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La fin de la démocratie
Guéhenno Jean
FLAMMARION
7,00 €
Épuisé
EAN :9782080813220
Crise de la politique et interrogations sur la construction européenne, effervescence religieuse, montée en puissance de l'Asie, nouveaux modes de gestion des entreprises : ces différents phénomènes sont rarement mis en relation, et c'est le cloisonnement des analyses qui empêche de comprendre le monde en train de naître. 1989 ne ferme pas seulement la parenthèse soviétique, il met fin à l'âge des Etats-nations né de la Révolution française. La mobilité des hommes et des capitaux remet en cause la logique territoriale sur laquelle reposent nos sociétés. Ce mouvement de fond, un moment retardé par la confrontation Est-Ouest, produit maintenant tous ses effets : les grandes constructions institutionnelles et la concentration du pouvoir cèdent la place à un monde de réseaux et à une diffusion de la puissance qui posent des questions nouvelles. Comment gérer les communautés humaines et répondre à leur besoin d'identité ? Comment contrôler des pouvoirs de plus en plus insaisissables et préserver la liberté dans un monde caractérisé par le conformisme et par la corruption ? Et que veut dire le mot paix dès lors que la multiplication de "guerres sans front" vide de son sens la distinction entre sécurité intérieure et sécurité extérieure ? En réponse à ces questions, Jean-Marie Guéhenno propose une nouvelle grille de lecture pour un monde "impérial", qui devra davantage à l'Asie qu'à la tradition européenne de l'Etat-nation et de la démocratie : comprendre les règles du jeu de ce monde nouveau, c'est se mettre en mesure non de lutter contre lui, mais de sauver ce qui peut - et doit l'être - de l'idée de liberté.
La matière romanesque de la vie de Jean-Jacques Rousseau est proprement extraordinaire. Cela commence comme un roman de Dostoïevski et finit comme un roman de Kafka. Ce fils de Genève, de la "nouvelle Sion", qui appartient à la "race des justes", est humilié dès sa jeunesse, obligé de "ramper" et de faire tous les métiers, au reste assez mal ; tour à tour graveur, laquais, maître à chanter, amant, précepteur, secrétaire d'ambassadeur, musicien, polygraphe. A travers les aventures, les échecs, les malheurs et les hontes, il se cherche jusqu'en 1749. Cette année-la, subitement, sur le chemin de Vincennes, après avoir lu dans le Mercure de France le sujet proposé pour le prix de l'Académie de Dijon, il "vit un autre univers et devint un autre homme". II éprouve une miraculeuse délivrance ; toutes les misères, les offenses s'abolissent dans le sentiment de sa propre valeur. Quelque chose qui avait été semé en lui dès l'enfance et qui ne pouvait pas mourir, en dépit de tout, venait enfin à la lumière. Pendant les dix années qui suivirent, Rousseau décide de se réformer. II a de la peine à devenir le Diogène du siècle. II vend sa montre, il gagne sa vie en se faisant copiste de musique, mais il se détache mal des grands. Sa vie à l'Ermitage, puis chez les Luxembourg, est confuse. Mais il compose son oeuvre contre le courant, il remet le monde à la fonte, "fait le Dieu", définit un homme nouveau. En 1762 la publication de l'Emile et du Contrat social ouvre l'histoire de ses malheurs. II est décrété de prise de corps. II fuit la France. Le voilà en Suisse, en Angleterre. II revient en France ; paitout où il va, il se sent en surveillance et proscrit. Le monde entier lui paraît ligué contre lui. Ce n'est pas un Rousseau que Jean Guéhenno a voulu écrire, mais bien un Jean-Jacques, "touché, nous dit-il, de la même et ironique tendresse avec laquelle ses contemporains firent de son prénom un refrain de chanson et que toujours sans doute on éprouve dès qu'on reconnaît un autre homme que soi-même".
Les textes réunis ici témoignent avec justesse et justice de l'activité de celui qui, sept années durant, fut à la revue Europe, plutôt qu'un simple rédacteur en chef, une sorte de maître d'oeuvre. C'est cet engagement pour ces fameux "droits de l'homme", qu'on redécouvre ces jours-ci, qui le conduisit - lisons les textes - à prendre la tête d'une pétition pour le Viêt-nam - déjà, encore... - ou à être, en 1936, le premier écrivain français à s'interroger publiquement sur les Procès de Moscou. Après son départ d'Europe en 1936 il se consacre à une tâche plus absorbante encore, et sans doute plus urgente, celle d'animer l'hebdomadaire Vendredi, autre bel exemple de périodique intellectuel, cas limite, même, de conjonction entre une mystique et une politique. Jean Guéhenno : celui qui sera bientôt à la fois l'écrivain clandestin des Editions de Minuit et le premier titulaire, à la Libération, de cette Direction de la Culture populaire et des Mouvements de jeunesse qui était comme l'aboutissement, sur le terrain, de quelques-unes des inspirations les plus aiguës du Front populaire". P. O.
On n'écrit pas sans scrupules sous un tel titre. Et pourquoi moi ? Quel droit ai-je à le faire ? Je suis d'une manière très générale plein de méfiance pour les "je" , mais plus particulièrement pour le mien, si je puis dire, et, à l'instant de commencer une telle profession de foi, j'espère que mes lecteurs sont dans la même disposition et je les prie de ne voir dans ces déclarations aucun orgueil, aucune vaniteuse assurance, ni surtout aucun désir de séduire qui que ce soit à mes pensées. Il ne s'agit que de chercher ensemble la vérité. Au delà de ma propre foi, je n'ai jamais cessé de sentir que chacun vit comme il peut. Le débat avec soi-même est le plus difficile qui soit et l'honneur d'un homme est souvent à la mesure de cette difficulté même. Ainsi suis-je plein de respect et d'amitié pour beaucoup d'hommes qui croient ce que je ne crois pas ou ne croient pas ce que je crois. Sans doute, quand on croit ensemble, la vie en est plus plaisante et plus chaude. Mais que chacun croie ce qu'il croit, pense ce qu'il pense. J'ai horreur du dogmatisme et du prosélytisme, et je ne me cherche point de disciples". Jean Guéhenno
Je suis né dans les années 90 et j'appartiens à une espèce commune de l'humanité. J'ai idée que les auteurs de mes jours ne m'attendaient pas. Ils m'eussent volontiers laissé dans l'autre monde. Mais ils firent de nécessité vertu. Je dus, comme tant d'autres, naître d'une inadvertance. L'erreur n'a pas été pour moi sans gravité, mais je ne songe pas à en tenir rigueur à ceux qui la commirent. J'ai lu trop souvent dans leurs yeux l'immense désir qu'ils avaient que je sois heureux d'être là et de vivre. Et puis la vie elle-même, si mauvaise soit-elle, vous réconcilie avec la vie. Enfin la terre étant un monde habité, il faut bien admettre que ses habitants emploient leurs loisirs à la repeupler. C'est leur plus vrai plaisir.