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Raisons politiques N° 72, novembre 2018
HAYAT/PENEAU
SCIENCES PO
20,00 €
Épuisé
EAN :9782724635515
Les prétentions à incarner la communauté politique ou des groupes particuliers se multiplient. Elles s'expriment au sommet des institutions représentatives, mais aussi dans les mouvements sociaux contestataires. Elles sont portées autant par les leaders autoritaires que par les mouvements libertaires. Les articles ici rassemblés entendent éclairer ces phénomènes à l'aide de la notion de la représentation-incarnation. Cet idéaltype désigne une relation où l'entité représentante tend à être identifiée à l'entité qu'elle prétend incarner, sans que ce lien repose sur un mandat ou une volonté explicite. Cette relation contribue de façon décisive à forger l'identité et l'unité du groupe représenté. La représentationincarnation plonge ses origines dans la théologie chrétienne comme dans la philosophie et le droit public du Moyen Age, avec la notion de représentation-identité. Sécularisée, elle se retrouve sous des formes diverses dans les parlements d'Ancien régime, dans les controverses opposant Hobbes et les parlementaires anglais, dans les conflits de légitimité de la révolution de 1848, chez Edmund Burke, Carl Schmitt ou les théoriciens du populisme. La force des régimes politiques modernes a reposé sur leur capacité à fusionner la légitimité donnée par le mandat électoral et celle qui découle de l'incarnation de la communauté politique dans les représentants élus. Cette articulation est aujourd'hui remise en cause : la crise des systèmes représentatifs s'approfondit tandis que fleurissent des prétentions alternatives à incarner le peuple. Il est temps de se donner les moyens conceptuels de distinguer ces deux sources de légitimité.
L'énigme humaine tient dans cette question : comment l'homme symbolise-t-il la dynamique biologique ? Seule une meilleure compréhension de la représentation mentale peut nous aider à y répondre. La pensée, en effet, est une activité de représentation. En outre, le pouvoir de représentation est créateur d'une réalité relativement autonome par rapport à celle de la simple copie, mais aussi plus riche que celle de l'expression analogique. Enfin, pour le comprendre, il est nécessaire d'éclairer la relation entre processus endogènes et sources exogènes de la représentation. Telles sont les hypothèses de cette investigation. Or, la psychanalyse tente de penser l'énigme humaine à partir de ces mêmes hypothèses. Du double point de vue psychologique et anthropologique, elle doit être prise au sérieux, mieux connue et approfondie, notamment pour éclairer la relation entre mémoire et symbolisation. Pourtant, la théorie freudienne est ouverte à des interprétations diverses et parfois contradictoires. L'opposition la plus générale est favorisée par l'œuvre freudienne elle-même : une perspective biologisante et moniste de l'esprit d'un côté, une approche métaphorisante et dualiste de l'autre. Or, c'est précisément le lien entre biologique et métaphorique qui fait problème. Sans l'effort pour lier rigoureusement le processus de métaphorisation et, plus globalement, de symbolisation, au biologique et au physique, la psychanalyse resterait un nouveau spiritualisme ou l'énième avatar du subjectivisme. Or, nous travaillons ici à partir d'une hypothèse moniste et matérialiste. Pour comprendre l'esprit, il convient donc d'en revenir à la matérialité du corps. Mais toute théorie qui tire de l'interprétation psychologique, comme philosophique une certaine idée du vivant court le risque de " penser la tête à l'envers " et de manquer son objet en le surdéterminant : il convient au contraire de partir du biologique, voire du physique, pour mieux remonter vers l'esprit. Notre thèse est la suivante : la psychologie doit s'enraciner dans les sciences de la vie et les formes mentales sont une traduction des formes biologiques via la cérébralité. Mais enracinement n'est pas réduction. En outre, la notion de forme biologique reste problématique. C'est à son éclairage que se consacre la fin de cette recherche, qui confronte les modèles instructionnistes et sélectionnistes du vivant.
Résumé : "Sa musique décrivait un coin du ciel, une façade éclaboussée de lumière, invisibles sans jazz. Il jouait et la joie se réveillait d'un rien et de partout". A Tunis dans les années 1930, Darius Zaken est frappé de mutisme après la disparition brutale de son père. Elevé par sa mère qui le destine aux plus hautes études et sacrifie tout à cette ambition, il lutte pour se montrer à la hauteur. Mais le swing d'une clarinette vient contredire la volonté maternelle. Darius se découvre un don irrésistible pour cet instrument qui lui redonne voix. Une autre vie s'offre à lui, plus vive et plus intense. De la Tunisie française aux plus grandes scènes du monde, en passant par l'Europe de la Libération et l'Amérique ségrégationniste, l'auteur nous embarque dans un magnifique roman d'initiation et d'émancipation, mené au rythme étourdissant du jazz. Un récit flamboyant qui rappelle avec élégance combien le jazz incarne une des plus belles révoltes de l'émotion contre l'injustice du monde. Le Figaro magazine. Prix Filigranes 2019. Talent Cultura 2019.
Ce volume collectif réunit des contributions d'historiens et de politistes spécialistes de la représentation politique au sein d'espaces variés (France, Aragon, Saint-Empire, Suède, péninsule italienne, Chine, etc.) aux époques médiévale et moderne. Le volume souligne le rôle joué par la représentation symbolique (rituels, images, cérémoniaux) dans les pratiques politiques et éclaire, à partir d'une large palette d'exemples, les pratiques parlementaires médiévales et modernes et les différentes manières de représenter le peuple, par des procédures inscrites dans la loi ou, au contraire, apparues lors de périodes de révoltes. Il constitue ainsi une invitation à mieux évaluer, par contraste, la signification de la démocratie représentative contemporaine.
La manière dont l'Allemagne traite ses habitants [... ] n'est pas plus notre affaire que ce n'est celle d'un autre gouvernement de s'interposer dans nos problèmes". Les mots de Robert Jackson, procureur en chef américain au procès de Nuremberg, sont sans ambages : la répression des crimes racistes commis par les nazis ne saurait ouvrir la voie à un examen international de l'ordre racial qui prévaut alors aux Etats-Unis. L'atteste la définition particulièrement corsetée du crime contre l'humanité adoptée en 1945. A partir d'une enquête sur les lawyers qui, outre-Atlantique, ont jeté les bases du procès, impulsé et conduit les débats, Guillaume Mouralis propose une relecture passionnante de Nuremberg. Il révèle le faisceau des contraintes professionnelles, sociales et culturelles qui ont lourdement pesé sur ce moment expérimental. Il s'interroge finalement sur son legs. Comment a-t-il été mobilisé dans les luttes afro-américaines pour les droits civiques, ou celles, ultérieures, contre la guerre du Vietnam ? Et comment ces appropriations militantes ont-elles marqué l'émergence d'un dispositif judiciaire international ?
Le rejet du Traité constitutionnel européen en 2005 par les peuples français et néerlandais, suivi du "non" irlandais de 2008 et du Brexit de 2016, a plongé l'Union européenne dans une crise grave. II a fait resurgir doutes et incertitudes quant à sa nature institutionnelle, à la répartition des pouvoirs, à la place des citoyens et des opinions et à sa capacité à faire face aux enjeux mondiaux actuels. Comprendre cette crise, et ses répercussions profondes sur la politique des Etats membres, exige d'affronter la complexité de l'Union, sans en exagérer la portée. Ce livre a pour ambition de mettre en évidence la cohérence et l'originalité du régime politique européen. Il analyse la nature de la "fédération d'Etats" et montre comment les conflits de compétence sont résolus en son sein. Il revient sur l'équilibre institutionnel original du "modèle communautaire" et sur les mécanismes de décision qu'il génère. Il se penche sur la "vie politique" qui s'ébauche dans l'Union et s'interroge sur la manière dont cette fédération d'Etats peut devenir pleinement démocratique. Dépassant les dichotomies classiques et posant le compromis comme principe constitutif de la vie politique européenne, cet ouvrage constitue une véritable référence qui permet de mieux saisir les enjeux de l'Union européenne.
La crise des réfugiés qui secoue l'espace européen depuis 2015 a mis en lumière l'incapacité des institutions politiques à fournir des réponses satisfaisantes à tous les profils de migrants. Fruits de globalisations contradictoires, les flux migratoires s'accélèrent à travers le monde. Alors même que des frontières se ferment et que des murs s'érigent, les catégories de migrants et de réfugiés se brouillent, les pays de départ deviennent pays de transit et d'accueil et inversement, le contenu de la citoyenneté se diversifie, l'expression d'un droit à la mobilité des personnes émerge partout dans le monde. Réel enjeu planétaire, longtemps oubliées des grandes questions mondiales, les migrations transforment et affectent les relations internationales, redéfinissent la souveraineté des Etats. Elles disent surtout l'urgence d'une diplomatie nouvelle intégrant leur gouvernance mondiale et régionale.
Deux degrés, cela semble peu, mais c'est énorme. La température terrestre a déjà augmenté d'un degré depuis l'époque préindustrielle. Les émissions de carbone liées aux activités humaines en sont les premières responsables. Des bouleversements climatiques sont en cours et leurs impacts ne vont que s'aggraver. Il est presque sûr que nous ne tiendrons pas l'objectif, solennellement acté par les gouvernements du monde, de contenir le réchauffement climatique en dessous de 2 °C. La raison de cette incapacité tient à la triple dépendance de nos sociétés (technique, économique, culturelle) aux énergies fossiles, qui en constituent un soubassement aussi diffus que puissant. La science nous annonce qu'à ce rythme le pire est à craindre. Mais cela n'induit pas une fuite individuelle. Nous devons, au contraire, faire face collectivement. Constatant l'impossibilité actuelle de changer radicalement nos modes de vie et d'organisation, ce livre nous engage néanmoins à suivre plusieurs voies réalistes d'adaptation et de réforme pour préparer un futur moins sombre.