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Vivre de paysage ou L'impensé de la raison
Jullien François
GALLIMARD
17,90 €
Épuisé
EAN :9782070145157
Extrait PAYS - PAYSAGE : L'ÉTENDUE, LA VUE, LA DÉCOUPE 1 Mieux vaut donc risquer la question d'emblée et sans ambages, sans s'encombrer de préliminaires et de précautions. Je crains, sinon, de la laisser perdre sous le questionnement qui est déjà constitué : celui d'une littérature qui, de nos jours, est devenue immense, en ce domaine, mais sans songer peut-être à remonter dans les partis pris dont notre notion de «paysage» elle-même est née. Je me demanderai donc, plus soupçonneux, si nous ne sommes pas partis d'une mauvaise définition du paysage, en Europe : d'une définition, en tout cas, qui a brimé, contraint, meurtri peut-être, ce possible qu'il est; si nous ne sommes pas partis d'une définition du paysage dont le tort n'est pas tant d'être partielle et restrictive - car on pourrait alors y remédier en la complétant - que de relever de choix implicites qui, faisant système, et du fait même de leur cohérence, ont grevé le déploiement de sa pensée. De quoi (par quoi) notre pensée du paysage, autrement dit, sans même que nous nous en rendions compte, s'est-elle trouvée culturellement hypothéquée ? Ne pouvant plus, dès lors, nous laisser espérer sortir de ce pli dans lequel elle s'est sédimentée qu'au prix de corrections en chaîne et même de révolutions théoriques. Et encore celles-ci y suffiront-elles ? Ou bien pour mettre plus précisément le doigt sur ce qui, d'entrée, fait ici difficulté : ces choix implicites ou ces partis pris selon lesquels la pensée européenne s'est développée, et par le biais desquels elle aborde ce qu'elle a nommé «paysage», ne l'ont-ils pas bloquée dans un certain angle de vue, coincée dans une «évidence», dont elle n'a plus bougé, et même mise, peut-être, en porte à faux à son égard ? Car nous ne sommes plus sortis de cette ornière que nous ne voyons pas. Depuis que l'Europe a inventé le terme de «paysage», au milieu du XVIe siècle (1549, en français), sa définition, en effet, n'a pas progressé. Elle est même demeurée dans un étrange immobilisme. À considérer sa formulation la plus récente (le Robert), le paysage est dit «la partie d'un pays que la nature présente à un observateur». Or cette définition ne fait que reprendre celle donnée au départ du mot, il y a quatre siècles : le paysage est une «étendue» ou «partie» de pays telle qu'elle «s'offre à la vue». Elle est «l'aspect d'un pays», résumait le dictionnaire de Furetière (1690) : «le territoire qui s'étend jusqu'où la vue peut porter». Or, si je parle ici, d'emblée, de raison européenne, c'est que le terme est bien européen, en effet ; il l'est exemplairement. «Paysage», dérivant de «pays», se retrouve d'une langue à l'autre et la composition du mot, ici et là, reste la même : comme s'il n'y avait pas d'autre départ possible à la notion et que nous n'imaginions pas pouvoir sortir de ce sémantisme. Dans les langues du Nord : Land - Land-schaft (en allemand) ; land - land-scape (en anglais). Mais peut-être faudrait-il citer d'abord le flamand, s'il est vrai que «paysage» s'y serait inventé (landschap). Ou, dans les langues du Sud, paesaggio, dit l'italien ; paisaje, dit l'espagnol. Mais пейзаж, dit également le russe. Il y a bien là terme européen, c'est-à-dire définissant une géographie théorique de l'Europe ou, je dirais, «faisant Europe». Et si l'on en cherche en amont la racine : topiaria (opera), dit déjà helléniquement le latin en le faisant dériver de topos, le «heu» (chez Pline l'Ancien et chez Vitruve). L'Europe n'est pas sortie de cette idée, ou plutôt de cette présomption, que le paysage se détache d'un «pays» dans lequel la vue le découpe.
Résumé : D'où viennent l'art et l'existence ? L'Age classique a fait de l'adéquation la définition même de la vérité ; et de la coïncidence avec la Nature le grand précepte de l'art comme de la morale. Nous-mêmes voudrions croire que, quand les choses en viennent enfin à s'accorder, c'est là le bonheur... Or, c'est précisément quand les choses se recoupent complètement et coïncident que cette adéquation, en se stabilisant, se stérilise. La coïncidence est la mort. C'est par dé-coïncidence qu'advient l'essor. François Jullien fait jouer ici le concept de "dé-coïncidence" dans la Bible, la peinture, la littérature, la philosophie, pour montrer comment, dans cette faille même, une initiative est à nouveau possible, qui se déploie en liberté.
Résumé : "Vivre nous tend entre l'un et l'autre : il dit à la fois l'élémentaire de notre condition - être en vie - et l'absolu de notre aspiration : "Vivre enfin !" Car que pourrions-nous désirer d'autre que vivre ? Vivre est en quoi nous nous trouvons toujours déjà engagés en même temps que nous ne parvenons jamais - pleinement - à y accéder. Aussi la tentation de la philosophie, depuis les Grecs, a-t-elle été de le dédoubler : d'opposer au vivre répétitif, cantonné au biologique, ce qu'on appellera, le projetant dans l'Etre, la "vraie vie". Refusant ce report et circulant entre pensée extrême-orientale et philosophie, j'envisagerai ici quels concepts peuvent faire entrer dans une philosophie du vivre : le moment, l'essor opposé à l'étalement, l'entre et l'ambiguïté ; ou ce que j'appellerai enfin, prenant l'expression en Chine, la "transparence du matin". Je me demanderai, plus généralement, comment chaque concept, pour se saisir du vivre, doit s'ouvrir à son opposé. Car comment s'élever à l'ici et maintenant sans se laisser absorber dans cet immédiat, ni non plus le délaisser ? Ce qui impliquera de développer une stratégie du vivre en lieu et place de la morale. Le risque est sinon d'abandonner ce vivre aux truismes de la sagesse ; ou bien au grand marché du développement personnel comme au bazar de l'exotisme. Car cet entre-deux, entre santé et spiritualité, la philosophie ne l'a-t-elle pas - hélas ! - imprudemment laissé en friche ?" François Jullien.
Un soupçon s'est insidieusement levé, un matin : que la vie pourrait être tout autre que la vie qu'on vit. Que cette vie qu'on vit n'est plus peut-être qu'une apparence ou un semblant de vie. Que nous sommes peut-être en train de passer, sans même nous en apercevoir, à côté de la « vraie vie ». Car nos vies se résignent par rétractation des possibles. Elles s'enlisent sous l'entassement des jours. Elles s'aliènent sous l'emprise du marché et de la technicisation forcée. Elles se réifient, enfin, ou deviennent « chose », sous tant de recouvrements. Or, qu'est-ce que la « vraie vie » ? La formule, à travers les âges, a vibré comme une invocation suprême. De Platon à Rimbaud, à Proust, à Adorno. La « vraie vie » n'est pas la vie belle, ou la vie bonne, ou la vie heureuse, telle que l'a vantée la sagesse. Elle n'est surtout pas dans les boniments du « Bonheur » et du développement personnel qui font aujourd'hui un commerce de leur pseudo-pensée. La vraie vie ne projette aucun contenu idéal. Ce ne serait toujours qu'une redite du paradis. Elle ne verse pas non plus dans quelque vitalisme auto-célébrant la vie. Mais elle est le refus têtu de la vie perdue ; dans le non à la pseudo-vie. La vraie vie, c'est tenter de résister à la non-vie comme penser est résister à la non-pensée. En quoi elle est bien l'enjeu crucial - mais si souvent délaissé - de la philosophie.
Qu'est-ce qu'entrer dans une pensée? Qui ne souhaiterait par exemple entrer, le temps d'une soirée, dans une pensée aussi extérieure à la nôtre que la chinoise? Mais on ne peut y entrer en tentant de la résumer, ou d'en présenter des notions, ou d'y distinguer des écoles, voire en en traçant l'histoire. Car on reste toujours dépendant, pour le faire, de nos perspectives implicites et de nos concepts. On n'a pas encore quitté sa pensée. Donc on n'a pu entrer dans l'autre. C'est pourquoi je proposerai ici, à titre de travaux pratiques, de commencer par lire une simple phrase de chinois: les premiers mots du Yi King sur le commencement. De la lire du dedans: dans son énoncée et dans son commentaire. Comme aussi du dehors, qu'il soit de la Bible, de la Grèce et de nos prochains et plus lointains Orients. S'érige alors progressivement un seuil qui fait entrer. Du même coup, se répartissent, de part et d'autre, divers possibles de la pensée. Et surgit soudain devant nous une tâche immense: concevoir une histoire de l'avènement de l'esprit qui ne relève plus de la seule Europe.
4e de couverture : Si saisissant de mouvements, si éclatant d'images, si envoûtant de sonorités arabes que soit le Coran, il reste toujours un langage clair. C'est pourquoi, bien qu'il soit intraduisible, on peut en tenter des traductions. Elles disent au moins le sens de l'étonnante prédication de Mahomet (570-632). Depuis des siècles il n'y avait plus de ces grandes révélations qui réveillent l'humanité et après Mahomet il n'y en aura plus. "Dieu seul est Dieu."Notes Biographiques : Jean Grosjean (1912-2006), ordonné prêtre en 1939, renonce à son sacerdoce après la Seconde Guerre mondiale. Commentateur et traducteur de la Bible, du Coran et des tragédiens grecs, il publie aussi récits et poèmes (Terre du temps, Fils de l'homme, La Gloire). Il devient à partir de 1967 membre du comité de rédaction de La NRF, dont il est l'un des contributeurs réguliers à partir de 1955.
«La Poésie est comparable à ce génie des Nuits Arabes qui, traqué, prend tour à tour les apparences les plus diverses afin d'éluder la prise, tantôt flamme et tantôt murmure ; tantôt poisson, tantôt oiseau ; et qui se réfugie enfin dans l'insaisissable grain de grenade que voudrait picorer le coq.La Poésie est comparable également à cet exemplaire morceau de cire des philosophes qui consiste on ne sait plus en quoi, du moment qu'il cède l'un après l'autre chacun de ses attributs, forme, dureté, couleur, parfum, qui le rendaient méconnaissable à nos sens. Ainsi voyons-nous aujourd'hui certains poètes, et des meilleurs, refuser à leurs poèmes, rime et mesure et césure (tout le "sine qua non" des vers, eût-on cru), les rejeter comme des attributs postiches sur quoi la Muse prenait appui ; et de même : émotion et pensée, de sorte que plus rien n'y subsiste, semble-t-il, que précisément cette chose indéfinissable et cherchée : la Poésie, grain de grenade où se resserre le génie. Et que tout le reste, auprès, paraisse impur ; tâtonnements pour en arriver là. C'est de ces tâtonnements toutefois qu'est faite l'histoire de notre littérature lyrique.»André Gide.
Résumé : "Balloté par les drames familiaux et les convulsions d'une Europe révolutionnée, Benjamin Constant (1767-1830), d'origine suisse, a passé sa vie à la recherche d'une stabilité. La perfection toute classique d'Adolphe ne doit faire oublier ni la lente exploration, lucide et désespérée, de ses journaux intimes, ni la vaste entreprise de réflexion théorique pour fonder le libéralisme moderne et pour cerner la nature du phénomène religieux", Michel Delon.
Né en 1265, Dante Alighieri participe à l'administration de Florence, sa ville natale, mais en est banni après une prise de position contre la politique du pape Boniface VIII. Il finit ses jours en exil à Vérone et à Lucques, puis à Ravenne où il meurt en 1321.
Les citations sont regroupées autour des 25 grandes notions philosophiques étudiées pendant l'année de terminale dans la perspective du baccalauréat. Chaque notion est précédée d'un texte introductif. Le classement des citations se fait dans l'ordre alphabétique des notions et à l'intérieur de ces ensembles dans l'ordre chronologique des citations. Chaque citation est numérotée, ce qui permet d'y accéder par un index des auteurs en fin d'ouvrage. En bonus : des dossiers sur tous les philosophes du programme et une méthode et des conseils pour savoir utiliser les citations à bon escient dans ses dissertations.
Une brève histoire de la philosophie : De sa naissance en Grèce antique aux mouvements de pensée postmodernes, en passant par le courant de l'humanisme ou celui des Lumières. Les grands débats de la philosophie, avec 50 grandes questions : Les classiques : l'homme est-il un loup pour l'homme ? En quoi le langage est-il spécifiquement humain ? L'Etat est-il l'ennemi de la liberté ? Les actuelles : l'embryon est-il une personne ? Y a-t-il un devoir de mémoire ? Peut-on dire qu'une civilisation est supérieure à une autre ? Faut-il protéger ou respecter la nature ? La morale a-t-elle sa place dans l'économie ? Un dictionnaire des auteurs et des concepts : Plus de 700 entrées consacrées aux philosophes, de Hannah Arendt à Ludwig Wittgenstein, et aux notions philosophiques majeures, d'absolu à vivant.
Résumé : Des écoles grecques à la philosophie contemporaine, plongez dans un monde réputé difficile et qui n'aura bientôt plus aucun secret pour vous ! Grâce à la Philosophie pour ceux qui ont tout oublié, partez à la découverte du savoir de façon simple, accessible et amusante. Laissez-vous conter la vie et l'oeuvre de près de 100 philosophes, de Socrate à Adorno, en passant par Platon, Pascal, Montaigne, Rousseau, Kant, Nietzsche, Freud, Sartre, Ricoeur, Baudrillard, et bien d'autres encore ! Abandonnez vos idées reçues, vivez et voyez les choses sous un angle inattendu grâce à plus de 30 concepts qui vous aideront à comprendre et à construire des problématiques. L'art obéit-il à des règles précises ou ne relève-t-il que de l'inspiration et du génie ? Le bonheur est-il seulement possible ? Puis-je avoir conscience de moi sans avoir conscience de l'autre ? Comment concilier l'autorité de l'Etat et la liberté des individus ? Peut-on être responsable sans être libre ni conscient ? La politique est-elle un art ou une science ? Les animaux ont-ils des droits ? Enrichi d'anecdotes, d'encadrés insolites, de citations mémorables et de dessins humoristiques, ce livre permet à tous de s'initier à la philosophie, de l'Antiquité à nos jours.
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