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Le désert de la critique. Déconstruction et politique
Garcia Renaud
ECHAPPEE
15,00 €
Épuisé
EAN :9782915830989
La nature humaine ? Fiction dangereuse. La raison analytique ? Instrument d'uniformisation culturelle. La vérité ? Objet relatif masquant les dispositifs de pouvoir. Le langage ? Geôlier de la créativité. L'universalisme ? Alibi de l'Occident pour dominer le monde. Le corps ? Pâte à modeler au gré des innovations technologiques. Tels sont les lieux, devenus communs, de la pensée de la déconstruction. Déconstruire... D'un concept plutôt ésotérique, les gauches "radicales" ont fait un programme systématique consistant à suspecter un rapport de domination sous chaque idée ou comportement. Si elles permettent de redoubler de subtilité sur les questions de moeurs - le domaine "sociétal" -, les théories de la déconstruction rendent les armes devant la marchandisation généralisée, l'emprise des industries culturelles et l'artificialisation du monde. Qui évoque la nécessité d'une décélération, parle d'aliénation, remet au coeur de l'analyse le corps vécu dans un environnement limité, commet dès lors le crime ultime : réintégrer un moment conservateur dans la critique. Occupées à déconstruire et à se déconstruire à l'infini, les gauches "radicales" ont négligé le terrain du social, qu'une extrême droite opportuniste a investi en exploitant la détresse des perdants de l'histoire. Cet ouvrage tente de comprendre comment nous en sommes arrivés là, de donner les raisons de ce sabordage intellectuel et politique, en analysant l'influence de la déconstruction sur la critique sociale contemporaine. Il en appelle par là même à un renouveau de la lutte contre le capitalisme sur de tout autres fondements théoriques.
De l'oeuvre de Léon Tolstoï (1828-1910), on connaît les puissantes fresques romanesques et la réflexion théorique sur la non-violence. Pourtant, ses textes chrétiens, ses analyses d'économie politique ou son observation des pratiques et des valeurs paysannes en font aussi à bon droit un précurseur de la décroissance. Sans qu'on soit tenu d'adhérer à leurs présupposés théologiques, ces écrits contiennent un enseignement précieux pour qui voudrait lutter, d'abord par son attitude ordinaire, contre le délire d'une société fondée sur l'idée de toute-puissance. Mais Renaud Garcia montre aussi que sur les questions de l'argent, du travail ou du "progrès", sa pensée, loin d'être celle d'un sage isolé, contient des propositions politiques susceptibles de servir de base à la transformation de nos sociétés.
Face à la marche en avant du capital, voué à conquérir des territoires toujours plus reculés au dehors comme en dedans de nous-même, des voix s'élèvent et en appellent à prendre en compte les limites. Mais leur nature reste encore à définir : tel est l'objet de ce livre. Les limites sont constitutives de notre être-au-monde, elles lui donnent sa densité et sa saveur. Dans chaque moment de la vie quotidienne, nous évoluons dans un lieu précis du vaste monde, situé autour de notre corps et imprégné de nos manières d'être personnelles. Or le capitalisme s'attaque à cette dimension fondamentale, en sapant toujours davantage les possibilités de contact direct avec notre environnement. Aliments privés de goût par l'industrie, technologies nous donnant l'illusion d'être partout sans jamais être vraiment quelque part, transformation du travail en activité absurde et désincarnée, obsession de la santé nous poussant à gérer notre corps et notre "mental" comme un système performant : nous nous retrouvons en fait privés de monde, et par là de culture. Toutes ces formes de dépossession nourrissent un même mouvement d'abstraction de la vie. Alliant philosophie, sociologie et littérature, ce livre tente de déterminer où se situent désormais les résistances à opposer à la dynamique du capital, en redonnant à notre sensibilité une puissance politique.
L'économiste agraire Alexandre Chayanov (1888-1937), loyal soutien de la transition vers le socialisme fusillé pour ses idées par la police politique soviétique en 1937, a jeté les bases d'une étude rigoureuse de l'économie paysanne familiale. Encore largement à l'oeuvre dans l'agriculture de subsistance des pays du Sud, celle-ci figure aussi dans les déclarations de nombreux paysans en lutte contre le développement des grandes exploitations agro-industrielles. En présentant le fonctionnement d'une économie dénuée des catégories de base du capitalisme (salaire, intérêt, rente, profit) et fondée sur le sens populaire des équilibres, des échelles pertinentes de production et de l'autonomie locale, l'oeuvre de Chayanov permet de combattre l'imaginaire de l'homo economicus. Sa réflexion sur l'extension coopérative de cette économie offre en outre de solides points d'appui à la réorganisation de la production agricole dans les sociétés de l'après-croissance.
Pourquoi l'entraide est-elle notre unique chance de survie ? Géographe, naturaliste, explorateur, militant et théoricien du communisme anarchiste, Pierre Kropotkine (1842-1921) s'est insurgé contre la vision d'une société régie par la compétition et la concurrence. Réfutant les théories darwiniennes, il montre que la coopération et la solidarité sont des facteurs essentiels de la survie des espèces. Il trace les contours d'une économie par l'entraide qui garantit la satisfaction des besoins, évite le gaspillage et engendre une organisation collective maîtrisable par les individus. Renaud Garcia rappelle que les propositions du "princes des anarchistes" restent des pistes d'actualités pour contrer l'idéologie compétitive et le productivisme.
Ce travail, amorcé en 2008 par l'Observatoire de l'évolution, est une contribution à la refondation du politique à laquelle les humains sont nécessairement tenus pour préserver une vie sur Terre non machinale et éviter de se retrouver ensevelis sous un champ de ruines sociales. En premier lieu, il s'agit de comprendre la raison et la force de ce qui arrive, puis le moyen d'y faire face. L'hypothèse est que la société industrielle, en tant que société de masse, n'est pas réformable. La voie d'une réhabilitation du politique se trouve donc en partie dans une détermination à vivre autrement qu'en suivant les injonctions de la puissance dominante, et dans le renoncement aux anciennes formes de l'engagement. Ce qui suppose d'inventer de nouvelles modalités de vie, sans attendre un changement social généralisé. Une vie humaine désirable a besoin de s'ancrer dans des territoires habitables. Ce n'est qu'à partir de là qu'il devient possible de formuler les questions existentielles fondamentales. C'est par l'invention d'une nouvelle condition paysanne que l'humain sera en mesure d'oeuvrer à satisfaire ses besoins essentiels et pourra tenter de rétablir un tissu de relations harmonieuses avec ce qui l'entoure. La composition du manifeste laisse entendre une multitude de voix réunies par l'Observatoire de l'évolution, lieu informel animé par Jean Druon. Ce dernier aspire à renouer avec une vie paysanne envisagée comme une voie d'émancipation. Il a cofondé le projet des Terres communes de la Fontié (Tarn) auquel il participe. Il est auteur-producteur de films documentaires parmi lesquels Un siècle de progrès sans merci (2000), Alerte à Babylone (2005) et Le Passage du Nord-Ouest (2014).
C'est l'obsession de l'époque. Entreprises, politiques, chercheurs... ne jurent que par elle, car elle laisse entrevoir des perspectives économiques illimitées ainsi que l'émergence d'un monde partout sécurisé, optimisé et fluidifié. L'objet de cet enivrement, c'est l'intelligence artificielle. Elle génère pléthore de discours qui occultent sa principale fonction : énoncer la vérité. Elle se dresse comme une puissance habilitée à expertiser le réel de façon plus fiable que nous-mêmes. L'intelligence artificielle est appelée, du haut de son autorité, à imposer sa loi, orientant la conduite des affaires humaines. Désormais, une technologie revêt un "pouvoir injonctif" entraînant l'éradication progressive des principes juridico-politiques qui nous fondent, soit le libre exercice de notre faculté de jugement et d'action. Chaque énonciation de la vérité vise à générer quantité d'actions tout au long de notre quotidien, faisant émerger une " main invisible automatisée", où le moindre phénomène du réel se trouve analysé en vue d'être monétisé ou orienté à des fins utilitaristes. Il s'avère impératif de s'opposer à cette offensive antihumaniste et de faire valoir, contre une rationalité normative promettant la perfection supposée en toute chose, des formes de rationalité fondées sur la pluralité des êtres et l'incertitude inhérente à la vie. Tel est l'enjeu politique majeur de notre temps. Ce livre procède à une anatomie au scalpel de l'intelligence artificielle, de son histoire, de ses caractéristiques, de ses domaines d'application, des intérêts en jeu, et constitue un appel à privilégier des modes d'existence fondés sur de tout autres aspirations.
Heath Joseph ; Potter Andrew ; Saint-Germain Miche
Malgré tous ses efforts pour paraître subversive, la contre-culture n'a pas seulement été inefficace dans sa lutte contre le capitalisme, elle lui a fait faire ses plus grands bonds en avant : création de nouveaux segments de marché, triomphe de l'individualisme, dissolution des structures collectives, exaltation de toutes les formes de consumérisme, fabrication d'un conformisme rebelle... Les auteurs ébranlent de manière argumentée et précise, parfois provocatrice, nombre de certitudes sur la nature du capitalisme et le sens du combat contre celui-ci. Une lecture résolument à contre-courant.