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Mon Kafka. Kafka, l'unique
Gorouben Anne ; Audi Paul
ENCRE MARINE
45,00 €
Épuisé
EAN :9782350880952
Ce dimanche 19 juillet 1910, j'ai dormi, je me suis réveillé, dormi, réveillé, misérable vie". Franz Kafka, Journal. "J'y songe souvent et, chaque fois," je me demande quand dans ma vie est apparu le Journal. Impossible de dater cette apparition, mais il me semble tout de même que ce fut très tôt, dès mes premières années d'étude, presque à l'âge où Kafka a commencé à l'écrire. Il ne m'a plus quitté. Ce grand livre souffrant, tragique et drôle, n'est pas de ceux qui détruisent, mais de ceux qui sauvent, qui donnent de la force. On y revient, sans cesse. Parcouru par la douleur de l'existence, il est traversé par la lumière. D'une beauté déchirante, il est transpercé par l'échec, par l'angoisse lancinante de l'échec, par le désir de solitude et par le désir de la rencontre, par la nécessité menacée d'écrire et la douleur du corps, du "désespoir que me causent mon corps et l'avenir de ce corps" (1910). "Je suis une fois de plus tiraillé à travers cette fente longue, étroite, terrible, dont, à vrai dire, je ne puis triompher qu'en rêve. A l'état de veille et par la seule force de ma volonté, je n'y parviendrais jamais" (5 décembre 1919). Aujourd'hui je parcours à nouveau le Journal par le biais de cette quête particulière de l'écriture de ses rêves, de ses visions d'avant le sommeil ("mais je n'ai pas dormi du tout") et de l'immédiat après réveil. Franz Kafka écrit comme on dessine - c'est l'écriture la plus proche du dessin que je connaisse. Quelque chose que je n'ai jamais vu ailleurs. Et, dans le Journal, le travail incessant de cette écriture se frayant un chemin par approches successives, cet effort pour aller vers cette vérité dépouillée est incomparable - Kafka dessine. "L'insatisfaction dont une rue offre l'image, chacun lève les pieds pour quitter la place où il se trouve" (21 août 1912). "Tout oublier. Ouvrir la fenêtre. Vider la chambre. Elle est traversée par le vent. On ne voit que le vide, on cherche dans tous les coins et l'on ne se trouve pas" (19 juin 1916). "Vague espoir, vague confiance" (2 novembre 1921). "Cet après-midi, rêve d'une tumeur sur ma joue. Cette frontière oscillant perpétuellement entre la vie ordinaire et une terreur en apparence plus réelle" (22 mars 1922). "Mon travail se clôt, comme peut se fermer une plaie qui n'est pas guérie" (8 mai 1922). La plaie n'est pas et ne peut se guérir, chaque page ouverte du journal l'est sur une douleur et sur un récit mêlé de désespoir et de lumière. Pour moi, les images, ce que j'appelle cette évocation si violente qu'elle s'apparente donc au dessin, se reçoivent de façon viscérale, intense ; elles se ressentent physiquement : ce sont des mots qui agissent sur le corps, qui pénètrent avec toute la force que nécessita leur expulsion. "Mon Kafka" , il est celui de tous et celui singulier de chacun. Marina Tsetaïeva écrivit "Mon Pouchkine" en 1937. Mon titre lui est un évident hommage. Anne Gorouben, Paris, juin 2015 Anne Gorouben est née en 1959 à Paris. A l'Ecole nationale supérieure des arts décoratifs, elle suit les cours de Zao Wou Ki. Depuis, elle expose régulièrement ses peintures et ses dessins en France ou à l'étranger. En 2003, elle présente notamment un hommage à Paul Celan au musée d'Art et d'Histoire du judaïsme à Paris. Son cycle "d'Odessa à Odessa" est exposé dans différents centres d'art en France et en Ukraine. Ses oeuvres sont présentes dans des collections publiques et privées en France et à l'étranger. Elle a publié 100, boulevard du Montparnasse en 2011 aux éditions Le Cahier Dessiné et contribue depuis à la Revue.
L'adolescence est une période de transition, une crise, un passage, où l'adolescent invente sa propre manière de se situer dans le monde et de se faire une place dans le lien social. Autrefois, ce moment se manifestait par une révolte contre le père. Mais on sait le déclin de l'autorité, la chute de l'imago paternelle, et ce n'est plus en s'affrontant à son père que l'adolescent découvre qui il est. Il trouve ses repères avec ses semblables, au sein d'une bande, avec ses codes et son langage. D'où cette dérive, tant de fois stigmatisée, vers un communautarisme où l'identification prend appui sur l'image du semblable. Il en va de même pour l'adolescent sourd. Pourtant, bien souvent, son parcours s'avère difficile. Si, dès l'enfance, la langue orale lui a été inculquée comme le seul code de communication, sans la liberté et le plaisir de jouer avec les mots, il exprimera alors indifférence et ennui, comme si aucune parole créatrice ne parvenait plus à dire son intimité. Il faut pour dépasser cette difficulté conduire l'adolescent au point où il pourra prendre la parole, sous toutes ses formes - avec ce que cela comporte de risques et de malentendus mais aussi, ce qui va de pair, de créations et de vie - afin qu'il puisse, sans renoncer à sa singularité, trouver sa place dans la vie sociale et inventer son avenir. Les changements éducatifs intervenus ces dernières années modifient-ils de façon significative cette dynamique ?
C'est le livre de deux enfances qui se déroulèrent dans le même petit appartement dans la cour minuscule et bruyante de La Coupole, au 100, boulevard du Montparnasse, à Paris. Dans cet appartement, le père de l'auteur, juif, va vivre caché avec ses parents durant toute l'Occupation "sans grand drame". Après la guerre, ses propres enfants ne sauront longtemps rien de cette histoire, mais ils ressentiront chacun à sa manière ce terrible secret. Anne Gorouben, peintre, a commencé depuis quelques années à dessiner de mémoire, au crayon gris, minutieusement, l'oppression muette de la petite fille qu'elle était. Et puis les mots sont venus s'ajouter à cette "reconstitution". Des dessins, un texte, un livre écrit et dessiné. Premier livre écrit et dessiné de la peintre Anne Gorouben, ce récit autobiographique évoque le malaise profond d'une partie de la génération juive née après la guerre qui a vécu le silence et l'oubli impossible. Avec peu de mots, des dessins presque oniriques, Anne Gorouben, qui a souvent illustré l'univers de Kafka, signe ici une oeuvre particulièrement pudique et originale.
Gorouben Annette ; Grosjean François ; Chalude Joë
La personne biculturelle participe à la vie de deux cultures, sait s'adapter à chacune d'elles, combine et synthétise les traits de chaque culture. Qu'en est-il de la personne sourde ? Les travaux des trente dernières années nous ont permis de mieux comprendre ce qu'est la culture sourde avec sa langue commune, l'expérience partagée d'une réalité perceptive, les réseaux de communication et d'échanges, etc. Plus récemment, la recherche sur le bilinguisme des sourds et sur l'éducation bilingue des enfants sourds a fait de grands progrès. Il reste une réalité cependant, qui est bien moins connue et étudiée, celle du biculturalisme des sourds. En tant que membres d'une minorité linguistique et culturelle à l'intérieur d'une majorité d'entendants, attachés par de nombreux liens à ce monde (parenté, travail, loisirs), de nombreux sourds sont en fait biculturels - ils côtoient, participent et s'adaptent, à des degrés divers, à la vie de deux cultures (sourde et entendante), même s'il arrive qu'ils s'identifient plus fortement à l'une ou à l'autre. Cette diversité des personnes sourdes peut aboutir au rejet de l'une ou l'autre culture (voir ceux qui ne veulent plus de contact avec le monde entendant ou ceux qui refusent la notion de culture sourde), mais souvent aussi à l'acceptation de ces deux mondes. Se pose aussi la question de l'appartenance aux autres cultures à l'intérieur de la société (religieuse, ethnique, sexuelle) et comment celles-ci s'agencent avec les deux cultures de base.
Issue de la bourgeoisie juive lithuanienne, Zila Rennert (1908-1976) était promise à une vie de femme du monde. Mais son destin se heurte de plein fouet aux deux guerres mondiales. L'antisémitisme la force à une fuite éperdue à travers l'Europe centrale. Les persécutions et les rafles transforment l'insouciante jeune fille en battante. A travers ce récit poignant écrit pour ses petits-enfants, Zila relate les milles dangers que sa fille Ina et elle ont bravé pour échapper au pire, recevant l'aide inespérée de parfaits étrangers.
Toute ma philosophie a sa source dans mon coeur" écrit Vauvenargues ; et Auguste Comte affirme "la prépondérance du coeur sur l'esprit" et entend instaurer le "règne du coeur". De là, ces Conversations avec Vauvenargues, Auguste Comte et d'autres auteurs, autour de la notion de coeur - comme ce qui dans l'homme est le plus sensible à autrui, à sa peine, à sa souffrance - et autour de tous les sentiments ou vertus qui ont leur racine dans le coeur, telles que la fidélité, la gratitude, la ferveur, la pitié, la générosité, l'admiration, mais aussi et surtout l'amitié et l'amour.
Le premier livre d'André Leroi-Gourhan, publié en 1936, méritait bien une seconde édition. La Civilisation du renne, dédiée à Marcel Mauss, est certes un livre de jeunesse, comme le pointe Lucien Febvre, mais c'est aussi un livre-promesse, un livre-jalon, car l'ambition extrême de l'auteur, alors âgé de 25 ans, le pousse à multiplier les incursions dans un nombre considérable de disciplines (géographie, ethnologie, technologie, préhistoire, orientalisme) qu'il entend coordonner afin d'étudier, en dépit de l'éloignement temporel et du déplacement des milieux climatiques, trois époques d'une même culture du renne en milieu arctique (toundra-taïga) : dans l'Europe du Pléistocène, chez les Eskimos actuels, chez les peuples qui ont domestiqué l'animal. Le livre est impressionnant par "une masse de faits et d'idées à méditer, et de perspectives singulièrement larges sur le plus lointain passé de l'humanité" (Febvre encore). II annonce tant les maîtres-livres de l'auteur sur la technologie, que son livre illustré sur la Préhistoire de l'art occidental (1965) ou encore son chef d'oeuvre qui sut toucher un large public cultivé au-delà des spécialistes, Le Geste et la parole, dans lequel l'auteur interroge l'avenir de l'homme en prenant appui sur son passé à l'échelle paléontologique.
Le terme "technoscience", abondant dans les discours militants et journalistiques, absent des discours internes aux pratiques scientifiques, parfois utilisé par des philosophes ou des sociologues, est récent. Le substantif apparaît au milieu des années soixante-dix. Il est souvent chargé d'affects et d'une axiologie implicite: il constitue souvent une arme de lutte (nommer les phénomènes techniques et/ou scientifiques de ce nom c'est déjà, dans bien des contextes, les "dénoncer" ), mais est-il aussi le lieu d'une élaboration conceptuelle précise et consistante pour accueillir ce qui nous arrive et qu'on désigne ainsi? Et ce qui nous arrive sous ce nom est-ce, localement, une reconfiguration de la représentation des rapports entre sciences et techniques, ou bien aussi, plus largement, une manière nouvelle d'expérimenter quelques énigmes fondamentales (comme celle de l'Invention, ou bien encore celle de la Puissance)? On veut manifester dans ce livre l'ambiguïté fondamentale d'une "figure" aux facettes multiples - la technoscience -, qui traverse les registres de l'épistémologique, de l'économique et du politique,, pour assumer des inflexions proprement métaphysiques et même eschatologiques.
Angelus Silesius est le nom de poète que s'est donné à bon escient Johannes Scheffler, docteur en philosophie et en médecine, médecin à la cour impériale de Ferdinand III, prêtre ordonné en 1661, écrivain religieux, qui naquit en Silésie, à Breslau, en 1624, où il mourut en 1677. Le voyageur chérubinique - Der Cherubinischer Wandersmann - dont le seconde édition parue en 1675 (la première datant de 1657) contient 1676 distiques et brefs poèmes, est l'un des plus beaux livres de la poésie mystique européenne.