Please let him go ! Laisse-le partir !" répondit le maître tibétain Trungpa à Allen Ginsberg tenaillé par le désir coupable d'écrire un nouveau Kaddish à la mort de son père. Accept and let it Go ! dit l'auteur de ce livre. Nous retrouvons ici quelques virulentes diatribes de la grande époque des années 70. Mais à l'indignation légendaire succède parfois une douceur calmement exhalée, une ironie bienveillante. Les poèmes de ce recueil font suite à la Chute de l'Amérique, qui faisait table rase des mythes nationaux. Mind Breaths et Plutonian Ode, dont nous présentons ici, avec l'accord de Ginsberg, les textes les plus importants en édition bilingue, expriment dès le titre l'équilibre sur lequel ces poèmes reposent : l'esprit souffle mais par la bouche, voix physique de l'âme entière ; le plutonium maudit qui calcinera les êtres est courtisé comme un amant dangereux. Le génie de Ginsberg refuse le monocorde. Ces poèmes, traduits à l'origine par Mary Beach et Claude Pélieu, sont d'une teneur si délicate malgré leur simplicité apparente qu'ils ont été longuement retravaillés en collaboration avec l'auteur. Les voici dans une version provisoirement définitive.
Résumé : " Je suis comme Cézanne dessinant ; ou comme Kerouac avec son idée originale de croquis en prose... Je ne peux supporter l'odeur de mes mains - encre dont l'odeur à le goût métallique de peyotl - c'est cette nausée qui me hante - je ne cesse de cligner de l'?il - j'ai la tête lourde et contractée. Ce pauvre Journal, qui semblera plus tard, insignifiant, j'aimerais y faire tenir le monde entier et ses mystères si denses et si visibles. Le grand mystère est celui de l'Être. C'est une belle journée, les maisons semblent denses, miniatures " ouvertes sur " le ciel ... Arrière-cour de Paterson. Tout est plein d'activité - une abeille vient de tomber sur ma page (couverte de lignes régulières bleu ciel ou verdâtres). Il y a des mouches et des papillons. J'en ai vu un blanc tout à l'heure mais à part ça l'air est pur jusqu'au ciel " comme du cristal " - c'est de l'air véritable, de l'espace - l'espace est un solide... - la seule pensée de la semaine me fait horreur, ce monde de règles, complications, violences - manque de repos - accaparement - après tout je ne fais que regarder le monde au travers d'une vitre. "
Edition bilingue du dernier recueil d'Allen Ginsberg paru aux Etats-Unis, Cosmopolitan Greetings s'inscrit, tant sur le plan de l'expression que de l'inspiration, dans la continuité de Linceul blanc, publié par Christian Bourgois en 1994. Si l'auteur de Howl et de Kaddish reste fidèle à son choix initial d'écriture spontanée et de sincérité totale, ses vers se sont épurés de tout effet dit "poétique" jusqu'à atteindre une simplicité proche de l'oralité. Ce style naturel, qui se démarque cependant de la prose par sa densité et un sens inné du vers et de la chute, rend à merveille l'expérience du poète dans son quartier du Lower East Side à New York. Scènes de rue, rêves retranscrits au réveil, pensées ordinaires saisies dans l'instant, lecture des journaux, soucis de santé constituent, de poème en poème, une thématique du quotidien traitée avec un humour tendre où se mêlent l'héritage juif et la sagesse bouddhiste apprise du Rinpoché Trungpa, dont les funérailles sont évoquées ici sur un ton à la fois détaché et ému, caractéristique de la sensibilité du poète vieillissant. Pour autant, la vigueur dans la dénonciation des aberrations politiques et du désastre écologique mondial ne faiblit pas un instant. Notre grand "cosmopolite" se perçoit plus que jamais comme citoyen du monde, investi d'une mission morale qu'il remplit inlassablement avec ses amis, étudiants et musiciens associés à ce recueil, dont certains textes ne font que transiter par la page pour être rythmés ou chantés sur toutes les scènes du monde."
Résumé : Ces photographies intimes, souvent exubérantes et toujours pertinentes, dévoilent la Beat Generation telle que chroniquée par le grand poète du mouvement, Allen Ginsberg. Auteur parmi les plus visionnaires de sa génération, Ginsberg était aussi photographe. Entre 1953 et 1963, il avait souvent son appareil à portée de main lorsqu'il était en compagnie de ses amis dans son appartement, ou en voyage avec eux, prêt à "enregistrer certains instants dans l'éternité", comme il l'écrivait. Pendant des années, beaucoup de ses clichés sont restés enfouis au milieu de ses papiers. Lorsqu'il est retombé dessus dans les années 1980, il a effectué de nouveaux tirages, auxquels il a ajouté des descriptions manuscrites. Inspiré par ses premiers travaux, il s'est alors remis à la photographie, tirant le portrait de ses amis de longue date ou de nouvelles connaissances. Le présent ouvrage réunit et reproduit quatre-vingts photos, accompagnées du premier essai critique consacré à l'oeuvre photographique de Ginsberg. Sarah Greenough y traite du lien entre les photos de Ginsberg et sa poésie, mais aussi entre ses oeuvres et celles d'autres photographes de la même période. Les clichés de Ginsberg montrent nombre de ses contemporains, notamment ses amants et amis proches, tels que Jack Kerouac, William S. Burroughs, Neal Cassady, Gregory Corso et Peter Orlovsky. Ils saisissent des instants de déambulation au long des rues de Manhattan, de San Francisco et de Paris, ou lors de grands périples en Afrique et en Asie. Concises et instantanées, intelligentes et intuitives, les photographies de Ginsberg traduisent un examen aigu du monde physique, qui est tout à la fois une célébration de l'instant et un témoignage précieux sur sa vie.
Résumé : "Toute ma vie son influence a illuminé mon travail... Oui, Fante a eu un énorme effet sur moi. [...] Fante était mon dieu." Charles Bukowski. "En tant qu'écrivain, je suis très heureux de recevoir une bonne leçon. Comme simple lecteur, j'ai poussé les portes du paradis." Philippe Djian. "A l'image de Fante, Bandini et Molise, ses héros de papier, débordent de rancoeur, de tendresse, de générosité ou d'une méchanceté noire inouïe. Ils sont infects, drôles, adorables, émouvants." La Vie. "Les histoires de Fante ressemblent toujours à la sienne. Son héros, Arturo Bandini, est aussi fils d'immigrés italiens, il a aussi envie de prendre sa revanche sur les années de dèche, de se faire une place sur les rayons des bibliothèques, d'aimer les femmes. Tout cela, Fante le fait passer dans une écriture dégraissée, déblayée de toute littérature." Télérama.
Résumé : Retombées de sombrero est publié en 1980 aux États-Unis. Une partie de ce roman se déroule dans la corbeille à papier d'un " humoriste américain " après qu'il y a jeté le début d'une histoire ratée. Cette histoire se poursuit indépendamment de sa volonté, à San Francisco, secouée par des émeutes à cause de la chute d'un sombrero, inexplicablement venu du ciel. L'autre partie se concentre sur l'humoriste, en proie au désespoir depuis que Yukiko, son amie japonaise, l'a quitté. Ces deux parties sont réunies en un entrelacs de séquences brèves, l'action est morcelée en plusieurs points qui s'imbriquent tandis que le dénouement approche.
Dora Chance, ancienne danseuse de music-hall, raconte avec verve soixante ans de vie du théâtre et du cinéma à travers l'histoire d'une famille où la bâtardise est de tradition. De génération en génération, les enfants seraient bien malins de connaître leur père ! Il y a de l'Evelyn Waugh, de l'Anthony Powell et parfois même du Wodehouse dans cette chronique facétieuse et attendrie qui nous mène des bastringues du Londres de l'entre-deux-guerres à Hollywood et aux plus beaux châteaux anglais. Mais le théâtre n'est qu'un prétexte et Angela Carter sait créer des personnages tous plus originaux, attachants et pittoresques les uns que les autres.
Invité en 1966 à Princeton, à une session du Groupe 47, Peter Handke y fait un éclat en s'opposant à la vogue du "réalisme" en littérature : Une certaine conception normative de la littérature désigne d'une belle expression ceux qui se refusent à raconter encore des histoires, tout en étant à la recherche des méthodes nouvelles pour décrire le monde (...) : elle dit qu'ils "habitent une tour d'ivoire" et les traite de formalistes, d'esthètes. Que les écrivains se réfugient dans leur "tour d'ivoire", c'est ce que revendique paradoxalement Peter Handke. Confrontation avec Brecht, Horvath ou Bernhard, avec les méthodes du théâtre et du cinéma ou avec le discours de la justice, réflexions, critiques, satires, pamphlets..., cet ensemble de textes divers passe du sérieux à l'humour, des méditations austères aux "gais feuilletons". Handke s'attache à y définir sa position par rapport à l'écriture : longtemps, la littérature a été pour moi le moyen, si ce n'est d'y voir clair en moi, du moins d'y voir tout de même plus clair. Elle m'a aidé à reconnaître que j'étais là, que j'étais au monde.