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Hypothèses sur l'Europe. Un essai de philosophie
Guénoun Denis
CIRCE
22,11 €
Épuisé
EAN :9782842421069
Cet essai cherche à définir ce que désigne, dans le champ de la pensée philosophique, le mot Europe - réalité géographique, historique, spirituelle ? - et propose d'y reconnaître une certaine articulation entre le mouvement de l'universel et l'histoire d'une terre. L'auteur tente de confronter cette définition avec divers moments de l'aventure européenne, et avec quelques conflits qui l'ont déchirée : rapports étranges noués entre l'idée de nation et celle de révolution, croisements et rivalités entre apports grec, chrétien, judaïque, musulman. L'analyse ouvre sur une interrogation quant à la situation de l'Europe dans l'espace de la mondialité, présente et en devenir dans le monde des marchandises et des images. Ce livre voudrait contribuer, d'un point de vue philosophique, au débat présent sur la recherche de nouveaux modes de la vie commune.
Denis Guénoun cherche à comprendre l'importance énigmatique prise dans sa vie par le prénom Matthieu. Celui-ci a été présent tout au long de son histoire, sans jamais s'accrocher à une relation ou des événements de premier plan : insistant mais insaisissable, ne cessant de resurgir après des éclipses, comme un cours d'eau souterrain ou un indice dans une intrigue dont on ignore la clé. L'enquête conduit le livre à s'attarder devant les grandes toiles consacrées à saint Matthieu par Caravage, à traverser l'immense Passion selon Matthieu de Bach, à méditer sur L'Evangile selon saint Matthieu de Pasolini, puis à laisser vibrer les résonances du récit biblique, avant de revenir, comme sur le dessin d'un fer à cheval, vers Pasolini, puis Bach, puis à nouveau Caravage. Le tracé de cette piste donne forme à un essai insolite, où la quête autobiographique se nourrit de pensées esthétiques et théologiques, qu'en retour elle éclaire d'un jour inattendu.
Qu'en est-il de l'identification au théâtre ? Denis Guénoun établit la généalogie du concept, dissipant le flou théorique et pratique dans lequel était maintenue jusqu'ici la double relation d'identification au personnage : celle du spectateur et celle de l'acteur. Pour ce faire, il distingue trois grandes époques. La première (l'époque de la mimèsis) est marquée par la Poétique d'Aristote, qui semble ignorer l'identification comme telle, tout comme elle paraît ignorer l'illusion, et la différence entre l'acteur et le personnage. La deuxième (l'époque de la représentation) est celle de l'établissement de la distance esthétique entre la scène et la fable, l'acteur et le rôle, et du triomphe concomitant d'un théâtre d'identification fondé sur la toute-puissance de l'imaginaire. La troisième (l'époque du jeu), la nôtre, s'ouvre dès lors qu'un art nouveau, le cinéma, s'étant approprié l'imaginaire, laisse du même coup libre cours à un théâtre "désidentifié", affranchi de sa propre irréalité. Mais la question de l'identification participe d'une problématique plus large de la nécessité du théâtre comme lieu de l'agir et lieu du regard. D'un théâtre qui, s'il veut renaître aujourd'hui, doit impérativement, selon Guénoun, se désencombrer de modèles qui ne correspondent plus en rien à sa pratique.
Au croisement entre théâtre et philosophie, Denis Guénoun développe une interrogation radicale sur l'essence du théâtre et sa place dans les mouvements du monde. Mais la réflexion n'est pas ici confinée au domaine esthétique : elle questionne l'art sur sa soumission ou sur son courage (sur sa responsabilité en tant qu'art) devant les formes contemporaines de la domination.
Livraison est abandon, offre, remise ou dépôt devant un autre. Délivrance est émancipation, affranchissement. Entre les deux, se joue une intrigue imprévue. Il est possible que le don libère, et qu'entre la mise en présence (le théâtre) et la pensée émancipatrice (la politique, la philosophie), le lien soit plus profond qu'on l'attendait. Il y va d'un nouveau rapport entre passivité et action positive. En tout cas cet ouvrage, où se livre aussi quelque chose d'une histoire personnelle, essaie de tracer des voies possibles pour une ouverture, un regard dégagé, désentravé - délivré de ses sangles. Biographie de l'auteur Denis Guénoun, aujourd'hui professeur à l'Université Paris-Sorbonne, vit et travaille au croisement entre théâtre et philosophie. Il est l'auteur d'oeuvres dramatiques (Scène, Comp'act 2000; Tout ce que je dis, Les Cahiers de l'Egaré 2008), d'essais sur le théâtre (Le Théâtre est-il nécessaire?, Circé 1997; Actions et Acteurs, Belin 2005) et d'ouvrages de réflexion historique ou politique (Hypothèses sur l'Europe, Circé 2000; Après la révolution, Belin 2003).
Anna Akhmatova (1889-1966) eut très tôt conscience d'avoir donné la voix aux femmes dans la poésie russe en leur " apprenant à parler de l'amour ". Dès ses deux premiers recueils Le Soir et Le Rosaire, parus en 1912 et 1914, elle devient une star avant la lettre, étant imitée par les jeunes femmes dans sa façon de s'habiller et de se coiffer, suscitant surtout une multitude de vocations poétiques et d'épigones durant des décennies, en dépit même de l'ostracisme officiel, de l'interdiction de publier qui la frappera en 1926-1939, puis de 1946 à 1958. Aujourd'hui encore, les jeunes mariées se voient offrir un livre de celle qui pour les russophones restera à jamais le chant même de l'amour. La nouveauté radicale d'Akhmatova, qui représentait aux côtés de Goumiliov et Mandelstam le mouvement acméiste appelé à rompre avec le flou métaphysique et formel du symbolisme, résidait moins dans la " déferlante amoureuse " de sa poésie que dans une poétique inédite. Ayant " puisé dans la prose russe du dix-neuvième siècle sa sensibilité morale, la vérité des motivations psychologiques ", elle fait de chaque poème un fragment de nouvelle ou de roman, une page arrachée à un journal intime, retraçant toutes les phases et situations de l'aventure amoureuse. " L'héroine lyrique, comme le notait dès 1923 le grand critique russe Boris Eichenbaum, est un oxymore incarné, tressant l'émouvant et le sublime au terrestre et à l'effrayant, la simplicité à la complexité, la sincérité à la malice et la coquetterie, la bonté à la colère, l'humilité monastique à la passion et la jalousie ".
Parmi les caractéristiques étranges des habitants de ce continent - l'Amérique du Nord -, il en est une qui veut que chacun se choisisse des étoiles déterminées et vive en fonction d'elles. Ces étoiles ne sont pas célestes, mais cinématographiques, ce qui ne change rien à l'affaire. En revanche, cela permet d'augmenter sensiblement le fonds de roulement du ministère des P. et T. grâce au flot continu de lettres adressées aux dites étoiles bien-aimées. Raillant quelque peu cette bizarrerie et cette passion, le New-yorker fit paraître un jour une caricature: une très vieille lady de la plus haute société, - avec diadème en diamants dans ses cheveux blancs et laquais obséquieusement courbé à l'écart, - se livre à la même occupation qu'une quelconque jeune modiste ou n'importe quel office-boy: elle écrit à la star de son coeur. Mais le noeud de l'affaire n'est pas dans l'acte même d'écrire. Il est dans le destinataire. La lettre commence par:" Dear Mickey Mouse... "Là est l'essentiel..."
Une rue de Londres vers 1750, un café, une librairie et, à l'étage, l'appartement d'un riche négociant... Le jeune Jacob, adepte de la philosophie des Lumières est le précepteur de milord Wambert et de madame de Brindè. Or Milord tombe amoureux de Madame, mais Madame aime en secret Jacob qui ne veut aimer que la paix de l'âme et du coeur afin de rester un homme d'étude. Ajoutons deux artisans qui se disent philosophes, mais savent user surtout de la calomnie, une épouse spirituelle amoureuse du jeu, un chevalier servant qui pratique la satire : toutes ces forces s'allient à la passion déçue du jeune lord pour mettre en péril la vie même de Jacob. Le tout sous le regard d'employés, de marins et de serviteurs qui mènent leur vie sans se mêler de celle des maîtres. Quelles autres forces sont invitées à sauver le jeune philosophe en qui s'incarne, en 1754, un Goldoni lui-même en butte à Venise à des factions rivales ou contraires ?...
Pour qui chercherait ici des définitions de la modernité, la lecture sera décevante. L'histoire du siècle passé, celle que pour l'instant nous vivons (mais savons-nous ce que nous vivons ? avons-nous la moindre idée de ce qui se fomente ?), ont donné d'autres significations à ce qui, par exemple, pour Rimbaud précisément, se jouait dans l'ordre de l'" inouï, du fulgurant, de l'illuminant ". D'autres idées sur ce qui peut être appelé " commencement " se sont frayé, se frayent leur chemin. Elles les discernent, ces commencements, comme plus dispersés, plus dissimulés, moins spectaculaires, et surtout, tributaires de la répétition, du ressassement, parfois de l'après-coup de mornes rabâchage. Tout dans ce numéro, sans en faire systématiquement la critique, est à côté des idées qui ont cours sur la modernité et la post-modernité. L'inattendu se révèle véritablement inattendu, sans tambours ni trompettes, la plupart du temps en marge du champ officiel de la pensée, et parfois du champ social de l'innovation. C'est, pour nous, de ce côté que sont les surprises.