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Huysmans et l'évangile du réel
Godo Emmanuel
CERF
26,00 €
Épuisé
EAN :9782204082402
Huysmans demande à la littérature de ne pas nous voiler la face, de nous montrer la réalité dans sa vérité la plus crue. Longtemps il croit qu'il n'y a rien à espérer, que la vie n'a pas d'autre sens que celui d'être une farce sinistre, où seul le pire arrive. Puis vient un moment où une lumière se dessine dans le brouillard cafardeux. Moment singulier qui échappe, pour une large part, à celui qui le vit. Huysmans se convertit. Le réel fut son évangile, au goût âcre, fascinant. La foi qu'il embrasse ne perd jamais de vue la misère de l'incarnation. Elle se vit à l'épreuve du présent, ne travestit pas le réel, fait la chasse à tout ce qui entrave le salut : la laideur d'un art catholique exténué de pudibonderie, la niaiserie des bigots, l'angélisme sous toutes ses formes. De l'écrivain naturaliste, proche de Zola, à l'oblat de Ligugé, de l'esthète prétendument décadent d'À rebours au mystique amoureux de liturgie, de symbolique médiévale et de plain-chant, il n'y a jamais eu qu'un Huysmans, un homme animé par la passion du vrai, qui voit surgir l'inespéré des horizons grisâtres de la ville moderne.
Dans Les Mots, Sartre raconte l'histoire d'un fou enfermé à Sainte-Anne, criant dans son lit qu'il est le prince, ordonnant qu'on mette le Grand-Duc aux arrêts. Les infirmiers s'approchent de lui et lui disent à l'oreille de se moucher. Puis ils demandent au malade quel est son métier. Celui-ci répond qu'il est cordonnier. Sa voix s'apaise un instant mais soudain il se remet à crier, il se prend de nouveau pour le prince. Sartre conclut cette anecdote en disant que nous sommes tous comme cet homme, sempiternels cordonniers qui se rêvent princes. Sur le modèle de cette petite histoire, écoutons cette autre : un écrivain est seul dans une pièce. La pénombre s'est faite autour de lui. D'où vient cette obscurité, on l'ignore. Est-ce la cécité du vieil homme, la solitude à laquelle toute œuvre qui fut grande est condamnée par ceux qui lui survivent, les malentendus qui entourent une pensée trop mobile et trop réfractaire ? Toujours est-il que la silhouette est désarmante et qu'elle se met soudain à murmurer : "Je suis le Diable." On s'approche, on est un peu effrayé, on demande : "Qui est là ?" On s'habitue à l'ombre où une lumière a fait son apparition, on ne sait pas, mais toujours est-il qu'on voit un homme au visage jovial. C'est Jean-Paul Sartre, l'homme qui a voulu rêver qu'il était le Diable. "
Victor Hugo fut paradoxalement l'un des écrivains les plus profondément religieux du XIXe siècle. De la poésie romantique aux romans visionnaires, il n'est pas une de ses œuvres qui ne s'enracine dans une foi en Dieu aussi indéfectible qu'originale. L'exigence spirituelle a déterminé ces choix esthétiques, politiques ainsi que cette vision de l'histoire qui font de Victor Hugo un prophète baroque et souvent inspiré. Apologie, panthéisme, spiritisme, théologie humanitariste, fascination pour les diableries, dialogue avec l'au-delà... Cet essai retrace les étapes du pèlerinage que Hugo commença il y a deux cents ans à travers la création d'une œuvre gigantesque, d'une vie tourmentée et d'une quête sombre, sincère et magnifique.
L'esprit contemporain nous vole nos intériorités. II entend façonner nos goûts et nos imaginaires. Orienter nos expériences. Nous détourner de nous-mêmes dans un divertissement généralisé, une mise en réseau et un art consommé de l'inquiétude qui est une autre manière de nous emporter dans son flux. C'est un homme mutilé, abruti, amoindri spirituellement que produit ce monde dominé par la technique qui ose appeler progrès les régressions qu'il programme. L'art - entendu non comme saloir ou culture mais comme passion de la liberté et exploration de nos sources enfouies - est l'un des derniers moyens qui nous restent pour nous savoir humains. Tout art digne de ce nom est insurrection, quête d'absolu, tentative désespérée pour dire l'amour incommensurable qui nous taraude. Emmanuel Godo, ici, nous provoque et nous convoque. Et si nous faisions l'épreuve de notre humanité - pour en avoir la preuve - en nous confrontant à des oeuvres d'art ? Mais pas à des simulacres sans épaisseur ou à des joujoux insipides, non ! Car ce n'est pas en millions de dollars que s'évalue une oeuvre mais à sa capacité à faire se lever en nous nos forces en sommeil. Un plaidoyer magistral pour l'art contemporain, le vrai.
De quelle matière, mi volatile, mi inaltérable, sont faites nos existences ? Que reste-t-il de tout ce que nous avons vécu ? Comment notre histoire personnelle rejoint-elle la grande histoire sacrée ? Ces questions - et d'autres - traversent ce récit, centré sur un livre, une Bible Ostervald, dans laquelle ma mère glissait nos archives familiales, les faire-part de naissance, de baptême ou de mariage, les avis de décès, des lettres, des photographies. La main obéissait au hasard, sans doute, mais peut-être qu'une sorte de providence la guidait à son insu, établissant une correspondance mystérieuse entre notre vie et celle d'Israël, des prophètes ou du Christ. Les êtres disparaissent, on referme la porte des maisons aimées, le bruit du monde engloutit une bonne part des souvenirs. Mais quelque chose demeure, qui ne peut pas mourir. C'est cela, la Bible de ma mère, non pas une relique inerte, mais quelque chose d'incroyablement vivant, une espèce d'arche ou de prière, confiée à l'éternel. Emmanuel Godo est poète, auteur de Je n'ai jamais voyagé (Gallimard, 2018), Puisque la vie est rouge (Gallimard, 2020). Essayiste, il s'intéresse au sens spirituel de l'expérience littéraire (Les Passeurs de l'absolu, Artège, 2022).
Dire que la popularité de Charles Dickens (1812-1870) fut immense est un euphémisme. Tout le monde le lisait: la Reine et ses ministres, le petit peuple et la gentry, toute l?Angleterre en somme, mais aussi les Français, les Américains, les Allemands, les Russes. Pour trouver un équivalent français à sa gloire, il faudrait additionner celle de Balzac et de Hugo, de Zola et de Dumas. Etencore échouerait-on à saisir le tacite plébiscite en vertu duquel il devint, malgré les critiques féroces que lui inspiraient bien des coutumes et des institutions de son pays, le chantre de tout unpeuple. Raconter sa vie, c?est à la fois pénétrer les arcanes d?un créateur incomparable et tenter de comprendre comment les fantasmagories d?un fils de modeste fonctionnaire de province ont pu trouver pareil écho. C?est aussi aller à la rencontre d?une personnalité complexe, protéiforme, pétrie de contradictions encombrantes, mais toujours animée d?une infatigable énergie.
« Ne perdez point ces précieux moments : la beauté passe, le temps s'efface, l'âge de glace vient à sa place, qui nous ôte le goût de ces doux passe-temps. Profitez du printemps de vos beaux ans, aimable jeunesse : profitez de vos beaux ans. Donnez-vous à la tendresse. » Sur Molière (1622-1673), on a tout dit et on ne sait presque rien. Ses manuscrits ont disparu, les lieux qu'il a habités ont été détruits, sa tombe même est incertaine. Qui a-t-il épousé, sa fille ou la soeur de sa bien-aimée, Madeleine Béjart ? Quelles furent ses relations avec son père, grand bourgeois de Paris dont il brisa le rêve de dynastie ? Quels étaient ses rapports avec Louis XIV, roi secret qu'il faisait danser sur scène ? Molière, effacé à la ville, truculent sur la scène, était avant tout un homme de théâtre : acteur, directeur de troupe et auteur.
Colette (1873-1954) qui signa d'abord "Gabrielle Colette", puis "Colette Willy", puis "Colette Jouvenel", puis "Colette", qui aurait pu signer "Colette Goudeket" et ne le fit jamais, a été l'un des écrivains les plus célèbres et les plus admirés de son temps. Elle a séduit les publics les plus simples comme les plus raffinés. Auteur de nombreux romans et nouvelles, elle fut aussi mime, danseuse nue, actrice, journaliste, rédactrice de journaux à scandale, conférencière, esthéticienne. Sa vie privée, une fois débarrassée de ses légendes, de ses maris, de ses amants et de ses amantes, vaut bien un roman: celui d'une "écrivaine" éprise avant tout de liberté.
Résumé : Le nom d'Alain-Fournier, pseudonyme d'Henri-Alban Fournier (1886-1914), reste attaché au Grand Meaulnes, roman publié en 1913. Mort le 2 septembre 1914, à la lisière du bois de Saint-Remy, il est l'auteur d'une oeuvre plus ample - correspondance, nouvelles, poèmes, chroniques et critiques - sur laquelle s'appuie Ariane Charton, nous donnant une image très vivante d'un écrivain marqué par son enfance campagnarde. Ami de Jacques Rivière. Alain-Fournier veut trouver la présence du monde au fond de l'âme et ne jamais la disjoindre de son idéal. Rêvant d'être marin "pour faire des voyages". affirmant "se jouer du monde avec la moindre de ses pensées", il ne voulait pas créer des personnages "moraux ou sympathiques, mais d'abord penser à les faire vivants".