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Chasses subtiles
Jünger Ernst ; Bergounioux Pierre ; Plard Henry
KLINCKSIECK
23,00 €
Épuisé
EAN :9782252047996
Considérées comme les "antimémoires" d'un des plus grands écrivains allemands duXX ? siècle, les Chasses subtiles révèlent un pan essentiel de l'oeuvre d'Ernst Jünger : l'entomologie. L'observation des insectes, de leurs moeurs et de leurs métamorphoses, constitue une source d'inspiration inépuisable pour l'écrivain, dont il s'attache à rendre la beauté avec une précision qui n'enlève rien à la poésie du style. Notre édition contient 13 planches en couleur issues d'un livre ancien d'entomologie anglaise, intitulé Illustrations of Exotic Entomology (1770-1882), par Dru Drury, redessinées et gravées par Moses Harris (1730-1787), un coloriste remarquable. "Il n'y a rien de paradoxal, bien au contraire, à ce qu'un même homme, Ernst Jünger, ait rendu compte comme personne de l'expérience de la Grande Guerre et consacré son loisir à la poursuite des insectes. Dans chaque cas, il a passé outre aux interdits que les dieux jaloux ont dressés devant nous, à la crainte, au dégoût instinctifs que les insectes inspirent communément, à la terreur, à l'horreur stupéfiantes des combats. L'événement le plus important de l'histoire, c'est l'invention de l'écriture. La littérature accroît démesurément notre connaissance, notre conscience, aide à notre délivrance. Le monde s'en trouve élargi, augmenté, enrichi et nous, qui en sommes, avec lui. On voit autre chose, autrement, quand on lit Chasses subtiles". Pierre Bergounioux
La dévotion vivante à la culture, l?approche apaisée du grand passage, l?immédiate présence du monde visible dans sa transparence énigmatique constituent la trame chatoyante de ce journal du grand âge. Mais on n?oubliera pas les longs voyages: à l?île Maurice ou en Malaisie pour revoir la comète de Halley, à Bilbao ou dans le Tessin. Et l?écho de la chute du mur de Berlin, ou la réflexion sur son ?uvre: de la pensée de la technique dans "Le Travailleur" à celle de la mort dans "Les Ciseaux". "Soixante-dix s?efface" ou comment transformer la littérature en théodicée?
Ernst Jünger s'étonnait d'avoir atteint, puis vu s'effacer sa soixante-dixième année, lui qui avait cru mourir à vingt ans sur les champs de bataille de la Grande Guerre. Et pourtant, expérience rare, c'est un écrivain de plus de cent ans qui a tracé les dernières lignes de ce journal. Que peut apporter de nouveau le grand âge à une ?uvre confrontée aux épreuves majeures de ce temps, totalitarismes et guerres mondiales? Certes, Jünger se réfère encore à un siècle troublé, revenant à l'affaire Céline ou à la mystérieuse "lettre Freisler", d'authenticité douteuse, où l'on voyait un haut magistrat nazi faire peser sur lui, jusque dans les derniers temps du régime, de graves menaces. Mais l'histoire et la politique reculent à l'arrière-plan, laissant place aux grands cycles cosmiques de la nature et des saisons. Dieux et titans, bêtes et plantes sont les vivants protagonistes d'une action dont les enjeux mettent en cause le bonheur et l'avenir de l'homme. Aux limites incertaines du sommeil et de la veille, le rêve envahit le champ de conscience, brouille les clivages temporels, fait entrevoir obscurément la perspective d'une autre façon d'être au monde. L'écriture gagne en légèreté, se fait plus spontanément ludique.Beau décret du hasard: ce journal de vieillesse s'interrompt sur une évocation du printemps. J.H.
Résumé : S'il existait une " école du regard ", Ernst Jünger en serait le maître. Mais c'est déjà trop dire, car rien n'est plus étranger à sa nature que de légiférer ou de se poser en modèle littéraire. La seule société d'initiés dont il se réclame est celle, limitée et subtile, des entomologistes. Pour le reste, ce qui domine chez lui en cette ?uvre tardive, c'est l'ouverture du monde, aux cultures, aux êtres et aux livres. La richesse de sa méditation n'est pas moins grande que lorsqu'elle était portée par l'expérience de la guerre et des grandes catastrophes historiques. L'explosion de la nature printanière, une promenade à Venise, la lettre d'un ami suffisent à la nourrir. Eros et Thanatos sont toujours présents ; mais à travers l'écriture transparente du grand âge, la mort s'est comme apprivoisée. Défiant le temps qui s'écoule de plus en plus vite, le journal affirme jour après jour la permanence créatrice du geste de l'écrivain.
L'oeuvre d'Ernst Jünger, qu'elle se présente sous la forme de romans, de Mémoires ou de développements philosophiques, constitue une seule et grande méditation sur le destin de l'homme dans le monde moderne. Témoin des prodigieux changements survenus dans le monde matériel et moral selon un processus toujours accéléré que nous appelons encore l'Histoire, Jünger, dans Le mur du Temps, formule la question capitale à laquelle l'homme moderne doit répondre, s'il est appelé à survivre : cette notion de l'Histoire sur laquelle nous vivons depuis Hérodote est-elle encore valable ? Les manifestations d'énergie créatrice ou destructrice qui se font jour par et à travers l'humanité ne sont plus à l'échelle de valeurs anciennes telles qu'héroïsme, sainteté, mesure, salut personnel... Le génie de la Terre utilise-t-il l'homme comme son meilleur outil, ou bien est-ce l'homme, nouveau Titan, ouvrier planétaire dont Jünger voit depuis longtemps se préfigurer le type, qui courbe à son service l'énergie terrestre, faisant de matière esprit, et d'esprit, matière ? L'avènement de l'homme, ou sa disparition au profit de "l'Insecte Futur", tel est l'enjeu.