L'amour est un rêve communément désiré, une énergie aussi. Dans un temps de troublante fragilité du lien social, quand le monde vit entre l'individualisation et l'inquiétude, l'amour se trouve bouleversé, voire malmené. Hommes et femmes s'interrogent et se construisent sans repères, ayant déserté les utopies et rejoint sans plaisir un monde fragmentaire en déliaison. Pourtant, l'amour se loge parmi tous les interstices du social ; il invente et détient le pouvoir de faire vivre entre soi et ensemble. S'il s'accomplit, il ajoute au monde, s'il s'absente, il organise d'infinies séparations. Pour Sept images d'amour, six personnalités aux écritures et aux approches spécifiques ont choisi une image emblématique de ce qui leur semblait être demande d'amour. Unies par des engagements intellectuels ou artistiques dans la cité, elles entrent dans les multiples formes de bonheurs et d'espoirs tentées en amour, ainsi que dans les chemins du manque ou de la perte. Entre l'amour et la vie du monde, le lien est fort et essentiel. C'est ce que ce livre tente d'exprimer.
Résumé : Pour le peuple de Paris la rue est, au 18ème siècle, un espace privilégié. Elle investit l'espace urbain tout entier d'une sociabilité multiforme et souvent agressive, elle envahit l'espace privé, l'atelier, le logement. Dans la rue, le travail, l'amour, la discussion, l'attroupement, le spectacle, la mort même. A travers les agendas du guet, les procès-verbaux et les rapports des commissaires de police, les récits de voyageurs étrangers et ceux des observateurs parisiens, Arlette Farge restitue le monde sonore, coloré, odorant du Paris populaire. Mais la rue, sa violence anonyme, son opacité font peur aussi : on entreprendra de régler et d'ouvrir l'espace urbain pour le contrôler mieux. Viendra le temps où le peuple descendra dans la rue où il aura cessé de vivre.
Résumé : Comment vivait-on au XVIIIe siècle ? En marge de la grande histoire, ce livre vous fera découvrir la petite histoire, celle de la vie quotidienne des Parisiens. Comment se logeaient-ils, s'habillaient-ils, se nourrissaient-ils, se divertissaient-ils, loin des fastes de la vie de cour ? Et quel français, au juste, parlaient-ils ? Grâce à cette nouvelle façon d'écrire l'histoire, dans un style baigné des odeurs, des bruits et des couleurs de la vie populaire de l'époque, Arlette Farge nous replonge, comme en flash-back, dans un Paris méconnu. Ici une lavandière des bords de Seine frappe son linge avec un battoir, là un cabaretier propose une chopine de vin pour trois sols. Nous projetant dans notre réalité d'aujourd'hui, l'auteur décrit les lieux de sociabilité nés sur le pavé du XVIIIe siècle : les cafés, les restaurants ; et raconte les émotions et les concepts qui ont façonné notre monde moderne : l'intimité, la séduction, l'opinion... Ce livre est une plongée vertigineuse dans le dédale des rues de la capitale, ses lieux de vie bruyants, encombrés et envahis par les animaux, entrecoupés de majestueuses promenades : le Palais Royal, les Tuileries, les Champs-Elysées, où se croisent alors toutes les classes sociales. C'est un envers du décor, qui nous livre une vision intime et humaine du XVIIIe siècle, à l'ombre des Lumières. Arlette Farge est historienne, spécialiste du XVIIIe siècle. Habitée par la passion des archives de police, elle s'intéresse notamment aux comportements populaires, à la famille et aux relations entre les hommes et les femmes du XVIIIe siècle.
Que sait-on de la douleur au XVIIIe siècle, de la manière dont elle est ressentie, tout particulièrement dans les classes populaires si violemment agressées par leurs conditions de vie? L'histoire est silencieuse à ce sujet, pourtant les archives de police recensent de manière implacable des accidents, noyades, agressions de chaque jour... Chez les plus aisés, bien que très souvent atteints de maladie, le mépris, parfois l'indifférence, prennent le pas sur une compassion qui, par moments, s'éveille. Quel est donc ce siècle des Lumières, empli de philosophie du bonheur, du progrès et de l'idée d'égalité, si souvent aveugle et sourd aux corps souffrants des moins favorisés? Dans cet essai, l'un des plus personnels, Arlette Farge interroge cette déchirure et l'un des discours les plus tenaces sur la douleur, qui voudrait que la dureté de la vie entraîne accoutumance chez ceux qui la subissent. C'est plutôt la société, celle du XVIIIe siècle tout comme la nôtre, qui fabrique toutes sortes d'accommodements avec la violence, la misère et la mort des plus humbles.
1779. Chose peu fréquente au XVIIIe siècle un ferblantier parisien fait un procès à sa femme pour adultère. Les pièces de l'accusation dénoncent chez l'épouse des pratiques et des faits qui n'appartiennent pas à son monde. Alors qu'on est en milieu populaire, les témoignages dépeignent l'accusée comme sortie d'un tableau de Fragonard ou d'un roman libertin de Crébillon. Les forfaits et débauches dont elle est accusée ne sauraient être les siens tant ils débordent de luxe, rubans, bijoux et autres signes de richesses, apanages des seules classes supérieures. Arlette Farge se livre à une analyse passionnée et passionnante des mots transcrits dans les archives de police. Avec un vrai sens du suspense et une rigueur d'historienne, elle dévoile et éclaire des silences et des ombres du siècle des Lumières.
Brève histoire du néolibéralisme retrace un processus de redistribution des richesses, une "accumulation par dépossession". La financiarisation, l'extension de la concurrence, les privatisations et les politiques fiscales des États redirigent les richesses du bas vers le haut de la hiérarchie sociale. Les néolibéraux se moquent de l'enrichissement collectif. Ils lui préfèrent celui de quelques-uns, dont ils font partie. Plaider en faveur d'un "socialisme libéral" n'a aucun sens. Le néolibéralisme n'est pas une pensée du bien commun. Et pourtant, c'est de cette conception de l'action publique que nous sommes aujourd'hui à la fois héritiers et prisonniers. Le néolibéralisme s'est transformé en institutions. Ces dernières ont produit des dispositifs d'intervention publique, construits sur la durée, qui façonnent des manières d'agir et de penser. À commencer par cette quasi-règle de nos sociétés contemporaines, selon laquelle le marché serait le meilleur outil de satisfaction des besoins humains. Formulée de la sorte, la proposition étonne peut-être. Elle est pourtant le principal pilier de l'édifice. Celui que David Harvey nous invite, en priorité, à abattre.
La Révolution française a été taraudée par une question : comment transmettre l'événement inouï aux générations qui ne l'auront pas vécu ? Les révolutionnaires ont alors cherché à inventer des institutions civiles qui permettraient d'entretenir le souvenir, mais surtout une tenue, une manière révolutionnaire d'être au monde. Cette question, ces institutions, les lieux et les pratiques qu'elles ont fait surgir, sont autant de laboratoires sociaux sensibles pour comprendre comment l'événement depuis 1789 a été régulièrement réinvesti mais aussi dénié, renié, travesti, désinvesti, au point de devenir une sorte de "trésor perdu" pour des héritiers sans testament. La Restauration, les années 1830-1848, le Second Empire, la Commune de Paris, la Troisième République, le début du XXe siècle socialiste, les années sombres, ont métabolisé cette séquence brève dans de grandes discontinuités. Et les affrontements mortifères ont perduré de la Seconde Guerre mondiale à aujourd'hui. Loin d'une signalétique ambiguë faite de bonnets phrygiens, de bastilles à prendre et autres constituantes, ce livre invite à ne rien imiter mais aussi à ne rien négliger d'une histoire qui n'a pas été seulement libérale, d'une transmission qui n'a pas été seulement historiographique. Il invite, plus simplement, à retrouver la Révolution comme référence émancipatrice.
Ville globale, ville créative, ville multiculturelle, ville intelligente... Autant de slogans à la mode qui imposent et diffusent une vision aseptisée et consensuelle des réalités urbaines. Les villes doivent au contraire être bousculées, chahutées, contestées. C'est précisément ce que ce recueil se propose de faire en réunissant pour la première fois un ensemble d'auteurs dont la réflexion n'épargne ni les espaces urbains, ni les élites qui les façonnent et les gouvernent. Par la radicalité de leurs analyses, qui portent entre autres sur la financiarisation de la production urbaine, sur les trompe-l'oeil que représentent le développement durable, la mixité sociale ou le multiculturalisme, sur les dispositifs de surveillance et de contrôle des populations, et plus globalement sur les formes de domination qui régissent les rapports sociaux en ville, les onze textes réunis dans ce recueil parviennent à identifier, et par là à contester, les nombreuses contradictions spatiales et urbaines que le système capitaliste produit et reproduit. Ils nourrissent ainsi une géographie critique de l'urbain et, indirectement, une critique en profondeur des sociétés contemporaines.
L'objectif ici poursuivi est de reproblématiser la pensée de Spinoza en la prenant, non de front et dans son envergure manifeste, mais en quelque sorte par la bande, grâce au biais que fournit un point crucial, l'alternative entre sagesse et ignorance, où se croisent sans se confondre un certain nombre d'enjeux fondamentaux qui concernent l'ontologie, l'éthique et la politique. Cela conduit à s'intéresser à des notions comme celles de "don" et d'"ingenium", que Spinoza emploie sans les thématiser mais qui jouent un rôle non négligeable dans le déroulement de sa réflexion. Réfléchir sur l'usage de ces notions permet de projeter sur la doctrine de Spinoza une lumière transversale, qui en fait ressortir certains aspects à première vue inattendus. Sont ainsi mis en relief des enjeux de pensée et des problèmes qu'un abord plus structuré et plus englobant, unifiant et synthétique de la philosophie élaborée par Spinoza tendrait à minorer ou à rejeter, alors que, s'ils n'y détiennent effectivement qu'une position latérale, ils y font saillie, ils surprennent, ils interpellent : par là ils stimulent la réflexion, ce qui justifie qu'on s'emploie à fixer sur eux l'attention.