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Marges N° 15 : Démocatiser l'art contemporain
Glicenstein Jérôme
PU VINCENNES
15,00 €
Épuisé
EAN :9782842923549
ÉditorialLa question de la démocratisation de l'art est ancienne. Elle avait notamment été mise en avant par André Malraux dès la création du Ministère des affaires culturelles en 1959. Pour autant - et bien que cette question serve d'arrière-plan à nombre de décisions politiques dans le domaine culturel en France - elle est loin d'être complètement résolue à ce jour. D'ailleurs, qu'entend-on exactement par démocratisation de l'art (ou de la culture)? Qu'en est-il de cette «mission de rendre accessible les oeuvres capitales de l'humanité, et d'abord de la France, au plus grand nombre possible de Français»? S'agit-il de la promotion d'un art «élitaire pour tous», pour paraphraser Antoine Vitez? Est-il question de participer à l'émancipation des citoyens ou au contraire de contribuer à leur assujettissement au nom d'une culture normative? Est-ce autre chose qu'un slogan ou un voeu pieu?De nombreuses expériences ont été tentées depuis cinquante ans et en premier lieu en suivant le point de vue de l'offre et des moyens à accorder à la diffusion culturelle. Elles ont fait appel au développement d'initiatives en tout genre: création de structures alternatives (friches culturelles), de nouveaux modes de production des oeuvres (résidences d'artistes - y compris dans des quartiers dits sensibles), de nouveaux modes de diffusion (développement des services des publics, des ateliers pour enfants ou adolescents, des artothèques, des sites spécialisés...). D'autres expériences sont parties du point de vue opposé; à savoir les moyens à développer afin de permettre au plus grand nombre d'accéder à la création (quitte à remettre en cause constamment ce que cette notion recouvre). Dans ce cas, cela a pu concerner la revalorisation des «pratiques amateures» ou de formes longtemps considérées comme mineures (bande dessinée, musique rock, arts du cirque), voire la remise en cause de la centralité des institutions traditionnelles ou dominantes (musées, scènes nationales, centres d'art labellisés...). L'objet de ce numéro est de produire une réflexion sur ces questions en mêlant études de cas et réflexions plus générales.Les trois premiers articles peuvent ainsi être vus comme des études spécifiques qui appliqueraient les questions évoquées plus haut à des exemples concrets. Julien Péquignot s'interroge sur le sens à accorder à la présentation récente de clips vidéo au Musée d'art moderne de la ville de Paris. Ce type de présentation pose différents problèmes et en premier lieu celui de la revalorisation d'une pratique non-légitime. Pourtant, l'approche retenue par ce musée conserve une certaine ambivalence, interdisant sans doute que l'on se limite à y voir une opération de démocratisation culturelle.Dans un registre très différent, celui des galeries d'édition, Safia Bel-menouar montre que la question de la démocratisation de l'art est plus complexe que celle qui consiste uniquement à valoriser des objets illégitimes. D'ailleurs, les objets dont elle traite - des photographies d'art - ont déjà de fait une certaine légitimité. C'est plutôt leur usage - leur transformation en produit commercial - qui pose problème, suggérant un processus de démocratisation qui passerait uniquement par le biais d'un élargissement de la diffusion - y compris en faisant appel à des techniques de marketing - sans pour autant interroger le rapport aux oeuvres en tant que tel.Le troisième cas, étudié par Sonia Vidal, ne concerne pas non plus directement les oeuvres mais plutôt là aussi les circuits de diffusion. Les exemples dont elle traite - les Maisons Folie de Lille - sont en effet nés de l'idée selon laquelle la démocratisation ne pourrait passer que par une attention soutenue aux situations et réseaux locaux. Ici, l'initiative ne part pas des oeuvres ou des opérateurs culturels mais de la municipalité, ce qui pose la question des enjeux politiques, sociaux, économiques, de ce type d'intervention.(...)Jérôme Glicenstein
Quel est le rôle des différents agents (artistes, curateur, conservateur, galeriste, critique, théoricien, spectateur, etc.) dans le fonctionnement discursif de l'art ? Il s'agit ici d'envisager les effets réciproques, les coopérations, les conflits entre les modalités du discours de l'œuvre et du discours sur l'art.
Les oeuvres d'art ne se présentent jamais seules. Qu'elles soient stockées dans les réserves d'un musée, exposées dans un centre d'art ou simplement reproduites dans une revue, elles font l'objet de mises en forme spécifiques et sont accompagnées de textes, de discours et de prises de parole en tous genres. Il s'agit parfois de propos très construits travaux universitaires, notices de catalogues, visites-conférences et, dans d'autres cas, d'éléments nettement moins ambitieux cartels, cartons d'invitation, conversations de vernissage.Le point commun à ces différents éléments est néanmoins de mettre en scène les oeuvres d'art et de leur donner sens, ne serait-ce que temporairement. Décrire les fonctions spécifiques que les formes médiatrices occupent aux côtés des oeuvres conduit alors à envisager différemment la relation esthétique. L'hypothèse ici avancée est que certaines notions issues de la pragmatique linguistique énonciation, actes de langage, dialogisme, polyphonie, etc. permettent de décrire aussi précisément que possible le rôle que jouent textes et discours d'accompagnement dans la constitution, la compréhension et le fonctionnement ordinaire de l'art contemporain.
Quelles relations l'art, les artistes les ?uvres et la société post-industrielle entretiennent-ils ? Deux directions pour répondre à cette problématique : des études de cas, à partir du travail d'un artiste ayant intégré la question des services dans sa pratiques ; de l'autre, des interrogations plus larges sur les procédures nouvelles de diffusion de l'art.