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Critique N° 697-698, Juin-Juillet 2005 : Inactualité du politique
Hazareesingh Sudhir ; Higonnet Patrice ; Rey Henri
MINUIT
12,00 €
Épuisé
EAN :9782707319135
La question du politique n'est plus posée. Le lien entre les citoyens semble se distendre à une vitesse accélérée. Le sentiment d'une civilité fondée en fraternité s'érode. On cherche ici à évoquer quelques-uns des enjeux qui se posent à une société française en voie de dissociation, s'éloignant sans cesse davantage d'une vision commune. L'espace public était autrefois arpenté avec passion, tant à l'occasion de nombreuses fêtes que des diverses élections qui mobilisaient rituellement les citoyens. Ces manifestations, de même que l'urne traditionnelle des salles d'école, symbolisaient l'action politique. De nos jours, tout semble basculer et le modèle politique français perd de son exceptionnalisme. Le vote ouvrier obéit à de nouvelles logiques, la nation ne sait plus à quel saint se vouer entre Europe et ethnicité, espace post-national et tentation souverainiste. L'idéal démocratique lui-même paraît incertain. Et les grands hommes prennent la pose. Le parlementarisme demeure fragile, à travers lequel la diversité des opinions s'exprime pourtant légitimement dans la discussion. La tentation extrémiste, alimentée par des penseurs comme Carl Schmitt, trouve en France un écho troublant, des philosophes de haute stature restant plus attirés par le prestige du tyran que par les charmes incertains de la méthode démocratique.
Au début des années 1850, le 15 août devient la fête nationale en France. Cette célébration permet au président Louis-Napoléon d'amorcer la transition vers le second Empire, et d'imposer avec succès un modèle de fête nationale populaire qui sera largement repris par la République. S'appuyant sur une documentation inédite aux Archives nationales et départementales, Sudhir Hazareesingh fait revivre cette fête riche et multiforme. Moment d'exaltation de la mémoire napoléonienne, la fête impériale est aussi le théâtre de tensions créatives: entre la solennité pieuse des croyants et la jubilation carnavalesque du peuple, entre la glorification de la Nation et le culte des traditions locales, et entre la célébration du soutien populaire au régime et la peur de la foule. L'ouvrage renouvelle notre vision de la tradition napoléonienne sous le second Empire. Hazareesingh insiste particulièrement sur la dimension locale des fêtes, qui permet aux notables de célébrer les travaux publics et l'action caritative des associations, et donne l'occasion aux municipalités de se mettre en valeur. La Saint-Napoléon met également en scène des moments de liesse collective, comme lors des remises des médailles de Sainte-Hélène aux anciens vétérans des guerres de l'Empire. Mais cette harmonie fragile peut aussi prendre une fâcheuse tournure: au sein même de l'État bonapartiste, entre le clergé et les autorités civiles, et entre les représentants de l'État et les forces de l'opposition républicaine, qui utilisent sciemment le décor de la fête nationale pour subvertir l'ordre bonapartiste. Écrit avec humour et humanité, et fourmillant d'anecdotes savoureuses, cette étude originale apporte des éclairages nouveaux sur la sociabilité et la culture politique française, et souligne le poids de la tradition napoléonienne dans la mémoire collective nationale.
Résumé : L'historien britannique pense que c'est dans la passion des idées qu'il faut chercher les racines de l'identité française. Si les Français passent pour des donneurs de leçons, c'est qu'ils aspirent à l'universel, au point de s'en estimer seuls garants. S'ils sont râleurs et anarchiques, c'est qu'ils ont l'esprit frondeur chevillé au corps. Un catalogue des spécificités de la pensée française.
La Franc-Maçonnerie provinciale sous le Second Empire et au début de la Troisième République reste méconnue. Les loges du Grand Orient de France (GODF) illustrent pourtant la diversité d'une sociabilité provinciale originale en termes d'implantation territoriale, de recrutement, et de buts poursuivis. Ce monde tend sans doute vers la laïcité ; mais il est aussi traversé de tensions et de contradictions politiques, morales ou spirituelles qui limitent l'influence maçonnique et n'assurent pas, non plus, l'hégémonie des élites républicaines. En effet, autoritarisme des Grand-Maîtres et de plusieurs Vénérables, tropismes locaux, luttes d'influence entre clans, contrôle des autorités politiques et administratives, méfiance extrême du clergé catholique, concourent à restreindre des initiatives qui voudraient secouer les vieux cadres. Finalement, et loin des mythes, la maçonnerie se révèle dans sa complexité. Ni association harmonieuse, ni structure de conspiration permanente, ni même antichambre de la République, elle apparaît comme une institution fluide et changeante. Plusieurs maçonneries coexistent donc, à l'image de loges de types variés et dont une typologie est proposée.
Napoléon, disait Stendhal, est "le seul roi dont le peuple ait gardé la mémoire". Comment s'est manifesté, de manière concrète, cet attachement à l'Empereur dans la conscience collective après 1815, et quels furent ses effets sur la culture politique nationale? Utilisant des sources jusqu'ici inexploitées, Sudhir Hazareesingh fait revivre la célébration populaire de la légende napoléonienne à travers les rumeurs sur un retour de Sainte-Hélène, le culte des objets "séditieux" sous la Restauration, la mobilisation politique de groupes bonapartistes, et le souvenir des vétérans de la Grande Armée. L'image multiple de Napoléon subit des transformations parfois étonnantes: il est dieu de la guerre, et homme de la paix; conquérant glorieux et sage législateur; figure d'autorité et incarnation de la liberté; homme de religion et symbole de l'anticléricalisme. En brossant un tableau subtil et animé de la complexité sociale et idéologique du mythe napoléonien, l'ouvrage offre une interprétation nouvelle de l'histoire du XIXe siècle, et permet de mieux saisir la fascination qu'exerce toujours le Grand Homme dans l'imaginaire politique de la France.
Qu'est-ce que ça veut dire, moderato cantabile ? - Je ne sais pas. " Une leçon de piano, un enfant obstiné, une mère aimante, pas de plus simple expression de la vie tranquille d'une ville de province. Mais un cri soudain vient déchirer la trame, révélant sous la retenue de ce récit d'apparence classique une tension qui va croissant dans le silence jusqu'au paroxysme final. " Quand même, dit Anne Desbarèdes, tu pourrais t'en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c'est facile. "
Un des pionniers du Théâtre de l'Absurde, Samuel Becket, offre un spectacle qui fait rire jaune à plus d'une reprise. Deux personnages en attendent un troisième et pendant cette attente, ils refont le monde à leur manière. Jamais ce que l'on nomme l'absurde n'aura été si visionnaire et réellement vrai.
Je suis dans la chambre de ma mère". Ainsi commençait la première page d'un roman publié à Paris en janvier 1951. L'auteur était un Irlandais inconnu qui écrivait en français. La presse saluait aussitôt l'apparition d'un grand écrivain : "Si l'on peut parler d'événement en littérature, voilà sans conteste un livre événement" L'avenir allait confirmer ce jugement. Dès l'année suivante paraissait, du même auteur. En attendant Godot, une pièce qui allait faire le tour du monde et même éclipser quelquefois ce premier roman. Et pourtant, Molloy reste un livre majeur dans l'oeuvre de Samuel Beckett. Jean-Jacques Mayoux, trente et un ans plus tard, nous en offre une lecture encore enrichie par le temps.
Classeurs classés par leurs classements, les sujets sociaux se distinguent par les distinctions qu'ils opèrent - entre le savoureux et l'insipide, le beau et le laid, le chic et le chiqué, le distingué et le vulgaire - et où s'exprime ou se trahit leur position dans les classements objectifs. L'analyse des relations entre les systèmes de classement (le goût) et les conditions d'existence (la classe sociale) qu'ils retraduisent sous une forme transfigurée dans des choix objectivement systématiques ("la classe") conduit ainsi à une critique sociale du jugement qui est inséparablement un tableau des classes sociale du jugement qui est inséparablement un tableau des classes sociales et des styles de vie. On pourrait, à titre d'hygiène critique, commencer la lecture par le chapitre final, intitulé Eléments pour une critique "vulgaire" des critiques "pures", qui porte au jour les catégories sociales de perception et d'appréciation que Kant met en oeuvre dans son analyse du jugement de goût. Mais l'essentiel est dans la recherche qui, au prix d'un énorme travail d'enquête empirique et de critique théorique, conduit à une reformulation de toutes les interrogations traditionnelles sur le beau, l'art, le goût, la culture. L'art est un des lieux par excellence de la dénégation du monde social. La rupture, que suppose et accomplit le travail scientifique, avec tout ce que le discours a pour fonction ordinaire de célébrer, supposait que l'on ait recours, dans l'exposition des résultats, à un langage nouveau, juxtaposant la construction théorique et les faits qu'elle porte au jour, mêlant le graphique et la photographie, l'analyse conceptuelle et l'interview, le modèle et le document. Contre le discours ni vrai ni faux, ni véritable ni falsifiable, ni théorique ni empirique qui, comme Racine ne parlait pas de vaches mais de génisses, ne peut parler du Smig ou des maillots de corps de la classe ouvrière mais seulement du "mode de production" et du "prolétariat" ou des "rôles" et des "attitudes" de la "lower middle class", il ne suffit pas de démontrer ; il faut montrer, des objets et même des personnes, faire toucher du doigt - ce qui ne veut pas dire montrer du doigt, mettre à l'index - et tâcher ainsi de forcer le retour du refoulé en niant la dénégation sous toutes ses formes, dont la moindre n'est pas le radicalisme hyperbolique de certain discours révolutionnaire.