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Faire mouvement
Hazan Eric
AMSTERDAM
14,20 €
Épuisé
EAN :9782350960050
Professionnels du consensus généralisé, philosophes télévisuels, prêcheurs de la paix des tombeaux, adeptes de la version policière du politique: telles sont quelques-unes des cibles d'Eric Hazan dans Faire mouvement, entretiens conduits avec une complicité sans complaisance par le philosophe Mathieu Potte-Bonneville. Ces entretiens montrent comment une existence en zigzags professionnels peut se dérouler sur une ligne droite politique. Ils retracent quelques voies empruntées pour se défaire des fausses alternatives, de l'idéologie des fins et des travestissements de l'histoire. On y trouvera des discussions animées sur la démocratie, sur la notion de peuple juif, sur la révolution, le colonialisme, la Palestine. On y reconnaîtra au passage des influences - Marx, Gramsci, Foucault, Rancière - et des dégoûts partagés. Faire mouvement, ou comment faire surgir du dissensus dans les plaines de la domination.
Ce livre a e´te´ entrepris pour de´fendre Paris dont on dit aujourd?hui tant de mal ? ville muse´ifie´e, atone, embourgeoise´e, etc. Le plus fort, c?est que ces propos ne sont pas tenus exclusivement par les ennemis habituels de Paris, ceux qui s?en tiennent a` distance, qui ont peur de ses explosions pe´riodiques. Mais ceux que Paris a abrite´s, e´duque´s, cultive´s, ceux qui lui sont largement redevables de ce qu?ils sont devenus, ceux-la` participent au de´nigrement de leur ville nourricie`re. C?est peut-e^tre qu?il y a une part justifie´e dans cette fac¸on de de´boulonner Paris, de ruiner le mythe. Depuis les funestes anne´es Pompidou le Paris populaire est grignote´, soit par des destructions (le Vel d?Hiv ou` avait lieu la grande kermesse populaire des Six Jours avec E´dith Piaf et Marcel Cerdan, la place des Fe^tes ou` les habitue´s de restaurants avaient encore leur rond de serviette en 1960, la rue Watt et ses alentours, che`re aux situationnistes), soit plus insidieusement par une sorte de colonisation interne qui finit par pousser les premiers habitants, les indige`nes, chasse´s par la hausse des loyers, a` s?e´tablir plus loin, a` Saint-Denis s?ils ont de la chance, ou a` Garges les Gonesse, a` Goussainville ou dieu sait ou`. Si le capitalisme continue a` prospe´rer, le processus finira par vider Paris de tous ses pauvres et s?e´tendra a` la premie`re couronne ou` ils auront migre´. Mais si nous sommes a` la fin d?un cycle commence´ avec Thermidor ? bien des signes permettent de l?espe´rer ? alors tout va redevenir possible, y compris le retour des exclus, des entasse´s, des me´prise´s. En attendant, il faut garder une main sur la ville, en connai^tre l?histoire et les de´tours pour que le moment venu elle puisse reprendre ses couleurs et sa gloire. Tel est l?objet de ce livre. Il a un mode`le : le "Tableau de Paris" de Louis- Se´bastien Mercier, dont les derniers volumes furent publie´s en 1788. Sans chercher a` e´galer cette ?uvre admirable, je lui ai emprunte´ l?ide´e de textes courts, discontinus, sur des sujets variant d?une page a` l?autre voire a` l?inte´rieur de la me^me page. Je les ai peu retravaille´s et les ai laisse´s dans l?ordre ou` ils ont e´te´ e´crits.
Avec leurs racines dans le photoreportage, les images de Magnum sur Paris sont dominées par la présence humaine. Peu de monuments donc, mais des portraits des grands artistes et intellectuels (Sartre, Barrault, Duras, Piaf, Dior ou Giacometti) ; des lieux parisiens photogéniques habités (cafés, étalages, fêtes foraines et... défilés de mode) avec la prééminence de la rue ; un grand sujet collectif, la foule, traité, à intervalles réguliers, par les manifestations (Front populaire, Libération de Paris, Mai 68 ou CPE) ; une nette influence du cinéma dans les compositions. Ce livre rassemble environ 270 images prises par 46 photographes entre 1932 et 2014, depuis les photos inaugurales de Cartier-Bresson jusqu'aux derniers clichés de Pinkhassov. La cohérence de l'ouvrage résulte d'une conception de la photographie variant au fil du temps et de l'évolution de la ville et de ses habitants mais gardant quelque chose de l'esprit, hors de toute convention, des pères fondateurs de l'agence.
Pourquoi Paris, pourquoi pas la constellation provinciale, Issoudun et Guérande, Saumur et Fougères, Besançon et Sancerre ? C'est que Paris est à la fois l'épicentre de la Comédie humaine et "une fille, une amie, une épouse" pour Balzac. Le livre mêle d'ailleurs ces deux aspects : en même temps qu'on voit se déployer la ville de Ferragus, de Diane de Maufrigneuse, de De Marsay et de Rastignac, on suit l'existence de Balzac dans Paris, ses déménagements sous la pression des créanciers, ses démêlés avec ses éditeurs, ses malheurs au théâtre, ses journaux, ses courses dans les rues entre ses imprimeurs, ses marchands de café et ses nombreux amis. Il est par moments comme fondu dans la foule de ses personnages, ducs et pairs, actrices, espions, journalistes, poètes et banquiers. Réaliste, Balzac ? "J'ai maintes fois été étonné que la grande gloire de Balzac fût de passer pour un observateur ; il m'avait toujours semblé que son principal mérite était d'être visionnaire, et visionnaire passionné. Tous ses personnages sont doués de l'ardeur vitale dont il était animé lui-même. Toutes ses fictions sont aussi profondément colorées que les rêves", c'est Baudelaire qui le dit, et c'est aussi ce qui ressort de ce livre, exploration de la cathédrale balzacienne et quête sur son architecte.
Dans les années 1790, pour le grand leader whig Charles James Fox, la Révolution française était "l'événement le plus important qui se soit jamais produit dans le monde". Depuis, avec le passage de l'actualité à l'Histoire, la Révolution a gardé son pouvoir de fascination. Le sujet n'est pas neutre: une importante école historique considère la Révolution comme un trouble malencontreux venu bouleverser de façon sanglante le mouvement général vers le libéralisme. Le présent livre s'inscrit dans une tout autre lignée, pour qui la Révolution a changé à jamais la façon de penser et de vivre du monde occidental. Il est construit comme un récit qui donne à entendre les deux voix de la Révolution: celle des assemblées, des personnages célèbres, et celle du peuple, des anonymes, des femmes, des paysans, que l'on perçoit tantôt comme un bruit de fond et tantôt comme un grondement assourdissant. Ces deux voix se mêlent aux moments d'incandescence révolutionnaire, en juillet 1789, en août 1792 où la royauté est abattue, en mai-juin 1793 lors de la chute de la Gironde. Et quand ces voix se font discordantes, alors viennent les moments les plus sombres, jusqu'au drame du 9 thermidor. "Les héritiers des thermidoriens qui nous gouvernent sans discontinuer depuis lors cherchent à travestir l'histoire de la Révolution. Contre eux, gardons vivante la mémoire, gardons l'inspiration de ce moment où l'on put entendre que les malheureux sont les puissances de la terre, que l'essence de la république et de la démocratie est l'égalité, et que le but de la société est le bonheur commun".
Comment, au milieu du XIXe siècle, Paris a-t-elle pu devenir l'incarnation urbaine de la modernité ? Pour répondre à cette question, David Harvey a exploré les mutations connues par la ville à cette époque : transformation physique, avec les grands projets d'Haussmann, qui remplace le plan médiéval par les grands boulevards ; transformation économique, avec une nouvelle forme de capitalisme dominée par les puissances financières et industrielles ; transformation culturelle, avec l'irruption de ce qu'on appellera plus tard le modernisme ; transformation sociale, avec l'émergence de violents antagonismes de classes qui atteignent leur paroxysme dans les révolutions de 1848 et de 1871. En présentant la ville moderne comme le produit instable de forces hétérogènes et contradictoires, David Harvey nous offre une image vivante du fonctionnement de Paris ainsi qu'une vision panoramique de la période décisive que fut le Second Empire. Mais cette analyse de la ville moderne est aussi l'occasion d'une réflexion magistrale sur la ville contemporaine - sur la part de la population dans l'urbanisation, sur son accès aux ressources, en somme sur le "droit à la ville".
La réédition de L'état, Le Pouvoir, Le Socialisme, "classique" de la théorie politique dont la première édition remonte à 1978, s'inscrit dans les débats concernant les crises simultanées de l'Union européenne, du néolibéralisme et du capitalisme en général. Lire cet ouvrage aujourd'hui permet de comprendre que ces crises plongent leurs racines dans la structure des sociétés occidentales de l'après-guerre. Plus la crise économique s'approfondit, et plus le système devient autoritaire au plan politique. C'est ce que Poulantzas appelle l'"étatisme autoritaire", que l'on constate à présent au niveau européen, où des décisions affectant des millions de personnes sont prises hors de tout contrôle populaire. La seule alternative possible à ce système est le "socialisme démocratique", à savoir un socialisme qui dépasse le capitalisme sans pour autant sacrifier les libertés publiques. Avec Michel Foucault, Gilles Deleuze, et Louis Althusser, auteurs dont il discute les thèses dans cet ouvrage, Nicos Poulantzas compte parmi les penseurs des années 1960-1970 dont le rayonnement international est aujourd'hui le plus important. Alors que l'édition de théories critiques françaises et étrangères a connu une grande vitalité depuis les années 2000, il était plus que temps de faire redécouvrir cet auteur majeur.
Le procès de Nuremberg (1945-1946) est devenu un symbole, celui d'un grand événement de justice internationale qui a permis d'affirmer que l'idéologie nazie ne devait pas rester impunie et relevait d'une nouvelle incrimination : le crime contre l'humanité. Cet ouvrage, qui place la focale sur la France, vient combler un important vide historiographique. La contribution française rappelle en effet que la justice internationale résulte d'un long travail de tractations politico-juridiques entre les Alliés, commencé dès 1941, et dans lequel les Français de Londres ont joué un rôle central. A Nuremberg, la délégation française dissone avec la logique américaine du procès. Elle s'inscrit dans une tradition humaniste remontant aux Lumières, critique certains choix juridiques et fait venir des résistants à la barre, quand les Anglo-Saxons ne jurent -ou presque- que par les documents écrits. Ainsi, Marie-Claude Vaillant-Couturier impressionne en évoquant les camps de concentration et la destruction des Juifs. Le procès de Nuremberg a été en partie emporté par la guerre froide et la décolonisation. Mais la contribution française reste une invitation à réfléchir sur la nécessité d'engagements clairs de la part de protagonistes décidés, si l'on veut faire advenir une justice internationale fondatrice d'humanité.
Bâtonner (verbe) : action de copier-coller une dépêche fournie par une agence de presse en la remaniant à la marge. Pratique ordinaire, le bâtonnage résume à lui seul ce que le productivisme fait aux médias. C'est ce que montre le livre de Sophie Eustache, fruit d'une longue enquête, en nous immergeant dans les rédactions, web notamment. Mises en concurrence, celles-ci sont sommées de produire des contenus par les patrons de presse. Pendant que les sommités du journalisme pontifient, les ouvriers spécialisés de l'information, rivés à leur desk, travaillent à la chaîne. Dépossédés de leur savoir-faire par une organisation du travail taylorisée, leurs cadences s'accélèrent, leurs gestes s'automatisent. L'information, paramétrée par les algorithmes, est usinée en série dans les open spaces. Et dans cette course à la productivité, la fusion du néolibéralisme et du numérique détériore les conditions de travail et le travail lui-même. Dès lors, comment se fait-il que les travailleurs de l'information continuent de consentir à ce qu'ils font ? Si Bâtonner décrit la transformation des pratiques professionnelles, il interroge aussi les mécanismes de l'aliénation. Déqualifiée et disqualifiée, la profession proteste mais continue de se croire indispensable à la vertu publique. Toujours prompte à "checker" et "décoder" les fake news des autres, elle en oublie souvent que, réduit à une marchandise, le journalisme n'est pas l'ami du peuple, mais un vice qui corrompt la langue, la pensée et, avec elles, la possibilité de la démocratie.