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Garder le mort
Giovannoni Jean-Louis
UNES
14,00 €
Épuisé
EAN :9782877041775
Curieux destin que celui de Garder le mort, premier livre de Jean-Louis Giovannoni, publié en 1975 aux éditions de l'Athanor. Réédité dès l'année suivante, le livre en est aujourd'hui à sa sixième édition. Ce succès immédiat, jamais démenti dans le temps, tient paradoxalement à la grande violence du texte, cette violence hypnotique de l'évocation du deuil de la mère. Garder le mort est une opération à coeur ouvert, un livre clinique et bouleversant. Le lecteur n'a pas d'échappatoire, hypnotisé par le scalpel d'une écriture qui révèle la peur. Jean-Louis Giovannoni interroge l'élasticité du corps, masse fermée devant soi, masse fermée en soi. Livre de la chair, du noir, des humidités. Livre du dégoût : livre qui a retourné la pudeur. Nos organes, nos moignons, nos glandes, tout cela enfermé dans le noir. Nos contractions, nos mouvements embarrassés du corps face au corps inerte. Poète légiste : "on ne peut pas se fuir" . Corps posé dans les pièces froides, derniers mouvements de vie à l'intérieur, Giovannoni mesure sa crispation contre la nôtre. On lui ferme les yeux et la bouche, on le lave, on l'habille, on le veille. On vit dans les odeurs. C'est le rituel silencieux du côtoiement de la mort, le passage suffoquant vers la parole retrouvée. Plus qu'un livre unique, Garder le mort est un livre seul. Cette édition définitive présente, à la suite du texte original, une version préparatoire de Garder le mort, ainsi que des poèmes inédits écrits juste après la parution du livre.
Parue en 1983, l'édition courante de Les mots sont des vêtements endormis comprenait 299 exemplaires, ce tirage fut épuisé en quelques semaines. Impossible depuis lors de se procurer ce texte, véritable cri tombé au fond de soi, enveloppé dans le silence, il touche à cette peur commune qui circule entre les êtres. A cette violence muette. La difficulté de s'ajuster au monde est le coeur battant du livre. Jamais Jean-Louis Giovannoni n'aura autant écrit depuis l'intérieur. Son texte porte en lui ce vêtement de mélancolie dont on ne peut se défaire, ce vêtement de mots, qui dans la tourmente et l'impossibilité du monde, vous colle à la peau. Lire Les mots sont des vêtement endormis, écrit par celui qui a su voir son visage, qui a su tenir face à son propre visage, lire ce livre c'est comprendre, malgré tout, que l'on ne pourra plus se débarrasser de soi. Comme l'écrivait Pierre Drachline dans le journal Le Monde lors de la parution du livre "On ne sort pas indemne d'une pareille lecture, où chaque sentence résonne comme une paire de claques". Nous republions ici le texte original de 1983, accompagné de 41 fragments inédits qui n'avaient pas été retenus à l'époque - faute de place. Une postface de l'auteur retrace le parcours de cet ouvrage qui occupe une place si particulière dans l'écriture de Jean-Louis Giovannoni, dont il fut un tournant.
Le monde est peuplé d'ombres, les nôtres pour la plupart. Nous le traversons, nous déchirant dans l'air qui se referme si vite derrière nous. Notre existence est une succession de disparitions, celles de nos gestes, de nos respirations, de nos mots. Tout ce que nous formulons est immédiatement effacé. Nous n'avons d'appui sur rien, coincés à l'intérieur de ces disparitions, incapables de rien retenir. L'air cicatrise vite est un livre fantomatique, Jean-Louis Giovannoni est allé en chercher la trace dans ses carnets inexploités, écrits entre 1975 et 1985. On y retrouve les obsessions fragmentées présentes dans Garder le mort (1975), Les mots sont des vêtements endormis (1983), ou Ce lieu que les pierres regardent (1984), mais ici hissées à un point de transparence inédit. Il s'agit de trouver un lieu, un espace respirable. Le monde est plein de son plein, s'engouffre partout, dans nos vides, nos insuffisances, et tout est invisible et nous hante, jusqu'au silence. On voudrait tendre les bras, les autres sont toujours dehors, toujours trop loin, et même les objets sont des absences, même les objets rêvent à notre place. On cherche à tenir bon, contre les murs, contre la multitude évanouie qui s'agite en nous, nous repousse et nous contient, sans identité. Et pourtant nous ne disparaissons pas dans cette fluidité de la perte qui nous échappe, il reste notre présence dans l'air malgré les disparitions successives de nos agitations de vivre ; "seule la perte laisse des traces".
Résumé : Qu'est-ce que marcher, parler, écrire, bouger, qu'est-ce que ces actes qui nous mettent au monde, " en " monde, comme se plaît parfois à dire Jean-Louis Giovannoni ? Le poème est ici pensée en perpétuel mouvement, et le mouvement est la matière même du dire : " Peut-être ne dit-on que le mouvement ". Une pierre, un homme qui marche, un posé de mots sur la feuille : cette simplicité est inépuisable. L'apparente stabilité du monde, c'est du mouvement encore : " L'immobile d'une chose / est toujours le geste qu'il faudrait / pour une autre " (" Variations Hé / der / in "). Tout est affaire de mesure, de pas japonais ou plus ample, si l'on pense au phrasé large des " Variations Hôlderlin ", de toucher des distances. Les phrases du poème sculptent le mouvement, la métrique indiquant pour sa part un retrait, une durée comme suspendue : " Tu cherches sans cesse en toi / où se trouve la couture, pour vérifier comment se lie / le séparé " (" Pas japonais "). C'est au lecteur de refaire le chemin, d'effectuer en lui-même le geste physique et mental qui phrase le retrait posé du sens.
L'écriture de Jean-Louis Giovannoni accompagne depuis toujours le parcours d'artistes plasticiens. Son oeuvre y trouve une aspiration, un mouvement d'envol à contrepied de la solitude habituelle de l'auteur. Il s'agit ici de tenter une greffe, de peindre avec des mots un langage commun ; dans le geste de l'autre interroger ce qui en soi s'agite et se lève. Issue de retour rassemble des textes écrits entre 1993 et 2013, composés pour des artistes tels que Gilbert Pastor, Yves Berger, Stéphanie Ferrat, Marc Trivier, Vincent Verdeguer... artistes compagnons de parcours de l'auteur dont l'exigence de la démarche et la variété souligne l'extraordinaire attention et sensibilité que porte Jean-Louis Giovannoni pour les mouvements artistiques de son temps. Livre de passerelles donc, et livre de la création, de la venue au monde et de la venue au langage, Issue de retour, qui s'ouvre sur un texte magistral, Chantonner contre la peur, véritable genèse de la naissance à la poésie, embrasse le parcours d'un des poètes les plus précis et important de notre temps.
D'intransmissibles mots de passe pour un espace inconnu, vibrant, habité. Il contemplait le monde, il figurait le monde, il raturait le monde, il annulait le monde, c'était un peintre, l'initateur de cette magie effacé derrière la signature qu'il laisse et dont l'initiale ressemble à la croix de l'analphabète, celui-là justement qui n'a pas la parole mais dont le regard défie nos certitudes.
Dans l'ouvert, il n'est pas de maintenant auquel attribuer un fait : mais une intuition du temps, lui le Passager, exclusif franchissant le seuil. Lui-même, non plus ancré dans la main creuse mais passant en elle, la Dévouée.
Je veux appartenir à la voûte obscure comme un aimant désarmé, devenir souffle du silence sur les épaules des nuages. Je veux adhérer à l'ombre des paroles du feuillage et comprendre la terre dans la soie farouche du désir.