La société et l'utopie L'auteur revisite dans une autobiographie lucide et pénétrante quelques lieux géographiques ou mentaux de ses itinéraires de vie et de travail, un parcours qui en a fuit à la tais l'auguste père et l'enfant terrible de la sociologie italienne contemporaine. Dans les années de la Résistance et de l'après-guerre, jeune intellectuel débarquant à Turin, Ferrarotti rencontre l'entourage de la maison d'éditions Einaudi et, adoubé dans le feu de l'action par Cesare Pavese, devient le traducteur et l'interprète de la culture idéologique américaine tandis qu'il essuie les traits fulminants que lui lance Benedetto Croce. Survient alors une rencontre décisive avec la personnalité explosive d'Adriano Olivetti qui donnera naissance au laboratoire expérimental d'Ivrée: un système où usine et services sociaux, ville et territoire sont intégrés de façon à illustrer la puissance d'accomplissement de l'utopie. Lorsque le rêve d'Ivrée se brise, au début des années 1960, c'est la Rome des banlieues, avec son humanité marginale, qui deviendra le cadre de sa réflexion.
Des livres pour vivre Bibliomanie, bibliophilie, bibliophagie: autant de caractéristiques d'une passion effrénée qui a littéralement conditionné la vie de l'auteur, dévorant les livres dont la disparition programmée - mais toujours différée - occupe une place importante dans ses réflexions. Cette histoire personnelle du livre est aussi un plaidoyer pour faire retrouver aux jeunes le plaisir de la lecture, rendre à l'étude sa signification originelle et étymologique de studium, c'est-à-dire d'amour, de passion, d'aventure. Ce goût du livre s'avère d'autant plus essentiel que les nouvelles technologies de la communication et la globalisation menacent de substituer le sentiment d'être connecté au monde à la connaissance de soi. Biographie de l'auteur Franco Ferrarotti occupa, en 1961, la première chaire de sociologie en Italie, à l'Université de Rome "La Sapienza" dont il est professeur émérite, et fonda La critica sociologica, revue dont il reste le directeur. Lauréat de multiples distinctions scientifiques, il a enseigné en Europe et en Amérique et est l'auteur de nombreux ouvrages portant notamment sur les questions du pouvoir et de la stratification sociale, de la citoyenneté et du multiculturalisme, comme en atteste L'Énigme d'Alexandre. Rencontres de cultures et progrès de la civilisation paru à La Lettres volée en 2004.
Susca Vincenzo ; Abruzzese Alberto ; Ferrarotti Fr
Onze ans ont passé depuis la scandaleuse arrivée de Silvio Berlusconi dans la politique italienne. Mais en y regardant de plus près, on s'aperçoit que l'ombre du Cavaliere a accompagné l'histoire de la démocratie italienne au cours des vingt-cinq dernières années. Son succès témoigne de la compréhension tardive, par les classes politiques et intellectuelles, de ce qu'est la culture de masse et de ce qui se cache derrière. Berlusconi a gagné parce qu'il a su incarner momentanément les désirs du peuple, des consommateurs et des téléspectateurs, communément considérés comme des barbares par l'intelligentsia. Berlusconi marque le passage fatal de la politique-spectacle à la politisation du spectacle, des médias comme objet aux médias comme sujet du pouvoir. Ce livre est une tentative d'interprétation de ce phénomène politique à la lumière de la sociologie de l'imaginaire. Sa trame amène le lecteur à réfléchir aux conséquences politiques de la postmodernité et à comprendre leur lien avec les élaborations de l'imaginaire collectif. Dans ce cadre, Berlusconi ne représente qu'une forme transitoire et éphémère d'une politique qui, avec l'avènement de la culture digitale promet de se transformer en des formes inédites.
Les femmes et les hommes qui ont choisi la science comme but de leur vie aiment se penser totalement libres d'obligations vis-à-vis de la société. Au point de vue moral, ils considèrent la science comme une valeur en elle-même et, de ce fait, neutre en ce qui concerne ses implications sociales et ses conséquences éthiques et politiques. Dans l'antiquité, on sait qu'Archi-mède a participé à la résistance de Syracuse, lors du siège des Romains, en concevant ses "miroirs de feu". Mais après la capitulation, il a brûlé les notes où il avait consigné le mode de fabrication de son invention. En revanche Enrico Fermi, dés qu'il parvient à la scission contrôlée de l'atome, débarque à Chicago et télégraphe au Président des Etats-Unis : "Le navigateur italien est arrivé. Il attend instructions". La neutralité morale et sociale de la science est évidemment impossible. Il se peut que, après Hiroshima et Nagasaki, les "Dissenting Colleges" se multiplient. A l'heure actuelle, l'humanité n'a pas d'assurance contre son anéantissement.
Rares sont ceux qui ont mis autant de soin qu'Henri Michaux à s'effacer de la vie publique, à disparaître du quotidien. Lui qui n'était que mouvement refusait qu'on puisse le voir réduit à une silhouette figée ; lui qui disait "Je peins et j'écris pour me trouver" s'insurgeait qu'on essaie de traquer son image, de la lui dérober, de l'exhiber ensuite. Très tôt, il s'est mis à l'écart et, refusant la preuve et la trace, il s'est estompé : "Quand vous me verrez, allez, ce n'est pas moi." Il s'est pourtant attaché à la reconquête de lui-même par les mots et par les traits, de sorte que, comme l'a dit Asger Jorn : "Autant il s'efface dans son entourage, autant il se déploie souverainement dans ses oeuvres." Cet ouvrage qui accompagne et prolonge l'exposition "Henri Michaux. Face à face", présentée à la Biblioteca Wittockiana à Bruxelles puis au centre Wallonie-Bruxelles de Paris, fait apparaître ce que disent les textes d'Henri Michaux sur la peinture, la sienne et celle des autres (de Klee à Zao Wou-Ki, de Matta à Magritte), et ce qu'ils disent face à la peinture (dans des livres illustrés qui sont de vrais livres de dialogues). Il montre aussi une série de portraits tracés rageusement ou tendrement, dans la saisie rapide ou la contemplation et qui sont peut-être un immense et fascinant autoportrait...