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Psychanalyses en devenir. Les constructions d'une clinique
Garate Martinez Ignacio
ENCRE MARINE
27,00 €
Épuisé
EAN :9782350880303
EN 1994, Maud Mannoni demandait à des psychanalystes engagés dans la pratique de témoigner clans un livre de leur passage à l'analyste (Devenir psychanalyste, les formations de l'inconscient, Denoël, Paris). Aujourd'hui, plus de quinze années après, les réductions statistiques d'une société néolibérale qui commercialise la vérité à l'aune de ce qui peut se mesurer, se peser, se compter, nous poussent à témoigner d'une autre manière de transmettre. Transmettre l'énigme de cc qui est unique, qui ne peut pas s'additionner à d'autres valeurs, qui ne peut pas se réduire à une vérité close. 'transmettre, comme une poétique, les effets d'une rencontre qui transforme la souffrance en créativité, qui rend compte de ce qui a une valeur sans pour autant être évaluable. Jacques Lacan et Maud Mannoni nous ont transmis la nécessité d'écouter les jeunes pour garder vivante en nous la passion pour la psychanalyse, de continuer d'apprendre des patients qui savent débusquer, dans leurs propres souffrances subjectives, les sources des inventions à venir. Cinq psychanalystes s'y risquent, chacun dans son style. Ils y affirment leur passion pour l'inconscient, les prises et reprises de leur expérience, devenue récit, littérature, et qu'ils lisent en position d'analysant pour tenter de dire ou de repérer dans leur récit la présence du psychanalyste. Ils y affirment qu'il n'y a pas de psychanalyste en dehors de l'expérience même d'une cure, en dehors de la relation d'amour qu'instaure le transfert, dans la dissymétrie même de la rencontre. Ces cinq psychanalystes s'autorisent à devenir auteurs du récit de leur acte, pour continuer de transmettre sa consistance. Ils montrent que celui-ci ne se conclut jamais, ne ferme pas la dimension de la rencontre à venir ; il demeure vivant et nous invite à inaugurer une ouverture : affirmer toujours qu'il y a de l'autre et l'écouter sans relâche, en nous, en lui, dans la certitude de ce qui est encore en devenir dans les mots et leurs intervalles.
Sans répit depuis l'aube, la neige était tombée sur Paris. Le jour se couchant, les flocons se firent plus minces, bientôt plus rares, et deux très jeunes amoureux, qui avaient affalé leurs masques anti-Covid pour s'embrasser longuement dans l'encoignure d'une entrée d'immeuble, quittèrent leur abri, peut-être leur repaire. Un de ces lieux que nombre d'entre nous ne peuvent revoir, des années, des décennies après, sans que remontent ces instants et l'idée même du bonheur, et que s'imposent, plongés en soi, au plus profond de notre coeur, le regard, le parfum adorés de l'autre, depuis lors perdue de vue.
Qui peut croire que Maurice Couve de Murville a bien été en situation de succéder au Général de Gaulle, rivalisant avec Pompidou dans un combat sans merci ? Maurice Couve de Murville, pour avoir représenté la France pendant 30 ans, demeure le plus durable mais aussi le plus impénétrable des ministres des Affaires étrangères que la France s'est donnée depuis Talleyrand. Fondé sur l'exploitation d'archives et d'entretiens, cet ouvrage fait revivre un homme exceptionnel, singulier, et avec lui, un pan de l'histoire contemporaine banalisé et en réalité méconnu.
Paulina Luz aurait pu demeurer la célibataire neurasthénique embarrassée par cette psychose ménagère dont Freud nous parle. Mais son ambition réprimée, son sacrifice au profit du garçon dernier-né, n'avait plus de sens dès lors que celui-ci était donné pour mort. La seule solution était la mort propre, la mort définitive du dire, un délire si pauvre qu'il n'intéressait même pas les psychiatres réunis à son chevet. Elle deviendra la proie et l'emblème de la psychiatrie moderne du xxe siècle. Rien ne sera épargné pour la soigner : des vitamines, des comas, des chocs douloureux jusqu'à l'insupportable, la chirurgie salvatrice, les neuroleptiques enfin... Rien ne sera épargné, rien ne conduira à la rémission de son mal. Seule son agitation sera réduite, mais au profit seulement d'une vie plus calme pour les autres : elle restera ainsi jusqu'à sa mort, sans que son rebut puisse trouver un désir pour s'accrocher au monde, un petit rien pour décoller du théâtre de sa terreur. L'histoire de Paulina Luz, femme universelle, aux prises avec la psychiatrie moderne de son siècle, vaut en elle-même pour les archives du c?ur et de la mémoire. Mais elle sert aussi pour éclairer cette autre modernité : ces cent ans à venir qui compromettent le destin de nos désirs derrière les affirmations péremptoires de la science, de l'image, de l'évaluation et de la ségrégation par le " handicap ". Dans notre siècle à nous, tout peut se dire jusqu'à l'obscénité. Pourtant, ce dire déshabité, communicationnel, publicitaire, épris de croissance et de mondialisation, ennemi de la saveur vernaculaire des dialectes, fait pendre comme un pantin, un corps " machinique " schizophrène, machinal, hygiénique, ausculté, biologique et neuronal, sacrifié en ADN sur l'autel de l'idolâtrie génétique.
Toute ma philosophie a sa source dans mon coeur" écrit Vauvenargues ; et Auguste Comte affirme "la prépondérance du coeur sur l'esprit" et entend instaurer le "règne du coeur". De là, ces Conversations avec Vauvenargues, Auguste Comte et d'autres auteurs, autour de la notion de coeur - comme ce qui dans l'homme est le plus sensible à autrui, à sa peine, à sa souffrance - et autour de tous les sentiments ou vertus qui ont leur racine dans le coeur, telles que la fidélité, la gratitude, la ferveur, la pitié, la générosité, l'admiration, mais aussi et surtout l'amitié et l'amour.
Le premier livre d'André Leroi-Gourhan, publié en 1936, méritait bien une seconde édition. La Civilisation du renne, dédiée à Marcel Mauss, est certes un livre de jeunesse, comme le pointe Lucien Febvre, mais c'est aussi un livre-promesse, un livre-jalon, car l'ambition extrême de l'auteur, alors âgé de 25 ans, le pousse à multiplier les incursions dans un nombre considérable de disciplines (géographie, ethnologie, technologie, préhistoire, orientalisme) qu'il entend coordonner afin d'étudier, en dépit de l'éloignement temporel et du déplacement des milieux climatiques, trois époques d'une même culture du renne en milieu arctique (toundra-taïga) : dans l'Europe du Pléistocène, chez les Eskimos actuels, chez les peuples qui ont domestiqué l'animal. Le livre est impressionnant par "une masse de faits et d'idées à méditer, et de perspectives singulièrement larges sur le plus lointain passé de l'humanité" (Febvre encore). II annonce tant les maîtres-livres de l'auteur sur la technologie, que son livre illustré sur la Préhistoire de l'art occidental (1965) ou encore son chef d'oeuvre qui sut toucher un large public cultivé au-delà des spécialistes, Le Geste et la parole, dans lequel l'auteur interroge l'avenir de l'homme en prenant appui sur son passé à l'échelle paléontologique.
Pour les philosophies théologisées, mixtes de religion et de philosophie, que sont les philosophies modernes, telles celles de Descartes, de Kant, de Hegel, et à l'exception de celle de Montaigne, l'aléatoire ne saurait être au coeur de la réalité puisque, pour l'être transcendant et omniconnaissant, Dieu, tout ce qui arrive et arrivera est de toute éternité, comme déjà arrivé. Si, au contraire, l'on revient à la philosophie libérée de la religion, c'est-à-dire à la manière grecque de philosopher, on est amené à ne pas limiter le champ de l'aléatoire à la zone humaine: on le voit au coeur de la réalité, c'est-à-dire au coeur des mondes innombrables qui s'inscrivent au sein de la Nature infinie elle-même, omnigénératrice et qui, comme le poète improvisant à mesure, avance dans l'incertain.
Le terme "technoscience", abondant dans les discours militants et journalistiques, absent des discours internes aux pratiques scientifiques, parfois utilisé par des philosophes ou des sociologues, est récent. Le substantif apparaît au milieu des années soixante-dix. Il est souvent chargé d'affects et d'une axiologie implicite: il constitue souvent une arme de lutte (nommer les phénomènes techniques et/ou scientifiques de ce nom c'est déjà, dans bien des contextes, les "dénoncer" ), mais est-il aussi le lieu d'une élaboration conceptuelle précise et consistante pour accueillir ce qui nous arrive et qu'on désigne ainsi? Et ce qui nous arrive sous ce nom est-ce, localement, une reconfiguration de la représentation des rapports entre sciences et techniques, ou bien aussi, plus largement, une manière nouvelle d'expérimenter quelques énigmes fondamentales (comme celle de l'Invention, ou bien encore celle de la Puissance)? On veut manifester dans ce livre l'ambiguïté fondamentale d'une "figure" aux facettes multiples - la technoscience -, qui traverse les registres de l'épistémologique, de l'économique et du politique,, pour assumer des inflexions proprement métaphysiques et même eschatologiques.