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Otrante N° 35, printemps 2014 : Washington Irving au temps des nations
Huftier Arnaud ; Sprenger Scott
KIME
20,00 €
Épuisé
EAN :9782841746736
Si la production de Washington Irving porte désormais l'étiquette de " classique ", elle a acquis ce statut en payant un lourd tribut : partiellement et partialement lue, elle apparaît comme un " hors d'oeuvre ". Irving serait à ce titre l'auteur de deux seuls textes - " Rip Van Winkle " et " The Legend of Sleepy I lollow " -, et on l'aborde principalement comme le premier auteur fantastique américain (à succès), semant les germes de ce qui sera cultivé par ses immédiats successeurs Hawthorne ou Poe. C'est là dangereusement décaler la perspective ! Car de telles réductions ne permettent pas de prendre la mesure d'un système étonnamment moderne, que l'on peut par contre pleinement assimiler par ses effets de fantastique. ()ès lors, les mots " conflit " et " anxiété " s'imposent, dessinant une ligne de fracture qu'il importe dorénavant de mieux crayonner. Celte ligne sous-tend évidemment les liens entre l'Europe ancienne et les récents Etats-Unis, mais elle permet aussi de voir que tout, cher Irving, se situe " entre deux mondes ". Si la création des nations implique la création d'une fiction commune, cela engage aussi l'oblitération d'une partie de la conscience collective : mêlant effets de fantastique et ironie, Washington Irving part alors à la recherche de ces formes de conscience, déplacées et rendues archaïques lors d'une " re-territorialisation ", et il dessine en creux cet " impensé " qui s'installe dans la conscience " moderne " suite à la rupture d'avec la période précédente. Loin donc de l'image du conteur badin, les contributions ici réunies, provenant des deux côtés de l'Atlantique, ne proposeraient-elles pas un étonnant portrait en pied de Washington Irving : celui d'un précurseur qui anticiperait les disciplines comme l'anthropologie culturelle, la psychologie sociale, voire la psychanalyse ? Portrait qui pourrait bien avoir pour titre : Washington Irving, le fantastique au temps des nations.
Résumé : L'histoire du théâtre et les différentes élaborations théoriques d'une " théâtrologie " accordent peu de place au " fantastique ". Le discours sur le " genre " dit fantastique est rarement envisagé par les spécialistes de la scène, et l'approche du fantastique se réduit très souvent à une tentative de " naturalisation ", où d'autres étiquettes s'imposent, mais qui peinent tout autant à dessiner des frontières fermes et définitives. Parallèlement, les recherches consacrées au fantastique littéraire abordent le théâtre sous un angle uniquement textuel, oubliant que le théâtre trouve sa réalisation dans un espace scénique. On assiste dès lors à un phénomène de " dénaturation ", où les effets recherchés recouperaient ceux de textes dits canoniques. Loin de se contenter de cette bipolarisation où s'imposent la naturalisation et la dénaturation, Otrante a jugé nécessaire d'envisager une ligne de partage placée sous la liaison ambitieuse entre " théâtre " et " fantastique ". Partant du principe d'une impossibilité de conceptualisation théorique si la précellence est donnée à l'un ou l'autre " genre " (théâtre vs. fantastique), les études ici réunies entendent ainsi cartographier un territoire qui pour l'instant n'avait pas de nom ni véritablement de localisation.
C'est parce qu'il a été un piètre joueur de golf ? "le plus détestable que le monde ait porté" ? que Jean Ray a écrit les Contes noirs du golf. Par vengeance. Il y reprend, bien sûr, tous les thèmes de sa mythologie personnelle : les univers intercalaires, la déchéance des dieux, l'envoûtement, la magie noire... C'est en décembre 1952 que Jean Ray, traversant de graves difficultés, commence sa collaboration avec la revue Golf. Comme souvent, il y est poussé pour des raisons prosaïquement alimentaires : malgré le succès de La cité de l'indicible peur et de Malpertuis, quelques années plus tôt, l'écrivain est toujours en mal d'argent. La fortune que connaît alors P. G. Wodehouse (l'auteur de Jeeves) dans les pays anglo-saxons lui a donné des idées, d'autant plus qu'il n'existe pas d'auteur "golfique" de cet acabit parti les écrivains de langue française...
Résumé : Ami intime de Kipling, loué par Stevenson, admiré par Henry Miller, cité constamment par Freud et C.G. Jung, ou considéré par Hubert Lampo comme auteur essentiel du réalisme magique, Henry Rider Haggard n'a pas bénéficié d'hommage à sa mesure pour le cent-cinquantenaire de sa naissance en 2006. Cette absence de considération provient essentiellement d'une image déformée de l'écrivain et de son ?uvre. A l'aune d'éditions jusqu'ici partiellement tronquées et d'une popularité provenant en grande partie des avatars cinématographiques des Mines du roi Salomon, et sous couvert d'une lecture réductrice de ses romans " africains " selon l'horizon " impérialiste ", la critique a en effet considérablement édulcoré l'aspect proprement visionnaire de son ?uvre, laissant de même dans l'ombre une cinquantaine de romans et nouvelles ! On ne pouvait voir de la sorte que Rider Haggard est par excellence un écrivain " hanté ", qui toute sa vie réécrit le même livre : au travers des empires lointains et disparus, Zoulouland, Ophir, Zimbabwé, Mayas, Aztèques, Vikings ou Islandais, il s'agit à chaque fois d'une quête amoureuse et aventureuse, qui met l'archéologie et le Mythe au service d'une forme de romanesque originale, voire dérangeante, rétive à toute classification et réduction. Il convenait par conséquent de rendre à cet auteur le tribut qui s'imposait, et Otrante entend ici traiter certains des aspects fondamentaux de l'homme et de l'?uvre : le biographique, le mythique et le fantastique, ainsi que les problèmes d'éditions et de réception, afin de saisir la pleine mesure de cette véritable épopée du désir, qui s'attache à écouter les pulsations du " c?ur du monde ".
Dans le sillage de Flaubert sont nées, dans tous les domaines artistiques, des adaptations et des créations multiples, reflétant la réception contrastée de son oeuvre de par le monde : le cinéma, le théâtre, la musique, l'opéra, la bande dessinée, nous offrent aujourd'hui une très large palette d'intertextes attestant la vitalité d'une oeuvre constamment lue, relue, réécrite, traduite, retraduite, bref, constamment (ré)interprétée, en vertu d'intentions parfois contrastées, méritant une étude attentive, en vertu peut-être aussi de l'inquiétude fondamentale qui traverse l'oeuvre de Flaubert et dont ces postérités sont, chacune à leur manière, les échos entêtants. L'étude de ces "dérivés" flaubertiens révèle aussi bien les procédés d'actualisation de la filiation ainsi revendiquée, que les singulières métamorphoses induites par les lectures de Flaubert en d'autres langues et au sein d'autres cultures. Ce volume rassemble les travaux de chercheurs internationaux, qui, à l'étranger et en France, nous offrent un vaste panorama de ces créations.
Le philosophe Charles Appuhn s'est adonné à l'ingrate lecture de la "Bible du peuple allemand" , selon l'auréole de la propagande officielle de 1933 car Mein Kampf offre une vue sans égal non pas seulement sur Hitler, mais sur l'idéologie et les projets politiques de l'hitlérisme. La "destruction des Juifs d'Europe" (selon le titre que Raul Hilberg donna à la somme qu'il consacra à cette destruction) n'est pas seule à y être programmée mais de façon fanatiquement répétée, celle de l' "ennemi de toujours" , la France. Quant à l'Est et aux peuples Slaves, le sort que Hitler annonce constituer également une nécessité vitale pour l'Allemagne, revient à les anéantir aussi afin que la population allemande puisse s'approprier leurs territoires (Drang nach Osten). Il s'agit bien, là ou jamais, de ce que Alexandre Koyré a appelé dans ses Réflexions sur le mensonge une "conspiration en plein jour" . La traduction et la présentation des extraits les plus "significatifs" , selon les termes de Charles Appuhn permettent de disposer en France dès 1933 de cent soixante-dix pages lumineuses en lieu et place des quelque huit cents pages de l'allemand verbeux de Hitler. Aussi bien, il faut y insister, cet Hitler par lui-même est en France la première divulgation autorisée. Elle ne sera interdite qu'en 1943. Sans entrer dans le labyrinthe des avatars éditoriaux, l'originalité courageuse de l'éditeur Jacques Haumont apparaît d'autant mieux qu'en 1933 on disposait certes de nombreux articles en français consacrés au parti national-socialiste, à la montée du nazisme et à la politique allemande, en général tout en ignorant ce manifeste nazi qu'est Mein Kampf. Rappelons que le premier volume, dans lequel Hitler se livre à son autobiographie, fut publié à Munich en 1925, suivi en 1926 du second qui, cette fois, expose les idées et le programme hitlériens. Or, Hitler, en accord avec Eher Verlag, son éditeur, en interdit toute traduction française.