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Fiel de cuivre. Traduit de la tamajaght (touareg)
HAWAD/PEY
RUMEUR LIBRE
19,00 €
Épuisé
EAN :9782355773402
Ici, en soulevant les plumes des déserts dans le sifflement génial du vivant, nous marchons dans l'ombre et la lumière des papillons mécaniques. Nous dansons mastiquant un sandwich de lettres et d'étoiles en sang. Le désert des mille nuits hurle dans les yeux luisants du coyote. Musée : les archéologies exposent leurs tripes ouvertes. Des montagnes invisibles se taisent et suent avec nos chiens. Une ombre verticale de la poussière témoigne devant le soleil. Hawad, mon frère des fenêtres du sable et de la chair vive. C'est lui, il marche. Hawad, un morceau de ciel comme une chemise pour filtrer la boue, c'est lui. Il marche avec le chameau et le quatre-quatre des fantômes aux roues crevées. Hawad, secret retourné et abreuvé de salive. C'est lui. Il marche. Compteur Geiger, mesurant la radio-activité des oiseaux-néon qui éclairent la nuit. Maintenant, une onomatopée immémoriale tombe jusqu'à nous. Pour que jamais nous n'oubliions les ombres des anges. Celles qui trébuchent dans le bal fracassé de nos peuples sans paradis. (extrait de la 4ème de couverture de Serge Pey)
Colonisé, annexé, tronçonné, empoisonné par les essais atomiques, défiguré par les compagnies minières, le désert des Touaregs est devenu "fournaise chaos fosse commune". Face au désastre et au non-sens, Hawad déploie son verbe "furigraphique", poésie au rythme débridé, avalanche de mots, profusion de sons, de souffles, de râles, délire et frénésie d'émotions, jusqu'à retrouver le "mal houle fiel des horizons" qui le propulse vers un temps mirage capable de rendre sens et figure au désert.
Événements traumatiques, meurtrissures des âmes, blessures des corps, abcès purulents d'un mal aux multiples figures... Ce texte met en scène les cauchemars qui hantent l'esprit des Touaregs portant le fardeau de la mémoire. Juxtaposition de mémoires. Frénétique, halluciné, cathartique, délirant, le rythme de ces visions atomiques suit les ondulations de la transe jusqu'à la délivrance ; à l'expulsion des scories et à la brèche ouverte par le sens retrouvé de la douleur à partager avec l'autre, l'alter ego, le compagnon qui se reconnaît dans le regard rougi et les contours meurtris des êtres, qu'il croise en traçant son chemin dans le désert.
Le coude grince, son menaçant qui annonce son usure et son vieillissement, mais aussi le retour du geste de refus, la réapparition de toutes les figures de la révolte au nord, au sud, à l'ouest ou à l'est, " raccommodeurs des lisières effilochées " de la trame de l'univers. Ce discours poétique, âpre et pamphlétaire, fait entendre la voix des Touareg spoliés de leur pays, mais aussi celle de tous les peuples minorisés, de tous les déshérités de l'univers, de toutes les marges du monde hachées par les barbelés, piétinées par les hordes touristiques et livrées aux armées et aux milices paramilitaires. Qu'est-ce que le " coude de l'anarchie ", sinon l'espace réfractaire à l'autorité de l'Etat, le monde insoumis qui ne connaît ni dieu ni maître, où l'homme, unique pilier de l'univers, résiste à l'encerclement.
Au milieu du XIXe siècle, le savoir occidental se dote d'un nouvel objet scientifique : les " Berbères ", nom étranger à la population ainsi désignée. Dans le paradigme évolutionniste alors dominant, la figure du " Berbère " naît de la relation triangulaire instaurée avec l'" Arabe " et l'" Européen ". Suivant des registres multiples, les spécialistes s'appliquent à décliner différences et similitudes, disjonctions et conjonctions entre ces catégories. Le corps à corps disciplinaire enfante des frontières mouvantes, interactives, constamment redéfinies. Berbères - aujourd'hui Imazighen - ou Arabes ? Berbères ou non Berbères ? Cet ouvrage questionne les conditions de production d'un domaine spécialisé : les " Études Berbères ". Il analyse la constitution de ses objets et de ses principes théoriques, sa légitimité académique ou son déclin à des périodes données. S'appuyant sur des itinéraires singuliers de recherche, il décortique la contingence des dispositifs de savoir et, finalement, la difficulté du regard scientifique.
En 1954, frappé du verdict sans appel d'inaptitude à la vie religieuse par la Société de Marie qui lui interdit de renouveler ses voeux, Marius Alliod perd sa raison d'être en ce monde. À l'âge de 24 ans, il se voit exilé dans une forteresse de silence, bien loin de l'espace enchanté où son coeur s'était enflammé. C'est près de cinquante ans plus tard qu'il entreprend cette correspondance fictive avec son directeur spirituel d'autrefois, ce "Père" auprès de qui il dépose sa plainte tragique et son indignation. Trente lettres demandant raison de cette exclusion sans parole, sans confrontation avec ses juges ; éprouvés posthumes devenus pures réminiscences d'un chagrin si puissant qu'il le laissa dans la stupeur du deuil de son désir et la honte angoissée d'avoir failli à son devoir d'amour. Chaque lettre verse le flot furieux de prières et de plaidoyers malheureux destinés à briser cette chape de silence et affronter une hiérarchie coupable d'avoir usurpé le pouvoir de valider l'appel de Dieu ! C'est une âme qui se sonde jusqu'à l'épuisement de toute raison, qui entend la détresse d'une enfance captive de la souffrance d'une mère abîmée en un puits sans fond de mélancolie. Au lendemain de son renvoi, elle lui adressera les dernières lignes écrites de sa main : lamentation sans espoir devant la perte de sa vocation, mais aussi cri ultime d'amour auquel répondent peut-être toutes ces lettres, insistantes et belles dans la pureté d'une langue tendue jusqu'à se rompre, modulant tour à tour au sein de l'ample bercement de la rhétorique ce tremblement intérieur d'une poésie du coeur et la violence éruptive d'une voix qui cherche encore ce lieu où s'éprouve la présence du maître de la Parole.