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Raymond Chandler. Les détections de la totalité
Jameson Fredric ; Vieillescazes Nicolas
AMSTERDAM
10,00 €
Épuisé
EAN :9782350960913
Raymond Chandler, éblouissant styliste et peintre de la vie américaine, occupe une place unique dans l'histoire littéraire, à cheval sur les pulps et le modernisme. Avec Le Grand Sommeil, publié en 1939, il laisse une empreinte indélébile sur le genre policier. Fredric Jameson propose ici une interprétation de son oeuvre romanesque en reconstruisant la situation dans laquelle elle s'inscrit et le monde ou la totalité sociale qu'elle projette. Son cadre invariable, Los Angeles, apparaît à la fois comme un microcosme et une préfiguration de l'avenir des Etats-Unis : ville gigantesque, bâtie sur l'oubli de la nature, éclatée en une multitude de mondes privés, elle est seulement unifiée, pendant un bref instant, par la trajectoire de Marlowe, qui rend visite aux maîtres chanteurs comme aux riches héritières, aux misérables comme aux gangsters. Mais cette oeuvre par essence urbaine et spatiale semble aussi attirée vers un vide, une absence qui n'est autre que la mort. C'est la mort, en effet, qui nous livre la clef, et c'est en elle que va s'abolir l'ensemble du parcours chaotique qui a permis au détective de résoudre l'énigme. Avec Chandler, le polar devient un genre métaphysique.
Comment représenter le capitalisme en tant que système ? Telle est la question à laquelle Marx apporte une réponse entièrement neuve, consistant à penser le capital comme une série d'"énigmes". A commencer par celle qui préside à sa naissance : comment l'argent peut-il engendrer de l'argent, se valoriser lui-même ? Le capitalisme n'est rien sans ce mouvement permanent, qui explique à la fois ses crises et sa résilience, puisqu'il résout ses contradictions en les projetant à un niveau spatiotemporel supérieur. Fredric Jameson propose ici une relecture du Capital pour notre époque marquée par une cascade de crises financières. La dernière en date n'a pas seulement suscité un regain d'intérêt pour le chef-d'oeuvre de Marx comme chaque mutation majeure du système capitaliste, elle l'a aussi transformé, en mettant l'accent sur le crédit, d'une part, et, d'autre part, sur l'impérialisme ou l'accumulation initiale. Cette conjoncture précise appelait une interprétation nouvelle. Au cours de sa reconstruction des paradoxes du capitalisme, Jameson avance une thèse apparemment scandaleuse : bien que l'intelligence politique de Marx soit incontestable, Le Capital n'est pas un livre politique. C'est un ouvrage purement économique, qui démontre pourquoi le capitalisme produit nécessairement du chômage et de la misère. Paradoxalement, c'est aussi cela qui fait sa force : il nous invite à comprendre la nature du capital et à imaginer ce que pourrait être la vie dans un autre mode de production.
Quoi de commun entre George Bush, un Afro-Américain condamné à mort en Indiana, l?extrême droite française, la Fédération anarchiste, Le Figaro, L?Humanité, des stars de Hollywood et des intellectuels arabes anticolonialistes ? Tous revendiquent Camus. Camus est partout, mais qui est-il ? Colonialiste ou anticolonialiste ? Pour ou contre la peine de mort ? Résistant de la première heure ou personnage aux engagements ambigus et tardifs ? Militant antifranquiste aux accents révolutionnaires ou antimarxiste de toujours ? La plupart des ouvrages sur Camus, dithyrambiques ou à charge, ont en commun d?éluder les ambiguïtés du personnage. Brisant l?image du penseur aux propos définitifs, aux sentences humanistes apparemment inattaquables, ce livre propose une relecture de Camus dans le texte qui met ses contradictions au premier plan : car elles constituent la force motrice de son ?uvre, une clé de son « style », et expliquent sa popularité actuelle. Oliver Gloag rappelle l?attachement viscéral ? teinté d?humanisme ? de Camus au colonialisme et au mode de vie des colons, qui traverse ses trois ?uvres majeures : L?Étranger, La Peste, Le Premier Homme. Il examine ses engagements politiques à la lumière de sa brouille avec Sartre, auquel toute l??uvre de Camus semble répondre : la tension entre révolte et révolution, son recours à l?absurde comme refus du cours de l?Histoire, son anticommunisme et son déni de la lutte de peuples colonisés. Enfin, Oliver Gloag se penche sur les récupérations de Camus : l?auteur le plus populaire en France et Français le plus lu dans le monde est devenu un enjeu politique et idéologique. L?invocation d?un Camus mythifié projette un reflet flatteur mais falsificateur de l?histoire coloniale. Elle permet de solder le passé à peu de frais et d?éviter de faire face à notre présent néocolonial. C?est ce Camus-là qu?il faut oublier pour reconnaître les déchirements d?un auteur tout aussi passionnément attaché aux acquis sociaux du Front populaire qu?à la présence française en Algérie.
Poursuivant son enquête critique sur la culture postmoderne, Fredric Jameson s'attache ici à montrer que le motif du complot est, dans l'imaginaire contemporain, un point de cristallisation des tensions paranoïaques qui agitent nos sociétés. A l'heure de la colonisation définitive de la vie sociale par la marchandise, l'impossibilité où nous nous trouvons de nous représenter le "capitalisme-monde" trouveson expression dans la forme paranoïde du complot. Les films de complot, où le détective se trouve pris au piège d'une machination sans sujet dont les ramifications paraissent se perdre à l'infini, ou encore dans un complot si total qu'il semble n'avoir plus de référent (et d'ailleurs, y a-t-il effectivement complot?), fonctionnent comme un analogon de notre cauchemar quotidien: ce système où l'on n'arrive jamais à en finir de rien, comme disait Deleuze à propos des sociétés de contrôle. Riche analyse filmique et contribution originale à la théorie politique, cet essai porte la "méthode" Jameson à son point d'intensité maximal.
Ce texte capital du célèbre théoricien américain Fredric Jameson, professeur émérite de littérature comparée à Duke University, où il dirige le Centre de Théorie Critique, est pour la première fois traduit en français. Jameson y décrit le postmodernisme comme un ensemble de phénomènes qui succèdent au modernisme, et qu'il analyse comme une étape du capitalisme tardif, "la logique culturelle" de ce dernier. Au-delà des enjeux économiques et de tout ce qu'englobe sa vision du postmodernisme, il se penche tout particulièrement sur l'art, l'architecture, la littérature, le cinéma et la vidéo. Ce livre démontre supérieurement l'acuité et la pénétration de ses analyses, son immense culture littéraire et philosophique, son aisance théorique sans égal. Il témoigne aussi de la vision résolument cosmopolite d'un grand penseur dans la tradition de Hegel et de Marx.
La réédition de L'état, Le Pouvoir, Le Socialisme, "classique" de la théorie politique dont la première édition remonte à 1978, s'inscrit dans les débats concernant les crises simultanées de l'Union européenne, du néolibéralisme et du capitalisme en général. Lire cet ouvrage aujourd'hui permet de comprendre que ces crises plongent leurs racines dans la structure des sociétés occidentales de l'après-guerre. Plus la crise économique s'approfondit, et plus le système devient autoritaire au plan politique. C'est ce que Poulantzas appelle l'"étatisme autoritaire", que l'on constate à présent au niveau européen, où des décisions affectant des millions de personnes sont prises hors de tout contrôle populaire. La seule alternative possible à ce système est le "socialisme démocratique", à savoir un socialisme qui dépasse le capitalisme sans pour autant sacrifier les libertés publiques. Avec Michel Foucault, Gilles Deleuze, et Louis Althusser, auteurs dont il discute les thèses dans cet ouvrage, Nicos Poulantzas compte parmi les penseurs des années 1960-1970 dont le rayonnement international est aujourd'hui le plus important. Alors que l'édition de théories critiques françaises et étrangères a connu une grande vitalité depuis les années 2000, il était plus que temps de faire redécouvrir cet auteur majeur.
Dans Le Pouvoir des mots, Judith Butler analyse les récents débats, souvent passionnés, sur la pornographie, la violence verbale dirigée contre les minorités et l'interdiction faite aux homosexuels membres de l'armée américaine de se déclarer tels. Il s'agit pour elle de montrer le danger qu'il y a à confier à l'État le soin de définir le champ du dicible et de l'indicible. Dans un dialogue critique avec J. L. Austin, le fondateur de la théorie du discours performatif, mais aussi avec Sigmund Freud, Michel Foucault, Pierre Bourdieu, Jacques Derrida ou encore Catharine MacKinnon, elle s'efforce d'établir l'ambivalence du hate speech, de la violence verbale et des discours de haine homophobes, sexistes ou racistes: s'ils peuvent briser les personnes auxquelles ils sont adressés, ils peuvent aussi être retournés et ouvrir l'espace nécessaire d'une lutte politique et d'une subversion des identités. Elle esquisse ainsi une défense pragmatique du principe de la liberté d'expression, qui ne s'en tient pas aux arguments employés classiquement par les doctrines libérales, mais est surtout préoccupée par le souci de maximiser la puissance d'agir des dominés et des subalternes. Les lecteurs français trouveront dans ce livre des instruments inédits pour repenser à nouveaux frais les questions soulevées par les débats sur la pénalisation des discours de haine.
A partir des années 1980, l'idée s'est peu à peu imposée : le clivage politique fondamental ne serait pas de nature idéologique - opposant le capitalisme au socialisme - mais civilisationnel. Cette conception, formulée notamment par Samuel Huntington, divise le champ politique entre d'un côté les tenants d'une vision sécularisée des rapports entre les hommes et les sociétés - "l'Occident" -, et de l'autre les défenseurs d'une conception religieuse ou "indigène" . Or de manière paradoxale, elle semble également s'être imposée au sein de courants intellectuels et politiques qui, considérant que l'accroissement de la domination de l'homme sur la nature est indissociable de celle de l'homme sur l'homme, érigent la pratique indigène en figure principale de l'opposition à la logique du capitalisme. Mais la perpétuation de la guerre et de la servitude dans l'histoire de l'humanité procède-t-elle vraiment de la diffusion des appareils conceptuels produits par l'Occident ? Etudiant les déterminants des trois mouvements historiques que sont le développement du capitalisme, la colonisation des Amériques et la traite atlantique, Ivan Segré montre qu'il n'en est rien, et que seul le recours à des facteurs d'un autre ordre - les comportements économiques prédateurs et la xénophobie - rend intelligible le cours de l'histoire.
L'objectif ici poursuivi est de reproblématiser la pensée de Spinoza en la prenant, non de front et dans son envergure manifeste, mais en quelque sorte par la bande, grâce au biais que fournit un point crucial, l'alternative entre sagesse et ignorance, où se croisent sans se confondre un certain nombre d'enjeux fondamentaux qui concernent l'ontologie, l'éthique et la politique. Cela conduit à s'intéresser à des notions comme celles de "don" et d'"ingenium", que Spinoza emploie sans les thématiser mais qui jouent un rôle non négligeable dans le déroulement de sa réflexion. Réfléchir sur l'usage de ces notions permet de projeter sur la doctrine de Spinoza une lumière transversale, qui en fait ressortir certains aspects à première vue inattendus. Sont ainsi mis en relief des enjeux de pensée et des problèmes qu'un abord plus structuré et plus englobant, unifiant et synthétique de la philosophie élaborée par Spinoza tendrait à minorer ou à rejeter, alors que, s'ils n'y détiennent effectivement qu'une position latérale, ils y font saillie, ils surprennent, ils interpellent : par là ils stimulent la réflexion, ce qui justifie qu'on s'emploie à fixer sur eux l'attention.