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Le crime était presque sexuel. Et autres essais de casuistique juridique
Iacub Marcela
FLAMMARION
11,20 €
Épuisé
EAN :9782081218895
Dans ce livre, la juriste M. Iacub présente, en les rassemblant, ses divers articles portant sur la régulation du comportement sexuel dans le droit contemporain français et les lois bioéthiques de 1994. Ces essais de casuistique juridique sont regroupés en trois parties, portant respectivement sur les modalités de l'intégration du rapport sexuel dans la loi, sur l'artificialisation de la vie par les nouvelles techniques médicales, et enfin sur le maintien de la division juridique des sexes aussi bien dans le droit à la procréation que dans le droit de la filiation. Dans un premier temps, l'auteur s'intéresse donc à l'évolution juridique de la définition du viol, au droit au mariage des handicapés mentaux ou encore à la constitution de l'impuissance sexuelle comme motif légal d'annulation du mariage. L'ensemble de ces nouvelles lois reposent sur le changement de conception du mariage reposant à présent sur l'acte sexuel. À cet égard, M. Iacub peut noter l'incohérence du droit français à propos des lois sur la prostitution: si l'acte sexuel, et plus généralement l'intégrité sexuelle, constituent le critère juridique pertinent, il devient nécessaire de dépénaliser la prostitution. Dans un second temps, la juriste s'attache à l'étude de la redéfinition de la mort juridique, ne correspondant plus nécessairement à la mort biologique en raison de la nouvelle notion de mort cérébrale. D'autre part, les nouvelles techniques médicales de procréation artificielle fondées sur la possibilité de la séparation de la sexualité et de la procréation révèlent au contraire que l'ensemble de ce nouvel ordre procréatif s'est donné pour norme l'acte sexuel fécond: seuls des couples hétérosexuels en âge de procréer ont droit à ces techniques. La troisième partie de ce remarquable ouvrage tire les conséquences de ce nouveau droit: l'exclusion, d'une part, des homosexuels comme des célibataires ou encore des femmes ménopausées, non invités à profiter du progrès médical, et, d'autre part, l'inscription juridique de l'inégalité entre les hommes et les femmes face à la procréation. La toute-puissance de la mère devant la décision de procréer ou pas aliène plus la femme qu'elle ne la libère du statut de mère: la maternité est toujours un choix tandis que la paternité peut être l'objet d'une contrainte puisque la décision d'avorter n'appartient qu'aux femmes. Ce livre pose des questions fondamentales quant à laconception du droit mais aussi quant à lavision de la société: le naturalisme juridique à l'?uvre dans cette redéfinition du droit ne doit-il pas faire place à une conception plus artificialiste, plus apte à répondre à une vision humaniste et égalitaire? Le droit ne doit-il pas chercher à se détacher et à compenser les inégalités et les hasards naturels, plutôt qu'à imiter une fantasmatique nature? C'est ce vers quoi M. Iacub nous oriente, avec pertinence et raison. --Émilie Hache
Marcela Iacub est chercheuse, chroniqueuse à Libération et auteur de nombreux ouvrages dont Le crime était presque sexuel (Flammarion, 2003), Confessions d?une mangeuse de viande (Fayard, 2011) et Une société de violeurs? (Fayard, 2012).
Tout le monde sait que la mère d'un enfant est celle qui l'aaccouché. Y a-t-il rien de plus naturel et de plus universel? Il suffit pourtant de franchir l'Atlantique ou d'aller à Londres pour constater que là-bas, on peut devenir mère sans avoir accouché ni adopté. Plus simplement, il suffit d'ouvrir le Code civil de 1804 pour découvrir que d'autres règles peuvent présider à la définition de la filiation: à l'époque, les enfants ne naissaient pas nécessairement du corps de leurs parents, mais de leur mariage. Or, depuis les années 1970, toutes les possibilités d'être mère sans accoucher sont punies systématiquement et l'accouchement, cet acte biologique, est devenu une véritable affaire d'État. Excluant du même coup de l'ordre de la filiation les femmes incapables de gestation ou ménopausées, les hommes célibataires et les couples homosexuels. Établissant surtout de nouvelles hiérarchies entre les filiations: non plus les légitimes et les illégitimes, mais les "vraies", qui ont pour elles les corps, et les "fausses", qui n'ont pour elles que la volonté, comme les filiations adoptives. Alors que l'empire du ventre triomphe et s'impose sous les fausses évidences du droit naturel, Marcela Iacub, à partir d'un travail d'archives neuf, prend la mesure des transformations intervenues depuis 1804, propose une critique originale de ce que nous prenons pour notre modernité familiale, et ouvre des voies nouvelles à l'imagination politique dans ces domaines si intimes qu'on en oublierait qu'ils ont une histoire, et donc un avenir.
Vous êtes-vous fait votre opinion à vous, rien qu'à vous, sur le mariage gay, le clonage, la domination masculine, la pornographie, le culte du corps, l'abus des substances chimiques, la montée de l'individualisme, l'invasion des trottoirs par les chiens, la téléréalité, et toutes ces choses si importantes et pourtant si diffuses qui font notre actualité? On comprendra que vous ayez du mal à prendre une position ferme sur la Constitution européenne ou sur la chute du dollar. On vous pardonnera même de confesser que vous n'arrivez pas vraiment à vous y intéresser. Mais enfin, quand on en vient à se demander quelle est la bonne et honnête manière de concevoir un enfant, ou comment un homme doit se comporter à l'égard d'une femme et réciproquement, il serait inimaginable que vous n'ayez pas déjà votre idée à vous. Et surtout ne soyez pas débonnaire. Il faut affirmer vos valeurs. Ne sont-elles pas celles qui vous conduisent dans votre vie quotidienne, celles qui vous permettent de vous considérer comme un brave type ou une chic fille? Vous n'allez pas, maintenant, faire semblant que vous ne comprenez rien à rien, que tout cela vous est aussi obscur que l'inflation et la géopolitique de la Chine. Ah, vous demandez-vous, mais dans quel monde sommes-nous donc tombés? ""
Extrait La vérité est qu'il était incapable d'envoyer les femmes au ciel avec sa queue. Voilà pourquoi tout a commencé. Ou plutôt parce qu'il refusait de l'admettre. Ce conflit le poussait à faire appel soit à des putes soit à des femmes amoureuses. Mais comme il était pingre il se contentait des amoureuses, sauf pendant les périodes où la gloire lui souriait et les putes lui étaient offertes. Et il en trouvait toujours parce qu'il était parfaitement indifférent à l'âge, à la beauté ou à l'esprit de ses maîtresses. Sans compter qu'il n'avait aucun scrupule à se jouer de leurs sentiments ou de leurs plaisirs en se déclarant amoureux d'elles à son tour. Seul lui importait qu'elles lui disent : «Ta queue est un cadeau somptueux. Elle est majestueuse. Jamais je n'avais été transpercée par un organe aussi accablant, aussi impressionnant.» Alors qu'elles ne se rendaient même pas compte si elle rentrait, sortait ou mourait. Et même quand il enculait, elle était incapable de faire naître la gratitude exquise que produit la douleur. Cependant, la joie que lui provoquaient ces phrases était trop ténue pour le satisfaire. Samuel était conscient que ces femmes lui mentaient. Ainsi cherchait-il à compenser avec toutes sortes de brutalités les duretés qu'il ne pouvait pas leur infliger. Il les manipulait comme si leur corps était en plastique. Il les tordait dans tous les sens. Il leur provoquait des sciatiques, des lumbagos, des bleus, des paralysies partielles. Et il les traitait de «sales putes», de «sacs à bites», de «trous infâmes». «Je vais te baiser, je vais te faire enfiler par l'ensemble de la planète. Je te viole, je te défonce, je pisse sur toi, écarte tes jambes et montre-moi, tu n'es rien, rien», leur criait-il. Jamais il ne s'arrêtait de parler, de promettre, de menacer, d'injurier. Et moi je pensais : «S'il pouvait m'enfoncer une belle queue il se tairait, il serait doux, il m'aimerait.» La puissance des bites avait toujours été fondamentale pour moi. Et c'était moins la taille ou la grosseur de cet organe qui comptait que son élasticité. J'avais compris assez tôt qu'il n'y a que celles de cette race si spécifique qui peuvent réveiller la méduse qui sommeille au fond de nos abîmes et dont la fonction est de nous avaler tout entières. Non seulement la totalité de notre géographie mais aussi de notre biographie, de notre mémoire, de notre condition humaine. Nous remercions alors Dieu qui n'existe que pour être le réceptacle de la reconnaissance que nous ressentons. Tandis que les hommes qui n'ont pas le pouvoir de la réveiller ne nous procurent que des jouissances limitées, celles qui viennent du clitoris qui ne nous permettent pas d'accoucher de Dieu, mais juste d'adoucir l'aridité générale de la vie humaine. On le lèche, on le frotte et nous sommes englouties pendant quelques secondes et d'une manière très superficielle.