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Ce rien que moi dur et glacial : Hélène Schjerfbeck
Hirt André
ENCRE MARINE
37,00 €
Épuisé
EAN :9782350880495
Helène Schjerfbeck (1862-1946) a beaucoup peint, surtout une série d'autoportraits dans lesquels elle a étendu, en sa féminité, sa psychè, en ne cessant de la creuser, de la gratter jusqu'à l'os, jusqu'à la manifestation de ce que l'art est refus de la représentation, plutôt appel obstiné en soi de figures venues de rien. En parcourant la série, on songe inévitablement à la mort et à ses signes, alors qu'on doit voir aussi les couleurs tremblantes et toujours désirantes de la vie, par exemple sur les lèvres rouges. "Peut-être, l'artiste n'a-t-il qu'à pénétrer en lui-même dans ce rien que moi dur et glacial". "Je ne suis rien, absolument rien, tout ce que je désire faire, c'est peindre, chercher. - Ce doit être ceci qui fait la grandeur des peintres, de sorte qu'ils ne vieillissent jamais: le fait qu'il y a toujours encore quelque chose à conquérir". Cette peinture incomparable et radicale fait l'objet, dans ce livre - le premier essai consacré en français à Hélène Schjerfbeck -, d'une expérience du regard et d'une tentative de rencontre avec ce que les autoportraits manifestent d'une subjectivité en question jusqu'à la torture, qui a interpellé le spectateur stupéfait et étrangement concerné. Celui-ci s'engouffre à son tour, avec ses moyens philosophiques, dans la vérité inquiète du portrait réel et impossible.
ÉCHO De quoi le déploiement d'une fleur est-il l'évanouissement? Et pourquoi une floraison serait-elle une disparition dans une métamorphose? L'histoire de Narcisse que nous raconte Ovide dans la troisième partie des Métamorphoses s'achève en effet par l'apparition d'une fleur qui porte son nom. L'histoire conduit le lecteur - et Narcisse - depuis sa conception jusqu'à son printemps, qui est étrangement une mort. Et au-delà de cette narration, comme son rejet plus que comme son effet, il existe une autre histoire, à vrai dire aussi vite entamée que reléguée, celle d'Écho, dont le devenir est la sempiternalité d'une douleur, le retour presque imperceptible d'un rien, juste de sons qui dans leurs répétitions et leur éloignement n'existent même pas. On peut suivre les étymologistes qui font dériver le nom de la fleur, le narcisse, de narkè, l'engourdissement et la torpeur. Et il est même arrivé, ainsi qu'on peut le lire dans Plutarque (?uvres morales, 647b), que le narcisse soit une fleur de mort (dans le culte de Déméter à Éleusis, par exemple). Mais pourquoi cette étonnante destinée de Narcisse, d'un adolescent d'à peine seize ans, d'un béotien, du fils d'un fleuve de Béotie, cette région proche de Thèbes, et d'une nymphe? - Notons qu'il s'agit peut-être tout simplement de l'histoire d'une bêtise comme en commettent non seulement les jeunes gens à la recherche de leur image qui investit tout leur désir; peut-être s'agit-il également de l'histoire d'une pensée et encore une fois d'un désir très simples, voire simplets, en tout cas ignorants, premiers et originels, dont la nature relèverait davantage d'une contraction, d'une régression que d'une ouverture à l'extériorité et aux autres. Ovide rapporte que Narcisse est très beau; en vérité, il reprend seulement l'avis des nymphes (en l'occurrence des nymphettes!) qui, quant à elles, désespèrent de l'indifférence du jeune homme à leur égard. Narcisse, en effet, ignore l'amour. Et parmi ces nymphes, ces filles-fleurs, une, Écho, au lieu de se concentrer sur sa fonction, à savoir l'animation d'un lieu déterminé de la nature comme les sources, les rivières, les montagnes ou les arbres, ainsi que l'avait enjoint à cette descendance son père Zeus, dépérit d'amour. Son corps finit par se décharner et par disparaître d'une sorte d'anorexie. Ne reste d'elle que la voix, gémissante.
Résumé : " Il faut être absolument lyrique ". La formule est en effet de Baudelaire. En nouant la poésie à l'existence, elle annonce celle de Rimbaud : " Il faut être absolument moderne ". La poésie, en devenant une exigence d'existence absolue, promeut un lyrisme nouveau qui ne se réduit pas à un épanchement de la subjectivité. Parce qu'il inaugure la " modernité ", Baudelaire est une Idée qui, telle un astre, régit toute une constellation philosophique. Le poète est un soleil. C'est pourquoi, on a tenté ici de suivre les réfractions et les vibrations de ses rayons sur des pensées situées aussi bien en amont (Pascal, Hegel, Kierkegaard) qu'en aval (Benjamin, Adorno, Foucault) de son foyer. Comme si l'exigence lyrique de Baudelaire nous fixait un impératif immédiat de pensée et d'existence dont le contenu reste à dévoiler dans ses reflets passés et futurs.
Faut-il en toute chose aller aux extrêmes ? Et faut-il avoir atteint une sorte de climax pour être à la hauteur de ce qu'exigent la création artistique, la politique et la pensée ? Les expériences si dangereuses de ce genre, telles qu'elles furent pratiquées au XX° siècle, ne résultent-elles pas d'un Pacte frauduleux contracté avec le diable, et l'une d'elle n'a-t-elle pas fait le malheur d'Adrian Leverkühn, le compositeur pas si imaginaire que cela du Docteur Faustus de Thomas Mann ? C'est à partir de ce roman et du destin de son personnage principal, que l'on se propose, dans la continuité de ce qui s'est ouvert précédemment sous le nom le Chantier Faustus, d'évaluer le degré de crise de la culture et de la civilisation, d'examiner dans ce contexte les conditions de la création artistique et de redéfinir la nature de la pensée en prenant à contrepied le Pacte et ses forçages par le rappel des contraintes de sa finitude. La figure imposante de Beethoven sert ici de guide, depuis la IX° Symphonie qui s'achève, on ne le sait pas assez, sur l'ambiguïté d'un cri déchirant de joie mais aussi d'ivresse et d'inarticulation, en réalité de défaite historique, jusqu'à la dernière Sonate pour piano, opus 111, qui embrasse cette fois-ci, avec sobriété et amour, l'humanité de l'homme. C'est alors, pour les temps à venir, "l'humain" qu'elle cherche à tutoyer, à nous faire comprendre et entendre.
Résumé : Et si avec Descartes s'ouvrait la scène moderne de la poésie ? Et si c'était la pensée en général et l'existence qui se décidaient ? La pensée comme poésie, la pensée comme existence, la poésie comme existence ? Il est certain qu'avec Descartes s'inaugure l'âge de la raison et de la science. Il va beaucoup moins de soi qu'avec lui l'usage de la raison ne fait qu'un avec la production du poème. " Le monde est une fable " laisse-t-il entendre. Ce n'est pas que le monde soit un rêve mais il n'est et ne sera que ce nous sommes capables de penser. Et nos existences ne pourront être qu'à la mesure de notre puissance de penser. Ce livre sur Descartes, à tous égards singulier, s'efforce de montrer comment, au-delà de la scission moderne, catastrophique, entre raison et poésie, Descartes a promu une pensée unique et intense de nous-mêmes, du monde et de l'existence. Il aura fallu mettre de côté bon nombre de préjugés ainsi qu'une image sclérosée de Descartes pour présenter dans sa fraîcheur et sa pertinence cette ?uvre qui permet de rouvrir toutes les questions les plus actuelles, qu'elles soient métaphysiques, morales ou esthétiques. Descartes est lu ici, à l'inverse d'une plate tradition scolaire, avec liberté, enthousiasme et en compagnie des plus grands penseurs, poètes et artistes, sans jamais céder sur la rigueur de la raison qui est la même que celle de la poésie.
Marcel Conche, professeur émérite à la Sorbonne, membre de l'Académie d'Athènes, est l'auteur de nombreux ouvrages, publiés aux Editions Encre Marine, Cécile Defaut, Albin Michel, et surtout aux Presses Universitaires de France (collections "Perspectives critiques", "Quadrige" et "Epiméthée").
Le terme "technoscience", abondant dans les discours militants et journalistiques, absent des discours internes aux pratiques scientifiques, parfois utilisé par des philosophes ou des sociologues, est récent. Le substantif apparaît au milieu des années soixante-dix. Il est souvent chargé d'affects et d'une axiologie implicite: il constitue souvent une arme de lutte (nommer les phénomènes techniques et/ou scientifiques de ce nom c'est déjà, dans bien des contextes, les "dénoncer" ), mais est-il aussi le lieu d'une élaboration conceptuelle précise et consistante pour accueillir ce qui nous arrive et qu'on désigne ainsi? Et ce qui nous arrive sous ce nom est-ce, localement, une reconfiguration de la représentation des rapports entre sciences et techniques, ou bien aussi, plus largement, une manière nouvelle d'expérimenter quelques énigmes fondamentales (comme celle de l'Invention, ou bien encore celle de la Puissance)? On veut manifester dans ce livre l'ambiguïté fondamentale d'une "figure" aux facettes multiples - la technoscience -, qui traverse les registres de l'épistémologique, de l'économique et du politique,, pour assumer des inflexions proprement métaphysiques et même eschatologiques.
2 volumes sous coffret vendus non séparément Tome I Clémence Ramnoux consacra sa vie entière à l'étude et à la sémantique des penseurs présocratiques comme Héraclite, Empédocle ou Parménide, afin de remonter aux sources de la philosophie. Pour ce faire, elle élabora une méthode de recherche interdisciplinaire, redevable de l'histoire des religions, de la philologie, de la philosophie et de la psychanalyse. Dans ce premier volume se trouvent rassemblés les trois premiers ouvrages (La Nuit et les enfants de la Nuit dans la tradition grecque, Héraclite ou l'homme entre les choses et les mots, Mythologie ou la famille olympienne) de cette grande helléniste qui font toujours autorité. A chaque fois l'auteur a proposé de nouvelles traductions des textes présocratiques. Clémence Ramnoux n'étudie pas seulement l'évolution du mythos au logos, en s'attachant à démontrer le passage du nom des puissances divines à l'abstraction philosophique, elle s'est également intéressée aux fragments d'Héraclite en proposant une lecture non plus fondée selon la division traditionnelle - cosmologie, anthropologie, logique - mais sur une nouvelle méthode de groupement des formules de mots. Dès lors, elle éclaire les fragments d'Héraclite, en se mettant à l'écoute des mots, de leurs jeux, de leurs résonances, de leurs échos pour les entendre philosophiquement et les comprendre dans leur unité, nous faisant oublier le surnom que la tradition lui donnait : "Héraclite l'Obscur" . Dans sa présentation, Rossella Saetta Cottone dit la dette immense de la recherche française envers Clémence Ramnoux qui a su dépasser les clivages disciplinaires pour aborder une question capitale de notre culture comme celle de la naissance de la pensée rationnelle. Tome II Dans ce second volume consacré essentiellement aux études présocratiques, Clémence Ramnoux reconnaît l'apport de Nietzsche en montrant que le retour aux sources archaïques permet de comprendre comment de l'éloignement progressif des dieux vont naître les commencements de la philosophie. Cette dernière se détachera peu à peu du mythe (encore largement présent chez Platon), pour faire émerger la pensée abstraite, toujours en mutation, fille adultérine de la pensée archaïque. C'est à l'aune de ces rencontres agonistiques entre penseurs anciens que la philosophie s'affirmera. Dans une suite d'articles sur les présocratiques, on découvre ce glissement du mythe à la pensée rationnelle, déjà en germe avant Socrate. Avec la traduction commentée du Poème de Parménide, l'auteur montre l'importance de la transmission des textes anciens dont il faut aussi savoir faire une étude critique. Un choix d'articles peu connus, jusqu'alors dispersés et difficilement accessibles, permet de mieux comprendre les relations complexes - à la fois complices et novatrices - de Clémence Ramnoux avec la pensée contemporaine, notamment avec la psychanalyse et avec la philosophie de Bachelard. Cette nouvelle édition en deux volumes des oeuvres majeures de Clémence Ramnoux, entièrement revue et corrigée, est enrichie d'une Table de concordances des fragments orphiques, d'un Index des sources, d'un Index général, d'une Bibliographie raisonnée des oeuvres citées par l'auteur et d'une Bibliographie de ses oeuvres et des articles qui lui ont été consacrés.
Au début du XIXe siècle, l'Europe découvrit le bouddhisme, et bientôt les textes bouddhistes parurent mériter l'attention des philosophes, lesquels écrivirent et épiloguèrent sur le chemin bouddhique et son but ultime: le "nirvâna". Mais comme ils échouèrent à s'en faire une idée positive - car le "nirvâna" suppose l'expérience "sui generis" de la vie allégée de toute souffrance -, ils l'interprètent comme néant. Le bouddhisme était un nihilisme. Ainsi le voient Hegel, Cousin, Renan, Schopenhauer, Gobineau, et Nietzsche avec eux. Mais tandis que les uns (les chrétiens) s'offusquent d'une sagesse d'anéantissement, que d'autres, tel Schopenhauer, y voient avec faveur la confirmation de leur pessimisme, Nietzsche lui oppose une sagesse néo-païenne, dite "tragique". Si "tout est souffrance", comme le veut Bouddha, nier la souffrance, c'est nier la vie: la sagesse tragique implique la "volonté de souffrir", non, certes, que souffrir soit bon en soi, mais, parce que, sans la souffrance, rien de grand ne se fait.