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Blanchot et la phénoménologie. L'effacement, l'événement
Gramont Jérôme de
CORLEVOUR
17,95 €
Épuisé
EAN :9782915831511
L'œuvre demande cela, que l'homme qui l'écrit se sacrifie pour l'œuvre, devienne autre, devienne non pas un autre, non pas, du vivant qu'il était, l'écrivain avec ses devoirs, ses satisfactions, et ses intérêts, mais plutôt personne, le lieu vide et animé où retentit l'appel de l'œuvre. " Quel est cet appel qui, au moment même où il a lieu, semble sceller et notre naissance et notre disparition ? " Du poème naît le poète " mais comme s'il naissait seulement pour, aussitôt, disparaître. Un tel appel ne manque de retentir comme un impératif et une énigme : pourquoi une telle exigence ? L'œuvre n'est pas seule à appeler, mais cet appel a lieu, et il ne va pas sans abandon de notre part : abandon de tout ce qui constituait auparavant notre expérience (effacement), mais abandon aussi à ce qui maintenant nous requiert (événement). Pour décrire cette épreuve, nous n'avons d'autre ressource qu'interroger l'œuvre elle-même. Ce qu'est l'appel de l'œuvre, nous ne le comprendrons qu'à partir de l'espace de l'œuvre (l'espace littéraire). " Qui n'appartient pas à l'œuvre comme origine, qui n'appartient pas à ce temps autre où l'œuvre est en souci de son essence, ne fera jamais œuvre " - non seulement il ne fera pas œuvre, mais il ne pourra même rien dire de cet appel. " Pourquoi l'œuvre exige-t-elle cette transformation ? " jusqu'à cet effacement du vivant : pour quoi, en vue de quoi, et sous la pression de quel événement ? La question appartient de plein droit à l'horizon de la phénoménologie, et celui qui la pose s'appelle Blanchot. D'un penseur, ou d'un écrivain, il n'y a jamais que peu à dire - le fil des mots et des livres devant tenir lieu, à lui seul, de biographie. Retenons le minimum : deux dates extrêmes, et dans cet entre-deux l'insistance d'un travail. Deux dates : 1907-2003. Ce qui l'inscrit dans une génération, celle de Sartre (1905), Levinas (1906) et Merleau-Ponty (1908), c'est-à-dire celle des premiers phénoménologues français recevant en même temps le legs de Husserl et de Heidegger. Ces cinq noms serviront de fil conducteur. Ajoutons un lieu : Strasbourg, où Maurice Blanchot, alors étudiant en philosophie, se lie d'amitié avec Emmanuel Levinas. De cette rencontre, l'un et l'autre parleront ensuite comme d'un fait majeur . Quant au travail, il emporte Blanchot - doublement - vers l'espace littéraire, donnant lieu à la fois à une œuvre de fiction et à une œuvre critique. Penser la chose littéraire fut aussi pour Blanchot une manière d'aller aux choses mêmes. Emporté vers l'espace littéraire, mais non pas étranger à l'espace de la pensée. Nous aurons cinq leçons pour ouvrir le dialogue - secret ou avoué - que Maurice Blanchot aura entretenu avec chacune des cinq grandes figures de la phénoménologie que nous venons de nommer (Husserl, Sartre, Heidegger, Merleau-Ponty et Levinas). Cinq leçons, et à chaque fois trois motifs.
Un rêve de présence (du côté de l'être) et d'évidence (du côté de la pensée) traverse l'histoire de la philosophie, et pourtant il ne cesse d'être mis à mal. Plutôt que d'écrire à vive allure cette histoire d'un déclin, de la manifestation de l'être à la lumière des dieux (Prologue grec) jusqu'au constat d'une perte du monde-vrai (Epilogue nietzschéen), le présent recueil s'arrête sur quelques figures, livrant ainsi quelques exemples du travail de la pensée pour retenir ce qui commence de se perdre : Platon et la pensée du monde (la pensée comme combat pour être et monde), Kant et la pensée du sujet (d'un sujet placé dans une situation critique mais dont les tâches, théoriques et pratiques, demeurent), Kierkegaard et la pensée de Dieu (pour qu'une existence née au loin de Dieu puisse enfin se tenir devant lui). Ces études voudraient montrer que, même chassée de l'évidence de la présence, la philosophie trouve son élan moins dans la nostalgie que dans la promesse d'un recommencement.
Le commencement a déjà eu lieu, et pourtant il est encore à venir, signe que le commencement véritable, de qui dépend ensuite le cours entier de notre existence, et son sens, a été manqué. Ce que nous appelons sens tient dans cette direction qui tourne, ou retourne, l'existence vers ce commencement à venir, pour aller de l'impoétique vers le poétique, de la souffrance vers la joie, ou de la mort future vers la vie sans cesse recommencée. A la littérature de décrire alors le pluriel des possibles que nous pouvons éprouver, à la philosophie de montrer leur dissymétrie ou la promesse de leur dissymétrie, et à la théologie de justifier cette promesse et dire au nom de qui nous allons vers notre naissance. La philosophie qui est à faire, c'est celle de Lazare.
Que le réel puisse manquer, cette leçon tout en paradoxe au coeur pourtant de la Recherche ne laisse d'étonner, d'un étonnement négatif qui ne relève pas d'un surcroît d'expérience mais de son défaut. Comment imaginer un tel manque puisque le réel n'a de cesse de s'imposer à l'expérience comme ce qu'il y a et qui sans cesse et de manière obvie nous est donné : par exemple ce jardin en fleurs, ces arbres, ces promeneurs, etc. , ou puisque notre existence ne se sépare pas de cette profusion de présences, ce cortège des choses au milieu desquelles nous sommes littéralement plongés. Le réel, l'inlassable plutôt, que l'expérience fournit sans relâche, jour et nuit. Et comment cette leçon pourrait-elle nous venir de Proust, c'est-à-dire d'un ouvrage voué précisément à d'infinies descriptions, avec un tel luxe de détails, une telle attention à l'infiniment petit, que notre sensibilité s'en trouve multipliée - mais sensibilité à quoi, sinon au réel forcément ? Qu'attendre de la littérature sinon qu'elle nous apprenne à voir davantage - mais seulement alors pour mieux distinguer tout ce qui s'offre déjà à nous dans l'expérience de ce jardin en fleurs. Quand le narrateur, dans les dernières pages de la Recherche, compare son livre encore à venir à des verres grossissants, il n'entend aucunement substituer une expérience fictive à celle que nous menons communément, il ne veut pas dire que nous n'avons rien vu, mais il invite son lecteur à lire en lui-même et mesurer la justesse de ce qui est écrit à l'expérience qui est bien la sienne. " Jérôme de Gramont
Mon idée directrice est simple : plus un poète est grand, plus sa vie propre ? quel qu'en soit le contenu ? s'impose à lui comme foyer d'une énigme universelle. En s'efforçant d'exprimer cette énigme, il l'approfondit, et son existence concrète avec elle de façon littéralement déchirante. Sujet privilégié de contradiction, le poète est ainsi le témoin d'une souffrance irréductible qu'il cultive jusque dans la maladie et la faute, comme l'instrument d'une connaissance cachée."
Ce texte poétique à la structure ouverte ancre le récit dans un passé mythique méditerranéen en même temps qu'intensément actuel (le Cap Corse). A travers la voix de Minoa, qui confie son désarroi, ses doutes, ses perplexités face à la vie et à l'amour, toute une réflexion sur l'écriture est engagée. Pour explorer le monde intérieur qui la fonde et dans lequel elle se débat, la narratrice choisit des modalités d'écriture et des tonalités volontairement diversifiées. L'ensemble épistolaire des Feuillets de Minoa (première partie), est ponctué par de brefs poèmes dont la tonalité sagement érotique rompt avec la prose des lettres tout imprégnées du "sentimentalisme" du XVIIIe siècle. Les Journuits (seconde partie) combinent récits oniriques et prose journalistique. Les Petites fantaisies minoennes (3e partie), brefs textes en vers, jouent le rôle d'intermède ludique. La dernière partie, Chants de Minoa, rassemble des poèmes inspirés par la même ferveur lyrique. Avec en ouverture une sextine écrite selon les règles mises en place au XIIe siècle et en chant final, le "Brame de la Minotaure", l'ouvrage, tendu à l'extrême, constitue une partition surprenante. Si la voix dominante est celle de Minoa, les différents modes d'expression qu'elle emploie pour la faire résonner, rendent compte d'une intériorité polyphonique d'une grande intensité.