Ce numéro thématique, consacré aux semences interpelle quant au défi environnemental de la biodiversité cultivée et de ses implications politiques. Les enjeux de reconnaissance au sujet des conceptions de la semence, des pratiques de sélection, des modes de production, des régimes de propriété (entre propriété privée, publique et bien commun) ou encore des modalités de commercialisation sont de taille. Ils sont d'ordre symbolique et cognitif et ont des répercussions sur l'ensemble du système semencier : il en va de l'identité des acteurs engagés dans l'expérimentation semencière et de la définition de ce qu'est une "bonne" semence. Ce dossier met à l'honneur les travaux de chercheurs qui offrent un regard sur les brèches existantes dans les systèmes semenciers conventionnels et susceptibles de mettre en question le régime fixiste en place. Depuis des entrées disciplinaires distinctes (sciences humaines — sociologie, anthropologie, histoire et droit — et sciences agronomiques) et à partir de recherches empiriques, les auteurs analysent les modes de gestion face au verrouillage du système semencier, tant au niveau de la mise en circulation que des propriétés intellectuelles. Au travers d'usages sémantiques distincts, ce dossier atteste de la multi-dimensionnalité de l'objet "semence" et présente des réflexions sur la coexistence d'une pluralité de pratiques.
Pourquoi regarde-t-on les dents d'un cheval avant de l'acheter ? Comment nourrir une jument en lactation ? Quels sont les métiers et les sports que l'on fait cheval ? Toutes les questions, qu'elles soient théoriques, pratiques et même techniques ont leur réponse dans cet ouvrage illustré de très bons croquis explicatifs. Ainsi, tous les amoureux du cheval, néophytes ou expérimentés, trouveront leur bonheur à sa lecture car il regorge d'astuces qui pourront leur faire gagner du temps, de l'argent et encore bien plus !
La raison pour laquelle Philippe Hecquet, en 1707, prend parti contre les chirurgiens accoucheurs est inscrite dans le titre même du traité De l'indécence aux hommes d'accoucher les femmes : "leur seule présence, leur regard, leurs attouchements sont plus qu'indécents, ils sont obscènes. Les femmes qui font appel à eux mettent en péril leur pudeur, leur innocence, leur pureté. (...) Ces attouchements risquent de "salir et exciter (leur) imagination", de provoquer chez elles des réactions incompatibles avec leur vertu. Si la condamnation par Hecquet de l'intervention des chirurgiens accoucheurs ne peut être interprétée seulement comme un refus du progrès, de la même façon la médicalisation actuelle du champ de la reproduction ne peut être réduite à une simple volonté de progrès. Dans les deux cas, poursuit Hélène Rouch dans sa préface, les femmes sont confrontées à des discours qu'elles n'ont pas élaborés et qui, indifféremment étayés sur la tradition ou sur le progrès, les soumettent à l'autorité de ceux, hommes d'église ou de science, qui détiennent savoir et pouvoir.
Dans une Italie communale qui bénéficie, au cours des XIIe et XIIIe siècles d'un essor sans précédent de la production et des échanges, le paysage urbain se hérisse de tours, tandis que les rues résonnent en permanence du pas de ces puissants chevaux de guerre qui peuplent tant de fresques et de tableaux de la première Renaissance. Tours et chevaux symbolisent la supériorité d'une classe sociale, la militia, qui pendant longtemps restera ouverte à tous ceux qui ont les moyens d'acheter un cheval de guerre et de s'entraîner pour le combat monté. Composée pour l'essentiel de propriétaires fonciers, la militia n'en présente pas moins une grande diversité de conditions sociales qu'accentue encore la participation plus ou moins active de ses membres aux secteurs les plus dynamiques de l'économie marchande. Seuls en fait les profits tirés de la guerre et la défense des privilèges qui lui sont reconnus en échange de ses prestations militaires expliquent l'étonnante cohésion de cette classe et sa capacité à perpétuer un système de domination qui s'identifie, jusqu'au début du XIIIe siècle, avec le régime des consuls. Et pourtant, la militia se verra contrainte, en l'espace de quelques décennies, de renoncer à ses privilèges et d'abandonner le pouvoir à de nouvelles catégories de la population regroupées sous la bannière du popolo. Comment expliquer une débâcle aussi rapide ? Par l'irrésistible montée en puissance du popolo, sans aucun doute, et par les décisions internes de la militia. Mais elle apparaît plus encore comme la conséquence inévitable d'une culture de la haine qui, malgré tous les mécanismes destinés à en limiter les effets, conduit à l'implosion d'un tel système de domination.
Depuis le début des années 1990, la plupart des hôpitaux européens ont révolutionné les pratiques entourant la mort du foetus ou du nourrisson. Escamoter l'enfant mort et inciter les parents à "passer à autre chose", tel était l'usage jusqu'alors. Apprendre à "faire son deuil", telle est la règle désormais. Le deuil devient volontariste, presque appliqué. Mais le plus surprenant est sans doute l'invite systématiquement faite aux parents de regarder leur enfant mort. Internationale, cette mutation fut aussi radicale: en dix ans, une page de l'histoire de la mort enfantine a été tournée. Elle cristallise une nouvelle manière de saluer les morts rendant essentielles la matérialité et l'incarnation du souvenir. Que s'est-il passé pour que la présentation ou la représentation du corps devienne, ou redevienne, incontournable pour penser la perte? Un simple retour au passé? Fétichisation du corps et psychologisation de son usage: le corps, la chair, le donné biologique sont appelés au secours des psychés. Mais le phénomène se limite-t-il bien au cas des bébés morts? Que nous suggère-t-il de la redéfinition contemporaine des identités?
Observer, participer, comprendre, décrire sont les étapes clés du travail de l'ethnographe. Elles ont donné lieu à de véritables controverses, d'autant plus intenses que s'est accru l'engagement du chercheur dans la cité. Présentant des textes récents, mais déjà classiques, L'engagement ethnographique se lit comme une anthologie de réflexions sur le travail de terrain. Enquêter, c'est s'engager dans des activités, s'impliquer dans des échanges, collecter des informations et, dans le même mouvement, transformer des savoirs et se transformer soi-même. L'expérience du terrain est ici irremplaçable: elle permet une pensée en prise sur le concret. Et contre tout dogmatisme, elle aide à trouver de nouvelles solutions à des problèmes éthiques et politiques. Du terrain aux comptes rendus de situations sociales, l'ethnographie est, plus qu'une méthode, un art de mener l'enquête. Ses pratiques ont connu de grandes transformations, à l'épreuve de la mondialisation. Elles s'enrichissent des apports de l'histoire et de l'analyse de réseaux. De territoire circonscrit, le terrain devient flux. La tâche de l'ethnographe est désormais de suivre de site en site des personnes, des capitaux, des marchandises, des techniques, des histoires, des conflits... Il se retrouve aux avant-postes de la réflexion sur la globalisation.