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Viande à brûler. Journal d'un chômeur
Fauxbras César ; Freestone Anthony
ALLIA
9,20 €
Épuisé
EAN :9782844858122
Plongeant le lecteur en plein coeur de la crise de l'entre-deux guerres, ce journal d'un chômeur réussit à toucher, comme nul autre roman, la vérité brûlante, sanglante, et surtout humiliante d'une époque rimant avec misère. César Fauxbras livre ici un témoignage bouleversant. Le sordide hôtel pour chômeurs où il nous entraîne existe sûrement dans un coin perdu du XIIIe arrondissement de Paris; là, le licencié ès lettres Jojo, l'ex-médecin marron Chouard, le ménage Voulaz, la fille Jeannette qui se donne par camaraderie, tous passés maîtres dans l'art du système D et des combines en tout genre, forment un de ces mille îlots perdus dans l'enfer de la grande ville. De galères en situations dramatiques, Thévenin, le narrateur, fait montre d'une ultra-lucidité comme d'une incroyable capacité à déceler l'hypocrisie et débusquer le ridicule; ne serait-ce que dans la trivialité du quotidien ou dans les méandres d'une administration absurde et inhumaine. Malgré les petits boulots flirtant avec l'illégalité, la lutte des acolytes pour survivre semble vaine. La radiation du chômage les menace tous. La langue de Fauxbras se fait alors drue et corrosive, argotique, brute comme le sujet, son regard sur la société est cinglant. Il donne naissance, par le biais de ce récit intime, à un texte engagé, celui d'un révolté qui laisse transpirer son non-conformisme et un humour noir digne des grands auteurs du genre. Car face à la solitude et au désespoir, seul l'humour pourra les sauver. À moins qu un pont au-dessus de la Seine ne fasse définitivement l'affaire. Un roman majuscule.
Résumé : Une gifle ? Un cri ? Ce récit exceptionnel est plus que le journal de bord d'un simple matelot. C'est un coup de gueule, âpre et cru, contre la version officielle de la guerre 14-18. Un réquisitoire basé sur des faits vécus, tel ce sacrifice inutile de trois cents hommes après le torpillage d'un cuirassé, maquillé en fait d'armes héroïque par la propagande " patriotique ". Ouvrant au public son carnet de bord intime, César Fauxbras, gabier de la flotte française de Méditerranée, exhale rageusement le point de vue des matelots, livrés aux brimades d'une hiérarchie navale bornée, inhumaine et incompétente. Forcément partiale, sans concession, parfois outrancière, la révolte des " Jean Le Gouin ", annonce les mutineries de la Mer Noire... qui éclateront deux ans plus tard. Pour le lecteur d'aujourd'hui, voilà un extraordinaire document sur un sujet peu connu : la vie quotidienne en 1917 à bord des bateaux en guerre. Illustré par de surprenantes photographies du fonds Roger-Viollet, datant de l'immédiat avant-guerre, ce livre vous plonge dans l'univers féroce des " gros-culs ", ces monstrueux cuirassés où l'homme ne comptait plus.
Un nombre impressionnant de soldats français, dont énormément de réservistes, sont faits prisonniers par l'armée allemande lors de l'été 40. Alors qu'il est lui-même fait prisonnier à Ledringhem, près de Dunkerque, César Fauxbras se met à consigner tous les propos de ses compagnons de fortune. La prison se fait lieu de libération de la parole, jusqu'alors bâillonnée par le "devoir" de réserve et la peur des représailles. Les opinions sondées sont celles d'hommes habituellement muets, s'exprimant ici sans détours, bien loin du panache militaire et des opinions officielles évoquant notamment la vaillance des soldats de l'armée française. Le ton est enlevé, gouailleur. Il sert une autre vision de l'Histoire. Les soldats cherchent à comprendre la situation, à expliquer les raisons de la défaite et de leur détention. Deux causes sont invoquées: la faiblesse de l'armée française face à l'efficacité de l'armée allemande ou bien le défaut de motivation des trouffions. C'est cette vie de trouffion qui est ici rapportée, les inquiétudes des uns, les regrets des autres notamment le tiercé du dimanche ou l'éventuel raccourcissement du Tour de France causé par cette guerre... Les plaisanteries qui fusent sont des merveilles de français argotique. Des projets d'évasion franchement loufoques se profilent. Le texte montre au final les limites du patriotisme et de la désertion. Grand roman de la débâcle, écrit par les mobilisés eux-mêmes, qui se pensent victimes d'une vaste "couillonnade"...
Voici un document d'une rare précision sur la Seconde Guerre mondiale. César Fauxbras rapporte tous les menus faits de la vie quotidienne, de l'augmentation du prix du tabac ou du timbre au dernier prix Goncourt. Il parle de lui ("17 nov. [1939]. Je vais m'inscrire au chômage.") comme de l'état du monde ("26 nov. [1939]. Enfin, c'est la guerre et son cortège de misères."). Ce sont cinq années de la vie d'un homme, à la lumière des nouvelles relatées par la presse. Pour exemple: "Grande nouvelle: le gouvernement fait payer les riches! La guerre a décidément du bon." Fauxbras commente l'actualité, sans jamais se départir de l'humour: "Discours de M. Chamberlain à l Empire britannique:"Nous sommes entrés en guerre pour assurer la paix."Très bien Gribouille!" On retrouve aussi l'anthropologue, qui note scrupuleusement ce qu'il peut lire ou entendre, à la radio ou dans les cafés. Désarçonnant, il pimente aussi ses propos d'anecdotes ou de petites histoires: "Une histoire: un Allemand demande à un gosse qui lui a donné sa patinette. C'est ton père? Non. Ta mère? Non. Ton oncle? Non. Qui alors? Personne. L'aurais-tu volée? Non, puisqu'elle est rouge, si je l'avais volée elle serait peinte en gris." C est une histoire au jour le jour, où se mêlent opinions toujours instructives de l'auteur, dialogues rapportés et citations dûment commentées des journaux de l époque.
Simone Weil (1909-1943) est engagée dès 1927 dans le syndicalisme révolutionnaire. Elle rejoint le monde ouvrier en 1934-1935 pour vivre sa condition, soutient le Front populaire, participe à la guerre d?Espagne, rallie enfin la Résistance et meurt en Grande-Bretagne en laissant une masse d?écrits inédits dont sa Note sur la suppression générale des partis politiques. Pour que le peuple vive dans la justice et la vérité qui ne peuvent être qu?une, deux grandes conditions sont requises selon elle : l?absence de passion collective et la possibilité d?exprimer une pensée sur les problèmes fondamentaux de la vie publique. Or, les partis politiques comme les Églises s?opposent systématiquement à cette double exigence. Ayant un dogme, ils fonctionnent sur la base de la discipline et leur seul mobile réside dans leur propre développement. Autrement dit, ils sont " décerveleurs ", d?où l?urgence de supprimer les partis qui enferment le peuple dans le danger manichéen du pour et du contre et qui l?empêchent de penser par lui-même.
Dès 1933, Edmund Husserl, d'ascendance juive, se voit rayé de la liste officielle des professeurs d'université. Peu après sa mort, le père Van Breda, alors étudiant à Louvain, rencontre sa veuve en 1938 à Fribourg. Devant la masse de documents qu'il découvre, dont maints inédits et une bibliothèque de plus de 2700 volumes souvent annotés de la main du maître, Van Breda pressent que s'y trouvent les clefs pour retracer la genèse de la phénoménologie. Sa décision est prise : il faut créer un centre d'études dédié à cette oeuvre. Les précieuses archives doivent franchir les frontières du Reich. Van Breda entend coûte que coûte les sauver d'une destruction certaine, par les mêmes moyens dont usent les nazis dans leur entreprise de spoliation. Un périlleux périple commence dans la clandestinité.
Résumé : Nous avons perdu notre foyer, c'est-à-dire la familiarité de notre vie quotidienne. Nous avons perdu notre travail, c'est-à-dire l'assurance d'être de quelque utilité en ce monde. Nous avons perdu notre langue, c'est-à-dire le naturel de nos réactions, la simplicité de nos gestes, l'expression spontanée de nos sentiments. Hannah Arendt.