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Le cinéma avant après
Huyghe Pierre-Damien
DE L INCIDENCE
19,00 €
Épuisé
EAN :9782918193142
Agencer des séquences de manière à faire d'un film l'espace d'un récit et faire du cinéma, est-ce tout à fait la même chose ? Telle est l'étrange question dont ce livre entreprend de justifier les raisons et les enjeux. Il ne s'agit pas par là de constituer une théorie générale de l'art cinématographique, encore moins une histoire de cet art. S'appuyant sur un certain nombre de données théoriques et philosophiques d'une part, sur quelques cas de films d'autre part, l'ouvrage établit que le cinéma, pour des raisons techniques majeures liées aux propriétés des appareils d'enregistrement sans lesquels il n'existerait pas, n'a jamais eu lieu qu'à l'écart d'attendus majeurs de la culture et de la philosophie. Repérer cet écart, c'est comprendre pourquoi tant de plans ont été des opérateurs sensibles aptes à configurer une forme d'expérience des choses et du monde. Des qualités de cette aptitude, le livre fait l'étude et l'éloge. Sont-elles encore, ces qualités, tout à fait d'actualité ? Rien n'est moins sûr. L'économie de l'audio-visuel qui s'est développée depuis la télévision et que le numérique accentue à sa façon attend à l'évidence des films en nombre. Mais cette attente ne va pas sans une paradoxale reprise en main de la puissance rythmique singulière des appareils d'enregistrement.
Le Bauhaus fut une institution créative et pourtant irrésolue. Bien des disputes ont jalonné son histoire. S'il fut fermé d'autorité en 1933 par les nazis à peine arrivés au pouvoir, c'est sans doute parce que ce pouvoir ne pouvait supporter son principe de tension incessante. Pareil événement n'est pas seulement de circonstance. Il s'est produit dans un champ de possibilités. Que le politique ait pu se déchaîner et que dans ce déchaînement même il n'ait pas admis que soient discutées des questions qui, le plus souvent sous une allure artistique, touchaient en définitive aux valeurs, portées et méthodes du faire ou du produire en général, voilà sur quoi il faut encore réfléchir. Il nous reste à déconstruire, c'est-à-dire à rendre à sa complexité, voire à son ambiguïté philosophique toute une mécanique de notions dont la logique efficace est fort capable de nous échapper réellement. Parmi ces notions, celle d'industrie dont le présent essai, réédition notablement augmentée et revue d'un ouvrage paru en 1999, montre, en s'appuyant sur une lecture de Rousseau, qu'elle a elle-même excédé certaines de ses limites historiques. Les interrogations portées par le Bauhaus dans ses divers champs d'activité ne se sont pas développées dans une société simplement industrielle, mais dans une monde touché depuis quelques décennies par une révolution dans l'industrie. Ce sont les échos et les ondes de choc de cette révolution qu'il y a lieu, encore, d'entendre et de lire dans les textes de divers artistes ayant travaillé sur place (Gropius, Kandinsky, Klee, Mies van der Rohe, Moholy-Nagy, Schlemmer) ou dans ceux de proches comme Schönberg.
En dépit de l'absence de systématicité explicite de sa réflexion, Walter Benjamin est pour notre époque un philosophe plus pertinent que Martin Heidegger. Le motif essentiel de cette affirmation, c'est l'?uvre d'art, c'est le concept même d'?uvre, concept qu'il n'est pas nécessaire de juger dépassé ni venu d'une origine qui serait désormais hors de portée. La question qui se pose est de définir l'allure d'une ?uvre contemporaine et, partant, impliquée dans la technicité de l'époque. Cela passe évidemment par le cinéma, pas seulement l'art du cinéma, mais le cinéma comme pratique générale et forme aujourd'hui déterminante de toute intuition du monde. Mais cela passe aussi par la façon dont la peinture, art avéré avant l'invention du film, a pu se faire à la montée en puissance de ce dernier. D'où l'intérêt porté ici, malgré tout ce qui pousse sur le devant de la scène dite " de l'art " des pratiques plus libérales et plus spéculatives, à des " contemporains " comme Kandinsky, Klee ou Braque. Que l'art au temps du film - temps qui est aussi, à entendre Walter Benjamin, celui de la diffusion généralisée - ne soit pas nécessairement, pour tout dire, un jeu de langage, c'est la thèse ici avancée. Cet art implique un faire. Seulement, sa puissance est commune. Ce livre montre, à partir d'une lecture de Rousseau notamment, qu'on ne peut comprendre l'intérêt de cette puissance si on ne cherche pas à libérer la technicité humaine foncière des procédures d'essence économique qui lui donnent de l'emploi, procédures où le calcul et la prévision comptent plus que le travail et la gestation.
Ce livre est le premier élément d'une série de textes qui examinent quelques-unes des pratiques et croyances maîtresses de l'époque en impliquant l'expérience du design telle qu'elle s'est décidée au cours du dernier siècle. Ici, c'est à la banalité de deux termes - service, utilité - et d'un mot d'ordre - le lien social - qu'il s'agit de faire objection. Pouvons-nous non pas subir, mais interpréter le sens de ces expressions ? Ne nous y trompons pas : le monde qui en fait des signifiants majeurs n'est pas nécessairement hospitalier. S'y justifie une disposition discutable du travail, de la production et, en définitive, de la technique. En considérant d'abord les arts au sens large (peinture, photographie mais aussi architecture, cinéma ou design) comme des opérations, Pierre-Damien Huyghe, professeur à l'université Paris 1-Panthéon-Sorbonne, critique au fil de ses différents ouvrages l'idée que la technique puisse être en soi systématique. Distinguant a priori ses menées de celles de l'économie, il propose de la penser préférentiellement, en chacune de ses poussées, en chacun de ses appareillages, comme ouverte à des choix et à des conduites. Il a récemment publié Contre-temps (B42, 2017).
La tradition de pensée qui s'est nourrie de la Poétique d'Aristote a établi les conditions d'un différend esthétique. Ce différend ne concerne pas seulement la tradition de l'art, il concerne aujourd'hui les médias et, plus globalement, le rapport de l'humanité à tout ce qu'elle montre et se montre. L'enjeu, c'est la conduite de la technique, son allure et sa méthode. En impliquant tour à tour critiques d'?uvres et théories de l'art, ce livre examine la possibilité et l'intérêt de réévaluer, à l'époque des appareils d'enregistrement, la structure de la relation de l'art à la technique. Il y va des chances de l'existence, des instances fondées à régler le commun de l'humanité, des domaines de la politique et de l'économie en général.