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LE DENIER ROYAL
GRAMONT SCIPION DE
SLATKINE
45,00 €
Épuisé
EAN :9782051026093
Erudit libertin, ami de La Mothe Le Vayer et de Gabriel Naudé, grands noms de la Raison d'Etat et de l'absolutisme monarchique, Gramont écrit son Denier royal guidé par un objectif : démontrer que le pouvoir d'achat des ressources financières du Roi n'a pas augmenté depuis Charles V. Si l'on veut abattre le lieu commun selon lequel impôts et taxes ne cesseraient d'augmenter et le peuple de s'appauvrir, il faut impérativement construire une théorie de la valeur permettant de définir le pouvoir d'achat du revenu des particuliers, des princes et de la nation. L'entreprise nécessite de distinguer rigoureusement augmentation des prix et cherté. Bodin, comme Malestroict, confondent la mesure de la richesse avec la richesse elle-même. C'est l'abondance ou la rareté des biens satisfaisant aux besoins des hommes qui permet de savoir si ces biens sont devenus plus chers, en aucun cas la quantité de métaux précieux qu'il faut céder en échange. Cela a-t-il un sens de dire que depuis trois cents ans, le royaume de France n'a cessé de s'appauvrir ? Voilà Bodin et Malestroict renvoyés tous deux "aux erreurs populaires" à cette propension des hommes à penser que tout va de plus en plus mal, que le temps se dégrade, que la pauvreté s'accroit, que les hommes sont de plus en plus mauvais, que les terres sont de moins en moins fertiles. Cette remise en question radicale lui fournit une méthode qui l'amènera à répondre aux questions suivantes d'une façon tout à fait originale : Comment convient-il de définir la richesse et la monnaie ? Quels rapports entretiennent-elles ? Qu'en est-il de la cherté? Est-elle réelle ou supposée ? Comment expliquer la diminution de la valeur estimative de la monnaie ? Quelle est la bonne méthode pour étudier les mouvements des prix et des revenus ? Comment les revenus du roi ont-ils évolué? Quelles sont les causes du mécontentement du peuple ? Comment y remédier ?
A cette tâche : narrer la vie, ou le pathos, le penseur n'est pas moins voué que le poète - tenu d'inventer un discours de la vie qui soit fidèle à sa perpétuelle invention, tenu de déplacer les frontières du possible et de l'impossible pour qu'un logos puisse désormais décrire cette expérience première, celle du monde de la vie. La phénoménologie peut bien sembler affaire " presque impossible " lorsqu'elle s'affronte à cet absolument premier, et qu'elle doit dire à force de mots ce qui par définition devance tous les mots : l'expérience première de la vie, le pathos avant le logos - la vocation du penseur n'en est pas moins de parler, ou d'écrire, au moment même où les ressources du langage lui font apparemment défaut. Qu'une phénoménologie de la vie puisse se constituer effectivement en récit, nous en donnons ici quelques exemples - trois exactement : le mythe (Platon), le discours édifiant (Kierkegaard) et la pensée poétique du Zarathoustra (Nietzsche). La pensée chaque fois y invente un discours qui déplace les possibilités et impossibilités du dire pour accéder à la vie.
Au nombre des évidences difficiles à révoquer, il y a que nous sommes au monde. Au nombre des évidences difficiles à avouer mais qu'il faut bien tenir pour telles, il y a que souvent nous y sommes mal. A l'expérience littéraire il revient de témoigner non seulement de la possibilité d'habiter la terre, poétiquement, mais aussi de cette possibilité adverse d'exister dans un monde en ruines. Sur cette dualité et dissymétrie de l'habitation et du désastre, les récits de Kafka sont riches en leçons, et cela quand bien même ils ne diraient rien de l'habitation en tant que telle, ne décriraient jamais le paradis perdu (forcément perdu) ou la terre promise (à jamais promise). Celui qui vit dans un monde détruit comprend davantage ce que signifie être présent au monde. C'est ainsi que les récits de Kafka montrent "l'homme qui n'a plus de monde et qui, dans cette absence de monde, essaie cependant de trouver les conditions d'un séjour véritable" (Maurice Blanchot). Mais quand peut-on dire d'un homme qu'il est privé de monde ? En toute rigueur jamais, tant du moins qu'il est encore en vie. Le monde est ce qu'il y a toujours, même s'il se présente à nous sous la figure de la ruine, des décombres ou du désastre. Le monde est ce que nous ne pouvons pas perdre, mais le rythme du monde oui, ou celui du même coup de notre existence, car tout de notre existence alors s'effondre et aucune voix ne peut plus nous atteindre sans être en même temps brisée. Les récits de Kafka nous montrent ce que devient l'existence au moment de perdre le rythme du monde.