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Archives de sciences sociales des religions N° 154, Avril-juin 2011 : Savoirs monastiques. Erudition
Fabre Pierre-Antoine ; Lassave Pierre ; Luca Natha
EHESS
22,00 €
Épuisé
EAN :9782713223020
De nombreux monastères ont abrité ou abritent une activité intellectuelle intense : l'abbaye de Cluny, au XIe siècle, nourrissait une bibliothèque de près de six cents manuscrits ; le monastère tibétain Shéchen, aujourd'hui au Népal, est le conservatoire en exil de manuels rituels et autres transcriptions des enseignements de grands maîtres. Si les religieux qui sont les garants de ces " savoirs monastiques " sont pour certains de véritables savants, philologues et théologiens armés de compétences scripturaires et exégétiques remarquables, ils sont aussi supposés posséder (à la différence des laïcs) un petit quelque chose en plus de l'ordre de la vertu, de la pureté, de la piété, de la dévotion (bhakti), de la grâce spirituelle (baraka) ou de l'accumulation de mérites (karma) qui leur permettrait d'accéder à une autre compréhension des différents corpus qu'ils ont en garde. Pour eux, la recherche du savoir n'est pas une fin en soi ; elle n'est que partie prenante d'une quête plus large et plus essentielle. Mobilisée à des fins de prière, de découverte mystique, de performance rituelle ou d'ascèse, elle dessinerait les contours d'une géométrie savante propre aux monastères. Jointe à ce dossier thématique issu d'une recherche collective sur les liens entre érudition et ascèse, une rubrique Varia propose des recherches sur le personnage du cadi, juge musulman en Asie du Sud, les cérémonies matrimoniales en Inde, le vote protestant en France et les relations entre foi, raison et nature dans l'Eglise catholique.
Le siècle de Louis XIV, ce siècle que l'on dit grand, est souvent convoqué dans notre présent. Pourtant, au delà des emblèmes classiques du pouvoir, au delà de tous les actes d'entrée dans la modernité que l'on commémore, au premier rang desquels la naissance de l'État moderne, force est de constater que son histoire, ses référents, paraissent relever d'un temps autre. Toute résonance serait-elle désormais perdue ? Réunis autour des travaux de Daniel Vidal qui ont restitué aux développements de la mystique abstraite et de la doctrine du Pur amour au XVIIe siècle, outre la force et l'exigence conceptuelle de ces textes singuliers, leur amplitude sociale, historien (ne) s, philosophes, sociologues, mathématicien (ne) s, ont voulu engager une confrontation exigeante de ces deux présents. Ils ont affronté des lieux qui, dans l'un comme dans l'autre, sont essentiels : les opérations financières publiques et privées dans leurs interdépendances et leurs rapports à l'intérêt général: les modes d'argumentation et leurs effets dans notre vie commune: l'ordre juridique. Ils ont fait surgir de possibles correspondances, des espaces de débat, des questions partagées. Ils ont approché, loin de la créature du Roi, loin de l'Homo oeconomicus, l'irréductibilité du Sujet absolu. Dans le contexte complexe de la mondialisation libérale des échanges économiques, cette mise en regard pose le problème de la responsabilité des acteurs dans la structuration du champ de ces échanges, et plus radicalement, celui de la décision de gouvernement, gouvernement des choses, des corps et des âmes, dont le XVIIe siècle, soudain vertigineusement présent, définit le principe et les limites.
Dans la France du XVIIe siècle, des volontés de réforme radicale de la vie religieuse se sont exprimées dans de nombreux écrits. L'approche de tels écrits comme formes identitaires et terrains d'affrontements soulève aujourd'hui une série de questions. Quel rôle attribuait-on à l'époque à l'écriture pour définir la norme religieuse? Comment les dynamiques dissidentes passaient-elles par l'écriture? Des écrits peuvent-ils fonctionner comme marqueurs de radicalité? L'écriture peut-elle transformer elle-même des croyants en radicaux? À partir d'études de cas singuliers mais hautement significatifs, historiens de l'écrit comme du fait religieux, analystes littéraires et spécialistes de la théologie de l'époque moderne apportent les nuances nécessaires à la compréhension de ces "guerres de plume " dont notre présent n'est pas indemne. À ce dossier thématique se joint un petit varia qui traite successivement des apparitions de la Vierge Marie à Madagascar, de la mémoire collective comme opération théologique à partir d'une relecture de la Topographie légendaire des évangiles en Terre sainte de Maurice Halbwachs, et enfin des usages pratiques et privés du Coran dans les villes marocaines.
Ce livre propose une remontée aux sources méconnues de l'antijésuitisme, en amont de l'époque contemporaine, et principalement du XIXe siècle, où le "jésuite" a finalement représenté le comble de l'ecclésiastique dans un espace social, culturel, politique profondément clivé par l'affrontement du clergé et de l'esprit anticlérical. Il en va tout autrement de l'époque moderne, qui fournil une grande partie des motifs polémiques dont hériteront les siècles suivants, mais qui (parallèlement et dans un échange constant avec la Compagnie de Jésus elle-même, prompte dès sa naissance, au milieu du mite siècle, à instruire son procès en plaidant sa défense) présente à notre regard un paysage essentiellement différent: l'antijésuitisme s'y manifeste comme une série de synthèses souvent fragiles, mais redoutablement efficaces, entre une opposition à la "modernité", que la Compagnie, comme seul grand ordre moderne, incarne, et une opposition à la catholicité romaine, dont cette même Compagnie représente la dernière formation. L'antijésuitisme, ou les antijésuitisrnes: car c'est en traversant des textes, des situations locales et ponctuelles et des évolutions à l'échelle de deux siècles, dans l'Europe et dans le monde, que ce volume parvient à expliquer comment, à des niveaux de culture très variables, le Jésuite, et radicalement le complot jésuite, ont pu figurer un fantastique exutoire des contradictions de l'époque moderne.
Observer, participer, comprendre, décrire sont les étapes clés du travail de l'ethnographe. Elles ont donné lieu à de véritables controverses, d'autant plus intenses que s'est accru l'engagement du chercheur dans la cité. Présentant des textes récents, mais déjà classiques, L'engagement ethnographique se lit comme une anthologie de réflexions sur le travail de terrain. Enquêter, c'est s'engager dans des activités, s'impliquer dans des échanges, collecter des informations et, dans le même mouvement, transformer des savoirs et se transformer soi-même. L'expérience du terrain est ici irremplaçable: elle permet une pensée en prise sur le concret. Et contre tout dogmatisme, elle aide à trouver de nouvelles solutions à des problèmes éthiques et politiques. Du terrain aux comptes rendus de situations sociales, l'ethnographie est, plus qu'une méthode, un art de mener l'enquête. Ses pratiques ont connu de grandes transformations, à l'épreuve de la mondialisation. Elles s'enrichissent des apports de l'histoire et de l'analyse de réseaux. De territoire circonscrit, le terrain devient flux. La tâche de l'ethnographe est désormais de suivre de site en site des personnes, des capitaux, des marchandises, des techniques, des histoires, des conflits... Il se retrouve aux avant-postes de la réflexion sur la globalisation.
Georges Guille-Escuret bouscule un des tabous de la civilisation: le cannibalisme. II soumet au crible d'une analyse incisive le regard porté par les sciences sociales sur l'anthropophagie. Entre les récits d'explorateurs, les témoignages de missionnaires et les commentaires de savants, se dessine une épistémologie à double sens, portant sur la confrontation entre la culture des peuples observés et celle des observateurs. Le cannibalisme se révèle une formidable loupe pour observer les antagonismes de pensée autour du rapport nature/culture. Il permet aussi de mettre au jour la dimension historique de l'exotisme. Ce livre, tout en réinsérant le cannibalisme parmi les sujets anthropologiques, prétend combattre efficacement l'ethnocentrisme et le mépris du "sauvage" dans la "civilisation".