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Le cimetière marin au boléro. Un commentaire du poème de Paul Valéry
Guérin Michel
ENCRE MARINE
27,00 €
Épuisé
EAN :9782350881102
Voilà ce qui rapproche le Boléro et le poème le plus célèbre de Paul Valéry : le sentiment, qui n'en reste pas à la représentation mais s'insinue par le corps, d'une entité libre, d'un engin dynamique chargé de communiquer à tout ce qui passe à proximité une vibration incomparable. Or, cette tension retenue, accumulée, qui va crescendo sans modification du tempo, m'évoque dans les deux cas la chimère d'un reptile qui finirait par s'inventer oiseau. J'espère qu'on sentira dans ce qui suit, ce serpent annelé qui s'envoûte lui-même par ses flûtes successives. Quel est donc, à la fin, ce souple animal qui rampe et vole, va glissando ? Incarne la paresse charnelle en couvant la conscience acide ? L'instrument du mal ? Cela ne convainc guère. L'enroulement du bien et du mal ? Faut-il chercher si loin ? Plutôt la concentration en une bête qui tient à la terre tout en quêtant l'air des hauteurs, de deux emblèmes de signes opposés (on pense à l'aigle et au serpent de Zarathoustra). Comme le boléro (je parle ici en général) n'articule ses pas que pour en lisser la marche, prépare ses soulèvements par le geste de coller au sol, le poème déroule ses vingt-quatre anneaux dans lesquels, singulièrement, se nouent les fils de la méditation ; elle tresse l'énigme triple de l'univers, du mortel et de la pensée humaine".
Guérin hait tant le modernisme, ce que Nietzsche appelait, de quelle haine ! les " idées modernes ", qu'il prend le risque d'un style qui aux plus niais sans doute paraîtra " vieillot ". Comment peut-on écrire encore ainsi ? Et ils évoqueront, pour ce mélange indu et démodé de méditation et de fiction, le Barrès de Sous l'oeil des barbares, le Gasquet du Narcisse - ce qui d'ailleurs n'est pas si mal - que sais-je encore ? Comment peut-on ainsi méditer encore sur ces simples vignettes : la femme, l'enfant, l'artiste ? ... Lisez deux fois, s'il le faut, comme on vous y invite. Et vous savez alors que vous avez à faire au plus systématique des textes. Non point seulement parce qu'il s'ordonne à un principe d'abord énoncé, qui est que le propre de la philosophie est de produire des Figures. Il n'est pas besoin d'avoir lu le beau livre qu'il a écrit sur Nietzsche pour saisir que Guérin est, qu'il me pardonne, je dis pour faire vite : " nietzschéen ". Mais ce n'est pas de cela que je veux parler : il est systématique encore en ceci qu'il y a un point, un certain endroit, d'où il suffit de se placer pour qu'il se ramasse et s'ordonne, autour d'une seule et persévérante méditation, mieux, la rumination d'une seule arrière-question : qu'en est-il de la maîtrise ?
Alors que disparaissent nombre d'espèces vivantes et que se brouille l'idée de Nature, que s'étend l'empire du virtuel et de l'immatériel loin des flagrances esthétiques traditionnelles, n'est-il pas déplacé d'appeler la peinture, non pas à relever son histoire, mais à descendre dans sa mémoire ? Le paradoxe serait de découvrir qui a toujours été là, mais que les yeux voyaient sans la regarder, une inactualité de la peinture, une certaine inadaptation au temps historique ; et cette incommensurabilité traduirait bien moins l'infirmité d'un art "dépassé par les événements", arc-bouté sur ses recettes et ses rites, que sa faculté renouvelée de se faire, à tout instant de la durée, contemporain de sa naissance. Sous cet angle, qui restaure une violente espérance dans le devenir sauvage, la peinture retrouverait, au présent perpétuel, les gestes de son origine. Elle relèverait alors, non plus de Clio, muse terrible et sans pitié, non d'une soi-disant mémoire réquisitionnée par l'histoire et tombée sous sa coupe, mais d'un immémorial : d'une mémoire si profondément lointaine qu'elle a fini par s'oublier elle-même pour mieux refaire de la présence. Les trois essais, aussi bien, qui composent cet ouvrage, témoignent chacun de façon singulière de la vérité de l'immémorial. La relation de Rembrandt à l'autoportrait, l'intuition d'une parenté de la peinture avec la bête, le sentiment enfin d'un possible âge d'or hantant la "réalisation" cézannienne débouchent sur trois visions : l'individu, l'animal, l'espace révélé Temps.
Confrontant de façon originale - jusqu'à les opposer - la pitié et l'altruisme, Michel Guérin, lui-même athée, se risque à une apologie du christianisme.
Duchamp n'est pas un précurseur (au sens avant-gardiste du mot), mais un anticipateur. Il n'est pas de connivence avec la logique moderniste et son mythe d'un Novum qui, par la mode, revient éternellement même sous un visage apparemment autre. Il est, en somme, l'inventeur de l'inédit, d'un événement qui ne prend pas sens par rapport à une diachronie guidée vers une lin, mais dans une relation plus libre avec les conditions historiques de la création. (:'est ce qui explique, non pets à proprement parler la " modernité de Duchamp, niais plutôt sa présence intempestive et son retentissement contemporain. Cet essai propose une interprétation du readymade à partir de la situation de Marcel Duchamp en son temps et il tente de saisir, à travers l'humour, la désinvolture, une paresse revendiquée, la pensée de derrière " d'un artiste qui s'affirme de se dénier et craint par dessus tout l'esprit de sérieux.
Au début du XIXe siècle, l'Europe découvrit le bouddhisme, et bientôt les textes bouddhistes parurent mériter l'attention des philosophes, lesquels écrivirent et épiloguèrent sur le chemin bouddhique et son but ultime: le "nirvâna". Mais comme ils échouèrent à s'en faire une idée positive - car le "nirvâna" suppose l'expérience "sui generis" de la vie allégée de toute souffrance -, ils l'interprètent comme néant. Le bouddhisme était un nihilisme. Ainsi le voient Hegel, Cousin, Renan, Schopenhauer, Gobineau, et Nietzsche avec eux. Mais tandis que les uns (les chrétiens) s'offusquent d'une sagesse d'anéantissement, que d'autres, tel Schopenhauer, y voient avec faveur la confirmation de leur pessimisme, Nietzsche lui oppose une sagesse néo-païenne, dite "tragique". Si "tout est souffrance", comme le veut Bouddha, nier la souffrance, c'est nier la vie: la sagesse tragique implique la "volonté de souffrir", non, certes, que souffrir soit bon en soi, mais, parce que, sans la souffrance, rien de grand ne se fait.
Angelus Silesius est le nom de poète que s'est donné à bon escient Johannes Scheffler, docteur en philosophie et en médecine, médecin à la cour impériale de Ferdinand III, prêtre ordonné en 1661, écrivain religieux, qui naquit en Silésie, à Breslau, en 1624, où il mourut en 1677. Le voyageur chérubinique - Der Cherubinischer Wandersmann - dont le seconde édition parue en 1675 (la première datant de 1657) contient 1676 distiques et brefs poèmes, est l'un des plus beaux livres de la poésie mystique européenne.
L'auteur se propose de dire les contenus du bonheur, en tant que celui-ci est l'activité toujours possible et toujours pensable d'un sujet libre, et une réalité à la fois extrême et accessible. Il s'agit aussi d'établir les conditions d'accès à ce bonheur et de déployer en même temps les actes qui le constituent. Car le bonheur d'être est plus qu'un "état" de conscience ou une condition "sociale; il est l'unité synthétique de quelques formes actives de la joie. La méthode employée ici n'est pas séparable de la doctrine. La phénoménologie en première personne décrit ici le sujet comme libre désir et comme réflexion fondatrice; cette phénoménologie est existentielle parce qu'elle est opérée par l'existant pour l'existant, se saisissant comme sujet actif. Trois étapes, formant les trois axes de la joie, sont analysées: la joie de se fonder soi-même en une première puis en une seconde fondation, la joie d'amour dans un registre tout autre que banal et dont se font l'écho Segalen, Thérèse d'Avila, Saint-John Perse ou Rilke, et enfin les formes poétiques et les formes actives de la jouissance du monde. L'ensemble de ce mouvement se déploie comme un Voyage qui est à la fois progression conceptuelle réflexive et itinéraire d'existence, expérience d'être. L'enjeu en est non seulement la signification du désir, mais encore le présent et l'avenir de la philosophie. Par l'analyse de la joie qui anime toute l'existence concrète, s'éclairent à la fois la juste révolte contre l'horreur et la validité de la jouissance et de l'espoir. Se dessine en même temps une philosophie du sujet en première personne, qui est aussi une philosophie de la liberté heureuse. S'exprime enfin la portée éthique et substantielle du cheminement d'une oeuvre conçu comme l'affirmation de l'être et du sens."
Quand point l'année nouvelle, chacun se soumet au cérémonial des voeux, interminables et impersonnels (la sacro-sainte triade santé-bonheur-réussite !), auquel se greffe la tragi-comédie des grandes résolutions dans une cascade déprimante de ne plus dont rien ou presque ne subsiste quelques jours après. S'y ajoutent les rituels et les folklores qui, sous toutes les latitudes et dans toutes les cultures humaines, leur font écho. Chacun s'y prête à chaque fois (cette répétition donne le vertige) avec un enthousiasme qui décroît en général au fil des ans. Et si, à l'heure d'entrebâiller la porte de Janvier, qui restera close un an encore, il devenait urgent et même vital de lever les yeux du compte à rebours universel pour passer du trompe-l'oeil de la carte de voeux et de la vraie-fausse résolution au rendez-vous enfin pris avec soi-même ? Et si dire oui, faire oui à la manière nietzschéenne, c'était simple comme le Nouvel An ? Telle est l'invitation philosophique que ce livre, écrit dans une langue volontairement accessible au plus grand nombre sans rien céder sur le fond de la pensée, adresse à toutes celles et à tous ceux qui souhaitent ne pas laisser filer indéfiniment, année après année, l'occasion de devenir ce qu'ils sont.