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Vint le grand récit
Glück Michaël
LE REALGAR
15,00 €
Épuisé
EAN :9782491560997
On connaît la voix exigeante de Michaël Glück, ses accents surprenants et, en elle, l'extrême concentration du sens et de sa mise en oeuvre. Poète de l'urgence inquiète, prosateur cousant le réel du fil le plus apte à suturer la douleur, son oeuvre déploie plus que jamais le " grand récit " qu'elle n'a cessé de nourrir. Récit, légende, genèse, c'est toujours la même narratrice qui parle, et toute femme alors, lèvres ouvertes contre le vide ou le chaos qui nous menace. Elle est seule. Unanime pourtant. S'adresse à ceux et celles qui viennent de loin derrière l'horizon et qui, passeurs de l'ombre, ont traversé les contrées dévastées d'une mémoire en cendres. Charniers. Guerres fratricides. La mort hante la moindre demeure mais, là où le langage pourrait s'anéantir, un chant ne cesse de renaître : l'amour survit une fois encore à son propre désastre.
Un mot "Kaboul", une image "Charrette humaine droit devant et palais détruit qui barre la perspective". Et donc la guerre. C'est le point commun des voix que font entendre ces trois textes. Voix de l'homme guerrier le soldat celui que l'on veut tueur errant dans la ville fantôme comme en lui-même (Soldat Cheval d'Emmanuel Darley), voix de celle qui choisit d'accompagner un mort dans la dignité (Dans les draps blancs d'autrefois de Laurent Gaudé) et voix sans illusion de la vieille femme qui accomplit sa tâche de transmission et d'honneur (Une besace de Michaël Glück). Tentatives de dire l'indicible, le quotidien de la guerre, tentatives de rendre littéraire ce qui chaque jour, dans l'actualité, nous bouscule.
Comme une simple ritournelle, une chanson douce, un manège des jours, en un lieu, devant une fenêtre, une phrase commence sur les lèvres et très vite je sais, je sens, qu'elle a commencé depuis longtemps... et me tourne la tête.
La mer est un mur", se répète la narratrice réfugiée au bord de l'océan. Tout comme la vie, inexplicable, qui lui a offert la présence inespérée d'un être, aussi farouche qu'authentique, venu des territoires du Grand Nord, et qui l'en a privée presque aussitôt. Dès lors, accrochée à quelques fragiles repères, vacillant dans son propre désir de vivre, tout ce qui reste de son existence s'oriente vers l'impérieux besoin de comprendre pourquoi la mort a frappé. Exils, rencontres, traversées, tout concourt à présent à redonner vie par le récit à la disparue. "Naja on me nomme, mais Petit couteau à lame d'os je suis. C'est mon nom complet donné par mon grand-père. Je suis née sur une avancée de terre au nord du nord d'un immense pays de glace. J'avais un frère de deux ans plus âgé que moi ; en tant que benjamine et fille, je grandissais dans l'ombre de Kunuk mon aîné. Notre grand-père nous faisait souvent approcher d'une zone dont il disait qu'elle nous avait appartenu avant que les peaux blanches ne s'en emparent."