisir, élargissant le strict conflit politique pour se hausser au point de vue de l'histoire _ celle de deux peuples qui s'affrontent jusque dans les légendes qu'ils ont en partage. Ismaïl Kadaré, poète, romancier, nouvelliste, est né en 1936 à Gjirokastra, dans le sud de l'Albanie. Citons, parmi ses oeuvres traduites en français : Les Tambours de la pluie, Chronique de la ville de pierre, La Niche de la honte, Qui a ramené Doruntine ? , Avril brisé.
Résumé : Un épileptique dont on interprète les contorsions comme un message de Dieu, des rhapsodes ambulants colportant d'étranges ballades, des envoyés d'une puissance étrangère qui soudoient un prince crédule et vénal, des caravanes d'asphalte - marchandise du démon -traversant le pays, une main malfaisante qui détruit la nuit ce qui a été fait le jour, un emmuré : tels sont, racontés sous forme de chronique par le moine Gjon, les événements de mauvais augure qui entourent, en 1377, la construction d'un pont sur l'Ouyane maudite, dans le sud de l'Albanie. Une nouvelle fois, dans le Pont aux trois arrhes, Ismail Kadaré analyse le rapport légende-réalité : il démontre comment la légende peut être utilisée à des fins "perfides" - ici, pour camoufler un crime. Mais chez ce maître de l'allégorie et de la métaphore, tout se déploie pour s'inscrire dans une réalité plus vaste, et les événements calamiteux du pont ne sont que la préfiguration, ou la répétition générale, d'un fléau plus terrible : l'invasion de l'Albanie par l'empire ottoman, début d'une tyrannie qui durera plusieurs siècles. Ismail Kadaré, poète, romancier, nouvelliste, est né en 1936 à Gjirokastra, dans le sud de l'Albanie. Il a fait ses études à Tirana puis à Moscou, et vit actuellement à Tirana. Illustration de couverture : Camille Corot, "Le pont de Narni" , 1826 (détail). Paris, Musée du Louvre.
Résumé : Moi, le moine Gjon, fils de Gjorg Oukshama, sachant que l'on ne trouve dans notre langue rient d'écrit sur le pont de l'Ouyane maudite, et vu que, de surcroît, on continue de répandre à son sujet des légendes et de rumeurs non fondées, maintenant donc que sa construction est achevée et qu'il a même été, par deux fois, arrosé de sang à ses fondements et à son sommet, j'ai décidé d'en écrire une histoire.
La mort est intiment liée à la vie, c'est une évidence. Bessian, un écrivain avide de connaissances sur les coutumes qui régissent la vie des montagnards albanais, en est persuadé. Pourtant, alors qu'il entreprend avec sa femme Diane leur voyage de noces dans les lointaines contrées du Rrafsh, il imagine pouvoir garder ce regard extérieur qui les protégera du tragique. Or, le destin semble en avoir décidé autrement. Le couple ne tarde pas à croiser le chemin de Gjorg, un jeune montagnard qui, pour respecter les lois ancestrales du kanun, vient de venger son frère en tuant son meurtrier. C'est donc désormais à Gjorg de fuir celui, qui pour laver son honneur, doit à son tour lui ôter la vie...Ismaïl Kadaré plonge, avec le souci d'une littérature sobre et juste, dans l'histoire de l'Albanie et de ses coutumes. Donnant de sa patrie une image qui est loin d'être toujours lumineuse, il garde pour lui le langage de la vérité et d'un amour fou pour son peuple. L'histoire qu'il nous conte, tragédie ultime d'individus en quête de liberté, possède la beauté des contes sacrés. --Hector Chavez
La Hatha-yoga Pradîpikâ, ou « petite lampe du Hatha-yoga », est l'un des plus complets traités consacrés à cette science millénaire qui nous soit parvenu. Il est attribué à un célèbre yogin du Xe siècle qui l'aurait popularisé sur tout le continent indien. Selon la tradition hindoue, celui qui le pratique parvient par une méthode pratique et violente (hatha = force) à la libération spirituelle recherchée par toutes les voies indiennes. Cette discipline repose sur le principe, reconnu depuis l'antiquité védique, de la correspondance de l'univers et du corps. Elle comporte un certain nombre de techniques, dont les fameuses « postures » (âsana), le « rassemblement des souffles » (pranayana) et les sceaux (mudrâ) qui permettent d'apprendre à maîtriser les énergies du corps et de l'esprit. La traduction de ce traité est précédée d'une étude de Tara Michaël qui montre l'importance des différentes formes de yoga dans les traditions shivaïte et tantrique. Elle est accompagnée d'une traduction du commentaire sanskrit qui l'explicite, « Clair de lune » par Brahmânanda.
La maladie a-t-elle un sens? Voilà une question qui nous concerne tous. Pourtant la médecine ne se la pose plus. Elle soigne en effet le corps sans se soucier de l'intégralité de la personne humaine. Et, privilégiant la compréhension des détails, elle oublie les liens qui unissent les patients au monde dans lequel ils vivent. Tombons-nous malades comme par fatalité, ou bien la maladie est-elle le moyen pour notre corps de trouver, face à des situations perturbantes, un nouvel équilibre? Nos pathologies naissent-elles de causes extérieures à nous ou, au contraire, sont-elles le symptôme d'un malaise plus profond? Thierry Janssen se confronte à ces questions avec une audace remarquable. S'appuyant sur les découvertes scientifiques les plus récentes, il retrace l'histoire de la médecine psychosomatique - véritable donneuse de sens dont il analyse les apports mais aussi les dérives. Et, comparant les théories modernes avec les croyances de peuples traditionnels comme les Aborigènes, les Douala ou les Navajo, il nous montre que, face à la souffrance, nous avons le choix d'explorer plusieurs sens. "Sens biologique" défini par la science, ou "sens symbolique" exprimé par les malades? À travers le témoignage de nombreux patients, nous découvrons, en plus, le "sens collectif" de nos maux. Celui-ci fait appel à notre responsabilité afin de prévenir les pathologies au lieu de les guérir. Ainsi, tout au long de ce livre, Thierry Janssen nous invite à renouer avec des principes de bonne santé qui sont de précieux outils au service de la vie. Et sa réflexion, aussi brillante que passionnante, annonce une autre manière de penser la médecine. Biographie de l'auteur Chirurgien devenu psychothérapeute, Thierry Janssen enseigne les principes d "une" médecine humaniste et responsable "aux professionnels de la santé, dans divers hôpitaux et facultés de médecine. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont La Solution intérieure: vers une nouvelle médecine du corps et de l'esprit, publié en 2006 chez Fayard et considéré comme une référence incontournable."
La Revue Blanche, dont l'aventure n'a guère duré plus de dix ans, a joué en France un rôle-charnière essentiel. La plupart des écrivains, peintres, musiciens, hommes politiques, intellectuels les plus marquants de la fin du XIXe et du début du XXe siècle y ont collaboré ou l'ont côtoyée. Créée, financée et dirigée par les trois frères Natanson, jeunes Juifs polonais, avec la complicité enthousiaste de leurs condisciples du Lycée Condorcet, la Revue Blanche devient vite un lieu de débat sur tous les sujets qui agitent la France. Elle mène des combats politiques sous l'impulsion d'anarchistes comme Fénéon, Mirbeau ; de socialistes, tels Blum, G. Moch, Péguy ; de dreyfusards et de fondateurs de la Ligue des droits de l'homme, comme Reinach et Pressensé. En témoignent ses campagnes dénonçant le génocide arménien, les dérives coloniales, la barbarie des interventions, européenne en Chine, anglaise en Afrique du Sud, et la diffusion des pamphlets de Tolstoï, Thoreau, Nietzsche, Stirner... Elle promeut les peintres Nabis, les Néo-impressionnistes et l'Art nouveau, anticipe le fauvisme, le futurisme et les arts premiers. Toulouse-Lautrec, Bonnard, Vuillard, Vallotton, Hermann-Paul, Cappiello illustrent les articles de la revue et les ouvrages publiés par ses Editions. Après avoir soutenu fidèlement Mallarmé, la Revue Blanche accueille Proust, Gide, Claudel, Jary, Apollinaire qui y débutent, tandis qu'elle édite une nouvelle traduction des Mille et une nuits et Quo Vadis, le premier best-seller du siècle. Elle salue l'innovation dramatique avec Antoine et Lugné-Poe, Ibsen, Strindberg et Tchékhov, sans oublier le triomphe de l'école française de musique avec Debussy. Humour et esprit de fête, liberté, engagement et créativité, pacifisme, laïcité, mondialisation sont les valeurs promues par cette génération emportée dans le sillage de la Revue Blanche. Cet ouvrage illustré et nourri de nombreuses citations décrypte l'histoire de cette avant-garde, nous familiarise avec ses membres, ses réseaux, ses utopies et ses réalisations. Il donne la mesure de l'étape majeure alors franchie par la société française vers le modèle culturel et politique qui est le sien aujourd'hui. . . Paul-Henri Bourrelier ; ingénieur général au corps des mines a dirigé plusieurs établissements publics. Chargé d'inspections aux ministères de l'industrie et de l'Ecologie et de missions de coopération internationales, il anime actuellement l'Association Française pour la prévention des catastrophes naturelles, et un programme d'économie d'énergies en Chine. Il a également fait des communications sur Mirbeau, Lorrain et l'affaire Dreyfus.
Le nouveau monde de l'oncle Henry La fin de la guerre froide semblait déboucher sur un monde simplifié: au centre, une Amérique victorieuse et sans rivale, seule superpuissance capable de dicter son ordre mondial et de diffuser partout son mode de vie et ses valeurs. La magistrale leçon d'histoire et de diplomatie d'Henry Kissinger détruit cette illusion: l'Amérique, prévient celui qui a inspiré pendant près de dix ans sa politique étrangère, va devoir réformer profondément sa vision du monde et ses méthodes d'action, sous peine de se réfugier à nouveau dans un isolationnisme aussi dangereux qu'illusoire. Il lui faudra évoluer dans un système complexe d'équilibre des forces, une notion avec laquelle elle est justement en "délicatesse". Cette révision déchirante concerne d'abord le rêve américain de sécurité collective: incarné pendant près d'un siècle par Woodrow Wilson, l'architecte de la paix de Versailles, il se nourrit de grands principes (l'autodétermination), de volonté de coopération, de partage des valeurs (américaines) et du respect du droit international. Cette doctrine prenait le contre-pied d'une conception européenne qui avait dominé les affaires internationales pendant près de trois siècles avant de s'effondrer. Richelieu, Metternich et Bismarck avaient inventé les concepts d'Etat-nation et de souveraineté, dans un équilibre où chacun, toujours prêt au conflit, se déterminait selon son intérêt national et sa marge de manoeuvre. Or la doctrine wilsonienne n'est plus pertinente, et le nouvel ordre "ressemblera davantage aux systèmes étatiques des xviiie et xixe siècles qu'aux schémas rigides de la guerre froide". Il comprendra cinq ou six grandes puissances - les États-Unis, la Chine, la Russie, le Japon, l'Europe (si elle est unie) et peut-être l'Inde -, entre lesquelles s'établira un jeu mouvant. Et l'ancien conseiller des princes conclut sa grande fresque en suggérant à Bill Clinton de s'intéresser "au style de Bismarck". Les solutions les plus inventives, affirme-t-il, consisteront à "construire des structures mixtes, en chevauchement", fondées sur des principes, des préoccupations de sécurité, ou des intérêts économiques communs. Mais le rodage de ce système, dit-il, "prendra sans doute plusieurs décennies"... --Vincent Giret--
La Guerre et la Paix est une oeuvre mythique de la littérature russe et universelle, une vaste fresque historique et familiale, modèle de ce que seront les grandes sagas du XXe siècle. Sur le fond des grands événements du début du XIXe ? la campagne de 1805-1806 avec Austerlitz et celle de 1812-1813 avec Borodino et l'incendie de Moscou ? s'inscrivent les chroniques de deux familles appartenant à la noblesse russe, les Bolkonski et les Rostov. Des chroniques faites d'amour et de haine, d'interrogations sur la vie et la politique, traversées par les passions et les doutes.Traduite pour la première fois en français, cette version originelle de La Guerre et la Paix ? il y eut plusieurs éditions souvent différentes du vivant de l'auteur ? se fonde sur l'édition publiée dans « L'héritage littéraire » par l'Académie des Sciences de l'URSS. Elle permet aux initiés de mieux connaître les systèmes de pensée et de création artistique de Tolstoï. Par ailleurs, les réflexions philosophiques allégées, le rythme rapide, l'action resserrée, propres à tenir le lecteur en haleine, sans rien ôter à la richesse littéraire, devraient renouveler l'intérêt pour ce chef-d'oeuvre.
Ma patrie, c'est le langage" : cette formule de Jorge Semprún pourrait servir de titre à chacun des onze essais ici réunis. Extraits de trois recueils publiés aux alentours des années 2000 et qui constituent un univers de résonances, ces essais relèvent à la fois de l'étude linguistique - notamment entre le roumain et l'allemand -, de la réflexion poétique - sur le pouvoir des mots, qui peuvent surgir quand on s'y attend le moins - et du témoignage historique d'une exilée politique. Les lecteurs de Herta Müller y découvriront un ton parfois très personnel, où le récit de la Roumanie des années Ceausescu s'appuie sur certains événements privés bouleversants. Mais ce recueil peut également se lire comme une formidable entrée dans l'oeuvre de la lauréate du prix Nobel de littérature, tant il présente en un seul ouvrage le terrible tableau d'une société servant de matériau à la romancière, le rapport au langage singulier de la poétesse découpant des mots dans le journal, et la pensée analytique fulgurante de la théoricienne.
Boulgakov travailla jusqu'à sa mort au Maître et Marguerite. Le roman parut dans la revue Moskva en 1966-1967, amputé d'un bon tiers, pour cause de censure. Il fut néanmoins le grand événement littéraire de la période du «Dégel». Les Russes furent sidérés d'y découvrir une représentation à la fois délirante et plus vraie que nature de la réalité soviétique dans laquelle ils étaient encore plongés, et qu'ils avaient fini par ressentir comme plus ou moins «normale». Ils furent, aussi, incroyablement fiers de ce livre vite reconnu comme un chef-d'oeuvre, et dont on propose ici une nouvelle traduction - la première depuis plus de trente ans. Les théâtres, les comédies, les coulisses et les plateaux sont présents dans Le Maître et Marguerite comme dans les deux autres romans retraduits pour cette édition : La Vie de M. de Molière et Mémoires d'un défunt (Roman théâtral). Boulgakov était un passionné de théâtre. En partie inédites en français, ses oeuvres dramatiques - drames, comédies satiriques ou d'anticipation, pièces sur Molière ou sur Pouchkine -, viennent logiquement compléter ce volume. Sans oublier Batoum, pièce de commande sur la jeunesse de Staline, finalement non agréée par la maître du Kremlin. Une fois de plus, Boulgakov avait écrit «pour son tiroir» ; le Choix de correspondance qui clôt le volume révèle les conditions dramatiques dans lesquelles il composa l'une des plus grandes oeuvres de notre temps.La Vie de M. de Molière - Mémoires d'un défunt - À ma secrète amie - Le Maître et Marguerite. Théâtre : Les Jours des Tourbine - L'Appartement de Zoïka - L'Île pourpre - La Fuite - Adam et Eva - Béatitude - Alexandre Pouchkine - La Cabale des dévots - Ivan Vassilievitch - Batoum - Choix de correspondance suivi de THÉÂTRE (?UVRES, II)
Ce volume contient les oeuvres suivantes: Poésie lyrique - Poèmes narratifs - Prose - Essais autobiographiques - Le Docteur Jivago. Traduit du russe par Michel Aucouturier, Hélène Chatelain, Jean Durin, Gilles Gache, Benjamin Goriely, Hélène Henry, Jean-Claude Lanne, Anne Laurent, Françoise Lesourd, Martine Loridon, Ève Malleret, André Markowicz, Louis Martinez, Catherine Perrel, Valérie Posener, Jacqueline de Proyart, Andrée Robel, Satho Tchimichkian, Vardan Tchimichkian, Alain Thevenard, Laure Spindler-Troubetzkoy et Hélène Zamoyska. Édition de Michel Aucouturier.