En 2004, l'importance de l'Asie orientale en tant que pôle majeur du monde contemporain s'affirme, en dépit de la fragilité de ses systèmes financiers, largement dépourvus de mécanismes régionaux. Différentes évolutions illustrent ce retour sur le devant de la scène. Chine. Le changement de génération effectué au XVIe congrès du Parti communiste, confirmé par la montée en puissance du président Hu Jintao, traduit la volonté des dirigeants d'insérer le pays dans l'économie globale et d'en faire une des " locomotives " de la croissance. Japon. Gouverné par le charismatique J. Koizumi, il paraît renouer avec l'efficacité politique et s'engager sur le chemin de la reprise. Politiquement rivaux mais pragmatiques, Pékin et Tokyo sont de surcroît amenés à coopérer, alors que les processus d'intégration régionale (ASEAN, APEC) se consolident. Asie du Sud-Est. A son rythme, elle renouvelle ses dirigeants dans le cadre de scrutins qui, malgré des blocages et des crispations autoritaires, soulignent la maturité politique des électeurs. En témoignent, en Indonésie, l'élection de S. B. Yudhoyono ou, en Malaisie, le de A. Badawi, qu'accompagne une certaine marginalisation des islamistes. Ignorant ce vent démocratique, le Parti communiste du Viêt-nam s'emploie à conserver son pouvoir sans partage tout en modernisant le pays à marche forcée. Asie du Sud. Le Pakistan ne laisse pas d'inquiéter : le pouvoir de P. Musharraf peine de plus en plus à trouver son équilibre entre l'alliance avec les Etats-Unis, les exigences de l'armée et les pressions insistantes des islamistes. Publiés chaque année dans la même collection : Amérique latine, Afrique du Nord - Moyen-Orient Les pays de l'Union européenne.
François GodementLa Chine en 2025Prédire ce que seront en 2025 la Chine et ses relations avec le reste du monde est un exercice qui peut être très simple ou au contraire à haut risque. Très simple: la prolongation des tendances et des courbes d'aujourd'hui donne des résultats particulièrement saisissants. Le régime politique a comme maître-mot la stabilité et comme angoisse l'incertitude politique sous toutes ses formes; mais il a néanmoins été capable d'obtenir depuis un quart de siècle un taux de croissance économique proche de 10 %. Alors que l'Union soviétique finissante était une «puissance pauvre» (Georges Sokoloff), la Chine pourrait bien, elle, incarner bientôt un système léniniste riche.Ce scénario est plus perturbant qu'aucun des «miracles» dont l'Asie a été le théâtre depuis un demi-siècle. Le «miracle japonais» des décennies 1960-1980 a fait un moment prédire que l'Archipel accéderait au rang de Number One (Ezra Vogel), mais même alors il restait, selon l'expression consacrée, un «nain politique». Aujourd'hui, l'Inde résurgente n'affiche aucune ambition extérieure, et nul ne prophétise dans son cas une synergie complète entre pouvoir politique et acteurs économiques analogue à celle que l'on observe en Chine. Cette dernière constitue un défi inédit et redoutable: la possibilité qu'en 2025 un pays qui se définit encore officiellement comme une «dictature démocratique du peuple placée sous la direction du Parti communiste» soit devenu (ou en passe de devenir) la première économie mondiale. L'exercice de politique-fiction est donc tentant.I- PENSER L'AVENIR DE LA CHINE:CONTINUITÉS ET RUPTURESProphètes de malheurC'est aussi un exercice à haut risque. L'hypercroissance chinoise a déjà duré bien plus longtemps que n'avaient osé le prédire les observateurs les mieux informés, ce qui pousse instinctivement à en prédire la continuité. Mais en l'absence de changements institutionnels concomitants, le formidable enrichissement de la Chine peut déboucher sur une crise politique et sociale. Le régime léniniste - même si nombre d'analystes soutiennent qu'il a d'ores et déjà muté, sans pour autant se démocratiser - reste d'une essence exceptionnelle et, comme tel, vulnérable à une crise politique. Il a réussi trois successions politiques pacifiques - de Deng Xiaoping à Jiang Zemin (2002), de Jiang à Hu Jintao, et de ce dernier à Xi Jinping (2013). Mais ce mécanisme successoral reste soumis à un consensus au sein d'un groupe dirigeant très restreint, et rien ne dit qu'il se perpétuera ainsi.Il existe une longue tradition occidentale de dénigrement de toutes les sociétés d'Extrême-Orient. Dans le cas de la Chine, cette tradition se combine aujourd'hui avec un courant de pessimisme sur la globalisation et ses effets: la vision du «capitalisme du désastre» dépeinte par Naomi Klein se marie aisément, pour le pire, avec la peinture d'une Chine à la fois économiquement prédatrice et socialement explosive. Depuis que le géant s'est lancé en 1978 dans les réformes et la course à la croissance, d'innombrables Cassandre ont prédit qu'il était voué à échouer pour d'innombrables raisons. Des ressources énergétiques trop réduites, une agriculture stagnante qui disposera de moins en moins de surface, et le désastre écologique que la croissance ne manquerait pas de provoquer. Un niveau d'éducation insuffisant. L'incapacité du pouvoir à appliquer les réformes et à faire respecter la loi, l'éclatement régional et local de l'administration, la corruption généralisée. Le surendettement massif des entreprises, des établissements financiers et des communautés locales. Les dérapages du système des prix et des échanges extérieurs. L'explosion des inégalités sociales et la contagion démocratique que ne manqueraient pas de provoquer les nouveaux moyens de communication (hier le fax, aujourd'hui Internet). Le sida, la grippe aviaire...
Serra Régine ; Godement François ; Boisseau du Roc
Résumé : L'actualité 2002-2003 de l'Asie orientale s'inscrit pour une large part dans le cadre de l'après-11 septembre 2001. Occupée à redéfinir son système politique, l'Indonésie. le plus grand pays musulman du monde, est en proie à des violences séparatistes. S'y ajoute une poussée des mouvements radicaux, comme en témoignent les attentats de Bali et de Jakarta, attribués à la Jamaah Islamiyah, un réseau islamiste probablement lié à Al-Qaida. A l'autre extrémité de la région, la Corée du Nord a annoncé sa volonté de se doter de l'arme atomique, au mépris de ses engagements internationaux. Pour l'instant, Washington a choisi de négocier avec Pyongyang dont l'attitude inquiète également ses voisins. Outre la stabilité régionale, la lutte contre le terrorisme sous-tend la nouvelle politique des Étais-Unis. Ceux-ci opèrent un spectaculaire retour dans une région dont ils s'étaient quelque peu retirés dans les années 1970-1980. Pour garantir leurs intérêts, ils privilégient les négociations bilatérales, notamment leurs relations avec Pékin. Dotée d'un gouvernement rajeuni depuis le printemps 2003 la Chine semble avoir surmonté la crise provoquée par l'épidémie de sras. Elle doit se consacrer à la réduction des inégalités sociales dont l'aggravation est lourde de menaces pour sa stabilité et son développement économique. En raison de son poids démographique et de son décollage économique, la Chine se trouve par ailleurs au centre des processus d'intégration régionale, dont le plus avancé est l'ASEAN. Reste à savoir comment ces dynamiques vont s'articuler avec l' " entente cordiale " qui, depuis trente ans, a permis à Pékin de dialoguer avec Tokyo et d'instaurer une interdépendance croissante.
François Godement est historien, professeur des universités à Sciences Po et a fondé en 2005 Asia Centre, association de recherche indépendante. Il dirige également le programme Chine de l European Council on Foreign Relations, un influent think tank européen, et est membre associé du Carnegie Endowment for International Peace.
L'Asie aura une deuxième vieL'historien, François Godement revient sur les causes de la crise asiatique et en examine toutes les conséquences. L'analyse de la bulle financière ne suffit pas, argumente-t-il, pour comprendre la portée de cet événement sans précédent. Sont aussi profondément affectées des sociétés dont la cohésion semblait inébranlable, et des leaders politiques qui croyaient à la supériorité de leurs valeurs : le modèle asiatique entreprend, à la faveur de la crise, une réforme en profondeur, qui ne conduira pas nécessairement dans les traces du capitalisme occidental.
Ce rapport de la Cour des comptes vise à identifier les principaux axes de la réforme de gestion de l'Institut de France constitué de cinq académies. La loi de programme pour la recherche du 18 avril 2006 a érigé l'Institut et les Académies en personnes morales de droit public à statut particulier placées sous la protection du Président de la République. La Cour a de nouveau examiné la gestion des institutions du quai de Conti et l'utilisation de leur patrimoine pendant les années 2014 à 2020. Ces institutions se trouvent aujourd'hui confrontées à une situation financière déséquilibrée en raison de négligences de longue date, auxquelles elles n'ont pas remédié depuis le dernier rapport de la Cour, et d'une succession d'évènements récents, parmi lesquels la crise sanitaire et le retrait anticipé de l'Aga Khan du domaine de Chantilly. Le soutien exceptionnel de l'Etat met en évidence l'impérieuse nécessité où se trouvent l'Institut et les académies de réformer leur gestion.