Dans le registre des frontières, le thème des marquages et des disputes fait référence à des situations brûlantes, fortement médiatisées : Israël et Palestine, Moyen-Orient, Berlin, Irlande du Nord, notamment. Ces marquages puissants constituent un paradoxe dans un monde d'interactions. L'échange sous-tend en effet comme jamais les relations entre les lieux et les acteurs de la planète ; mais dans un temps étonnamment court ont surgi des blocages d'une dureté rarement égalée dans l'histoire. Le marquage, les disputes ne sont pas seulement à observer dans l'instant, car les frontières sont constamment (re)construites. Des murailles visibles sont élevées pour engager la durée, mais cette matérialité est issue de la conjoncture et interagit avec les représentations qui l'ont mise en place. Ce numéro, à travers plusieurs études de cas, cherche à analyser le paradoxe intrinsèque des dispositifs de marquage, la profonde relation d'asymétrie qu'ils engendrent, ainsi que les liens étroits que ceux-ci entretiennent avec les technologies de contrôle qui cherchent sans cesse à prévenir, à anticiper, à transformer le futur des flux en futur antérieur. Les contributions réunies ici donnent à voir le monde de rapidité, de circulation et de liberté de mouvement qui est le nôtre comme une nouvelle geôle dont le contrôle est finalement moins spatial que temporel.
Le terme d'" altermondialisme " - d'un usage très fréquent - recouvre des réalités différentes d'un pays à un autre. Tandis que dans les pays européens il est davantage lié à la lutte contre le néolibéralisme, dans certains pays du Sud de la Méditerranée, il reflète une forme de contestation des fondements du champ politique. Mais, dans tous les cas, on constate une prétention à l'universalité : ses protagonistes se proclament défenseurs des droits humains, de la paix dans le monde et de la justice globale. Certains points de divergences se retrouvent également de pays en pays. Le rapport entre le local et le global, le rôle de la religion, l'identité collective transnationale, les relations dichotomiques entre les militants du " Nord " et ceux du " Sud ", la crise de la " gauche " constituent en effet des sujets de controverses à l'intérieur même de ces mouvements. Or, après avoir tenu une place importante dans la recherche, l'altermondialisme semble ne plus représenter un sujet crucial dans l'analyse sociologique, et lorsqu'il est traité, ce n'est que sous l'angle des pays du Nord, dits " développés ". Quels sont les logiques et les enjeux de cet oubli ? Que peuvent nous apprendre les mouvements sociaux des pays du Sud ?
Bigo Didier ; Mitsilegas Valsamis ; Bruggeman Will
This collective volume gathers a series of security-related briefing notes. In analysing the conceptual frame and several operational aspects of the EU Justice and Home Affairs policies, the contributors address the issue of the current state of democratic control in the law enforcement realm. The insights they offer us into the many different stakes lying beneath the design and implementation of present European security policies thus go together with recommendations as to how to protect security while enhancing accountability.
Le 1er août 1909, François Faber remporte la septième édition du Tour de France cycliste. Le " Géant de Colombes ", ancien docker sur le port de Courbevoie, entre dans la légende, mais bien plus qu'un parcours sportif exemplaire son itinéraire est un condensé de la France de la Belle époque. L'histoire d'un gamin de banlieue au physique hors du commun et à l'appétit féroce, grandi entre maraîchages et usines, puis saisi par le démon d'une petite reine qui fera sa fortune. Un enfant de son siècle, qui croise aussi en chemin la terrible crue de la Seine en janvier 1910, le grand Jaurès quelques jours avant son assassinat, puis fauché en pleine gloire en mai 1915, lors de l'une des plus formidables offensives de la Grande Guerre... En s'appuyant sur la presse d'époque et sur de nombreux documents inédits, ce livre retrace le destin romanesque de ce champion attachant, l'un des plus populaires de son temps, né et grandi en France, devenu luxembourgeois à sa majorité sans jamais quitter sa ville de Colombes, puis engagé volontaire dans la Légion étrangère pour défendre sa patrie d'adoption.
Dans un contexte économique caractérisé par la mondialisation où les fusions, délocalisations et liquidations d'entreprises sont autant de risques pour les managers, la ressource principale de l'entreprise reste la connaissance. Véritable capital technique, social et culturel, il convient de la préserver, de l'enrichir et de la transmettre. Le capital mémoire de l'entreprise ouvre la voie au management des savoirs, à la gestion des connaissances et à l'ingénierie de la mémoire organisationnelle qui, chacun dans son domaine, cartographient les compétences et les savoirs que recèle l'entreprise et en définissent les enjeux stratégiques. Loin d'être un tout homogène, la mémoire de l'entreprise emprunte à de multiples sources, individuelles ou collectives, se pourrit de cultures conflictuelles et se fixe sur des supports composites - simples récits d'anecdotes, documents de presse ou institutionnels (affiche, film d'entreprise, banque de données...). Par-delà les clivages culturels, les querelles de territoires, les tactiques du secret, les justifications plus ou moins excusables de l'oubli, cet ouvrage montre en quoi la mémoire constitue, pour l'anticipation stratégique et la construction identitaire des collectifs de travail, un facteur-clef dé la communication d'entreprise. L'exemple des Chantiers de l'Atlantique de Saint-Nazaire illustre toute là complexité et la richesse du capital mémoire d'une grande organisation.
Immobile face à sa femme, il attend les premières séries de l'après-midi. Six mois qu'elle est partie. Elle n'a jamais donné de nouvelles et lui, comme un con, il garde sa photo sur la télé. II s'entend lui chuchoter "ils m'ont viré, tu te rends compte, ces salauds", et il est sûr d'apercevoir aux commissures de ses lèvres l'ébauche désolée d'un sourire. Ici, on voudrait s'aimer et on ne sait pas bien comment ; on parle sans toujours trouver les mots ; on s'accroche au quotidien comme on peut. Au fil des quinze histoires qui composent ce recueil, on croise des individus qui donnent parfois l'impression de marcher à côté de leur propre existence. Le propos est grave, souvent drôle, toujours tendre.
Au matin du 22 mars 2016, en se rendant à son bureau, Caroline Choplin monte dans le dernier wagon de la rame de métro qui s'arrêtera brusquement à la station Maelbeek. Elle ne le sait pas encore, mais ce choix involontaire lui sauvera la vie. Trois ans après le double attentat qui a frappé la capitale belge, elle revient sur les émotions ressenties ce matin-là et celles des jours et des mois qui ont suivi le choc.