Le siècle de Louis XIV, ce siècle que l'on dit grand, est souvent convoqué dans notre présent. Pourtant, au delà des emblèmes classiques du pouvoir, au delà de tous les actes d'entrée dans la modernité que l'on commémore, au premier rang desquels la naissance de l'État moderne, force est de constater que son histoire, ses référents, paraissent relever d'un temps autre. Toute résonance serait-elle désormais perdue ? Réunis autour des travaux de Daniel Vidal qui ont restitué aux développements de la mystique abstraite et de la doctrine du Pur amour au XVIIe siècle, outre la force et l'exigence conceptuelle de ces textes singuliers, leur amplitude sociale, historien (ne) s, philosophes, sociologues, mathématicien (ne) s, ont voulu engager une confrontation exigeante de ces deux présents. Ils ont affronté des lieux qui, dans l'un comme dans l'autre, sont essentiels : les opérations financières publiques et privées dans leurs interdépendances et leurs rapports à l'intérêt général: les modes d'argumentation et leurs effets dans notre vie commune: l'ordre juridique. Ils ont fait surgir de possibles correspondances, des espaces de débat, des questions partagées. Ils ont approché, loin de la créature du Roi, loin de l'Homo oeconomicus, l'irréductibilité du Sujet absolu. Dans le contexte complexe de la mondialisation libérale des échanges économiques, cette mise en regard pose le problème de la responsabilité des acteurs dans la structuration du champ de ces échanges, et plus radicalement, celui de la décision de gouvernement, gouvernement des choses, des corps et des âmes, dont le XVIIe siècle, soudain vertigineusement présent, définit le principe et les limites.
Dans la France du XVIIe siècle, des volontés de réforme radicale de la vie religieuse se sont exprimées dans de nombreux écrits. L'approche de tels écrits comme formes identitaires et terrains d'affrontements soulève aujourd'hui une série de questions. Quel rôle attribuait-on à l'époque à l'écriture pour définir la norme religieuse? Comment les dynamiques dissidentes passaient-elles par l'écriture? Des écrits peuvent-ils fonctionner comme marqueurs de radicalité? L'écriture peut-elle transformer elle-même des croyants en radicaux? À partir d'études de cas singuliers mais hautement significatifs, historiens de l'écrit comme du fait religieux, analystes littéraires et spécialistes de la théologie de l'époque moderne apportent les nuances nécessaires à la compréhension de ces "guerres de plume " dont notre présent n'est pas indemne. À ce dossier thématique se joint un petit varia qui traite successivement des apparitions de la Vierge Marie à Madagascar, de la mémoire collective comme opération théologique à partir d'une relecture de la Topographie légendaire des évangiles en Terre sainte de Maurice Halbwachs, et enfin des usages pratiques et privés du Coran dans les villes marocaines.
Fabre Pierre-Antoine ; Boureau Alain ; Forthomme B
Qu'ils concernent le pur amour, le péché philosophique ou le péché contre le Saint-Esprit, la question de l'origine (et de l'originaire), la mélancolie, l'abandon du Fils, les travaux de Jacques Le Brun dont animés par un mouvement qui fait corps avec leur objet même: la pensée de l'impensable, ce qui est producteur de pensée dans le défi de l'impossible à penser, ce qui fait écrire tous ceux qui, au XVIIe siècle, tournent autour de ces imprenables, mais aussi ce qui fait écrire Jacques Le Brun lisant ces textes. Comment définir les propriétés de ces impossibles? Peut-on en esquisser un modèle général, ou sont-ils des figures irréductiblement singulières - à l'image des figures de pur amour? Si l'on peut considérer ces impossibles qui font penser comme fortement ancrés dans un champ de référence théologique, alors leur déplacement contemporain, dans la psychanalyse, par exemple, fait-il de ces objets théologiques la figure d'un impensable que serait devenue la théologie elle-même?
Fabre Pierre-Antoine ; Lassave Pierre ; Luca Natha
Le Bulletin bibliographique réunit les comptes rendus et notes critiques produits au cours de l'année écoulée. Les comptes rendus sont parallèlement disponibles en accès libre sur le site Revues.org, selon un rythme semestriel de mise en ligne, en juin et en décembre. Cette nouvelle formule associe l'électronique au papier, fidèlement à l'esprit initial du Bulletin bibliographique : se faire l'écho permanent des interrogations et des avancées de la recherche, en France et dans le monde, dans le domaine des sciences sociales des religions.
Résumé : Au Ve siècle avant notre ère, l'avènement des mages en Grèce ne se fait pas sans bruit. Présentés d'abord comme conseillers de rois, sacrificateurs et interprètes des songes, dans cet ailleurs qu'est l'empire perse, ils se retrouvent rapidement au c?ur de la cité athénienne, où ils sont accusés de charlatanerie et de tromperie. Avec eux, apparaît une notion nouvelle, qui a connu une fortune durable dans la culture occidentale : la magie. Rares sont les voix qui ont invité à questionner les évidences de ses origines. Peut-on continuer à postuler une contiguïté, sinon une coïncidence, entre la notion grecque de magie telle qu'elle apparaît à la fin du Ve siècle et la conception moderne de la magie, qui en fait une catégorie universelle, un type de mentalité ou de pensée ? Comment les Grecs ont-ils conçu cette notion nouvelle ? Quelle significations lui ont-ils attribués ? Dans une perspective d'histoire culturelle, ce livre analyse le contexte qui a favorisé l'émergence de la magie, au c?ur des débats qui animaient les cités grecques. Il montre également comment elle a été conçue dans le creuset culturel grec et explore les représentations mobilisées à cet effet. A travers cette étude, ce sont plusieurs facettes de la culture grecque qui se révèlent, des dieux qui " médusent " à l'écriture qui enchaîne, de la puissance poétique à la figure de Socrate.
La santé du prince était une importante source de préoccupation pour les sujets de l'Empire romain, qui formulaient chaque année le 3 janvier des uota (voeux) relatifs au salut de l'empereur, intrinsèquement liés à celui de l'Empire. Si jusqu'à présent ce thème a été traité par le biais des "maladies" réelles ou supposées des princes, surtout des maladies nerveuses et psychologiques des "Césars fous", des études plus récentes ont souligné le lien entre la "folie", mais aussi la bonne santé du prince, et le discours idéologique. Les auteurs se proposent, à l'occasion de ce colloque qui s'est tenu les 4-5 juin 2018 à l'Université de Lausanne, de replacer au centre de l'enquête la santé du prince sous le Haut-Empire, ainsi que son corollaire, l'hygiène de vie du prince.
Colomb Christophe ; Estorach Soledad ; Lequenne Mi
En l?an 1500, Colomb est arrêté avec ses frères à San Domingo et ramené en Espagne enchaîné. Les Rois catholiques lui interdisent de retourner dans "ses" Indes. Condamné à l?inactivité, il relit la Bible et accumule les citations bibliques : c?est LE livre où tout est vrai, où l?invraisemblable et l?incompréhensible ne font qu?appeler à un sens symbolique. C?est le livre dicté par Dieu même où passé, présent et futur sont écrits. « Sans lecture attentive de ce Livre des prophéties, il est impossible de comprendre la pensée de Colomb, son système du monde, sa ?philosophie de l?histoire?, et donc son ?uvre de découvreur? »Michel Lequenne a bouleversé les études colombiennes, bousculé les mythes noirs et roses, dissipé les pseudo-mystères, montré la cohérence du projet de Colomb et la logique de son utopie.?Biographe du découvreur, il est, avec Soledad Estorach (1915-1993), le traducteur de son ?uvre, désormais complète avec ce volume.4e de couverture : En l?an 1500, Colomb est arrêté avec ses frères à San Domingo et ramené en Espagne enchaîné. Les Rois catholiques lui interdisent de retourner dans "ses" Indes. Condamné à l?inactivité, il relit la Bible et accumule les citations bibliques : c?est LE livre où tout est vrai, où l?invraisemblable et l?incompréhensible ne font qu?appeler à un sens symbolique. C?est le livre dicté par Dieu même où passé, présent et futur sont écrits. « Sans lecture attentive de ce Livre des prophéties, il est impossible de comprendre la pensée de Colomb, son système du monde, sa ?philosophie de l?histoire?, et donc son ?uvre de découvreur? »Michel Lequenne a bouleversé les études colombiennes, bousculé les mythes noirs et roses, dissipé les pseudo-mystères, montré la cohérence du projet de Colomb et la logique de son utopie.?Biographe du découvreur, il est, avec Soledad Estorach (1915-1993), le traducteur de son ?uvre, désormais complète avec ce volume.