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AVICENNE ET LA GAUCHE ARISTOTELICIENNE
ERNST BLOCH
PREMIERES PIERR
16,40 €
Épuisé
EAN :9782913534087
Grand penseur de l'utopie, Ernst Bloch (1885-1977) a aussi élaboré une philosophie spéculative de la nature et un concept de matière auxquels on n'a que rarement prêté attention. Pourtant, chez l'auteur du Principe Espérance, utopie et matière renvoient l'une à l'autre, ce qu'annonçait déjà la célèbre sentence de Marx: "La société [à venir] est l'achèvement de l'unité essentielle de l'homme avec la nature, la vraie résurrection de la nature, le naturalisme accompli de l'homme et l'humanisme accompli de la nature." Pour fonder ces connexions, Bloch a approfondi la catégorie de la possibilité et en a énoncé l'enjeu: la transformation du monde. Mais d'où la possibilité surgit-elle? Partant de l'assimilation par Aristote de la possibilité avec la matière, Bloch a voulu établir la généalogie de sa propre réponse, en repérant les métamorphoses successives des relations forme matière opérées par ceux qu'il nomme les aristotéliciens de gauche ou matérialistes panthéistes, et dont les grandes figures seront Avicenne, Averroès, Avicébron, Giordano Bruno, et Goethe. Au terme du processus s'esquisse le concept blochien de matière féconde, aussi éloignée de celle des théologiens, qui tient son principe d'un sujet transcendant, que de celle, dépourvue de vie ou de "raisons de déterminations purement internes" (Kant), des mécanistes. La publication en 1952 d'Avicenne et la gauche aristotélicienne dont nous donnons la première traduction en français eut très vite un fort retentissement: enthousiasme des tenants des Lumières arabes, critiques parfois virulentes de certains historiens de la philosophie, embarras jusque parmi les "blochiens" face à un "morceau de bravoure" au statut théorique complexe.
Ernst Bloch a publié deux éditions consécutives de L'Esprit de l'Utopie, en 1918 puis en 1923. Entre-temps, il s'est rapproché du socialisme avec une monographie sur Thomas Münzer. Avec ses traits millénaristes et hérétiques, la Guerre des paysans d'Allemagne a pris désormais l'importance d'un modèle historique décisif. Entre ces deux éditions, le livre subit quelques changements, dont la suppression d'un chapitre: "Symbole: les Juifs", rédigé bien antérieurement, en 1912, lorsque, dans un contexte d'intenses échanges avec Georg Lukacs, les deux amis font l'expérience du renouveau du judaïsme. Commençant par la proclamation éclatante: "S'éveille enfin la fierté d'être juif...", cet écrit du jeune Bloch offre une interprétation messianique et néo-marcionite de la "question juive", très éloignée de celle de Marx en 1843. Dans son essai introductif, Raphaël Lellouche retrace l'histoire de ce chapitre "oublié", et montre combien non seulement il renouvelle notre compréhension du jeune Bloch et de la genèse de sa philosophie de l'utopie, mais révèle aussi l'actualité de sa "gnose révolutionnaire".
Théoricien de l'utopie concrète et du prophétisme révolutionnaire, Bloch s'est aussi proclamé marxiste. Mais l'est-il encore vraiment? Certes, il prend au pied de la lettre consigne de Marx pour qui la philosophie ne doit pas seulement interpréter mais aussi changer le monde. Toutefois l'enjeu profond de son ?uvre est son opposition au matérialisme vulgaire, au marxisme mécaniste et à l'impuissance politique qui en découle. Bloch se propose de réhabiliter l'imaginaire et le sentiment dont il souligne l'effet dynamisant. C'est l'oubli de l'idéal socialiste qui a mué celui-ci en son contraire: le totalitarisme. Quelle que soit la classe à laquelle il appartient, l'individu acquiert une fonction primordiale en tant que contradiction humaine purement et simplement: celle figurée par Prométhée, l'homme qui se crée soi-même, par Job, l'instigateur de la révolte contre toute forme de despotisme, par Moïse, "l'inventeur de la catégorie de l'Exode", par le Christ qui prêche l'Apocalypse et veut "faire toute chose nouvelle", par Faust enfin à qui il importe fondamentalement d'extraire la quintessence (l'or) de ce qui se trouve dispersé et dégradé sous tant de formes (le plomb) dans le monde. Ce tome 3, consacré à l'"Identité", sanctionne l'inadéquation de la raison technique en situant sa vérité plus loin et plus haut: vers ce qui se nommait jadis Royaume de Dieu ou Souverain Bien. Pour Bloch, ce chrétien athée, le facteur humain subversif, à la recherche de son soi et de son Chez-soi (Heimat), transcendera donc mais sans plus aucune transcendance. C'est d'une part le franchissement de frontières sous toutes ses formes, et de l'autre l'échec par excellence, la mort, cet "ultime fiasco", que Bloch analyse dans cet cinquième et dernière partie où il passe en revue: les différents paradigmes, souvent contradictoires, de l'existence de bon aloi - les prototypes du franchissement de frontières abstrait ou au contraire médiatisé - la musique, le plus utopique de tous les arts, ce "partout et nulle part" où l'homme pressent la révélation de son incognito - la mort enfin, la riposte la plus dure qui soit à l'utopie; Bloch s'interroge ici sur les rêves de l'Espérance en une victoire sur la mort, qui se déploient dans l'art et surtout dans la religion. Le dernier chapitre réaffirme que le dépassement de l'inadéquation et la quête "Foyer" (Heimat), ce lieu de l'identité avec soi-même et avec les choses, sont aussi tâche politique
Long entretien inédit en français avec l'auteur du Principe Espérance, l'un des grands livres de pensée du XXe siècle, réalisé en 1974, soit trois ans avant sa mort. Où Ernst Bloch revient dans le détail sur son itinéraire intellectuel et politique. Sur son enfance, passée dans un milieu familial modeste, acculturé ; sur la formation de sa pensée, ensuite : Schopenhauer, pour commencer, puis Schelling, et, simultanément, Luxemburg, Marx et Engels (premières lectures politiques) ; Hegel enfin. Bloch évoque ensuite ceux grâce auxquels cette formation s'est affinée : Simmel, puis Lukacs avec qui il se lia d'amitié. Amitié qu'il eut aussi, après 1918 et son premier livre, L'Esprit de l'utopie, pour Benjamin, Kracauer, Adorno, Klemperer, Weill et Brecht, dont il fait autant de portraits vivants et beaux. Les rapports du communisme au nazisme y sont longuement évoqués, qui occupèrent une place importante dans sa vie politique, et les concepts de ses livres principaux clairement explicités : d'Héritage de ce temps à l'oeuvre maîtresse, Le Principe Espérance. La biographie, dans cet entretien, n'est jamais distincte de l'analyse ; elles s'entremêlent. Rêve diurne, station debout et utopie concrète constitue en quelque sorte une autobiographie intellectuelle, vivante, passionnante.
Ce livre est un cri de guerre contre toutes les formes contemporaines d'oppression. Dans le sillage des Lumières, Bloch écrit un « traité de droit » d'une espèce particulière. Le destinataire? Ni les juristes qui travaillent au service des puissants, ni ceux qui utilisent le droit comme un gagne-pain, mais les humiliés et les offensés. À l'heure où s'effectue un retour du droit voisin de l'idéologie, Droit naturel et dignité humaine jette un pont entre les utopies sociales, projet de bonheur, et le droit naturel, projet de dignité. Vers l'émancipation intégrale.
Qu'est-ce qui fait la beauté d'un arbre? Quels aspects d'une forêt nous donnent le plus de plaisir? Voilà le sujet du Paysage de la forêt, paru en 1791 et dont aucun chapitre n'avait encore été traduit en français. Son auteur, l'Anglais William Gilpin (1724-1804), était à la fois peintre, voyageur et théoricien de l'esthétique. Surtout, il fut l'un des premiers Européens à reconnaître aux formes irrégulières et noueuses de la nature, tout comme aux paysages accidentés, une beauté particulière, en rupture avec les conceptions classiques: la beauté pittoresque. Il se démarquait ainsi d'un certain rationalisme conquérant, dont le jardin à la française, obsédé d'ordre géométrique, avait été l'expression achevée. Par la suite, après de longues pérégrinations l'ayant mené des parcs des grandes demeures aux plus sombres profondeurs forestières, Gilpin entreprit d'exposer ce qui fait la "beauté pittoresque" des différentes espèces d'arbres et des divers types d'espaces boisés. Il en est résulté un livre inclassable qui parle tant au planteur qu'au jardinier, au peintre qu'à l'érudit - et peut-être d'abord à tout promeneur aux sens éveillés. Et encore à celui qui recherche dans la nature comme la promesse d'un monde libéré des diktats de l'économie. Car tel est bien l'arrière-plan des préférences esthétiques de Gilpin: le rejet de la loi de l'utilité, du calcul et du profit.
Résumé : Voici le dernier texte achevé par Adalbert Stifter (1805-1868, peu de temps avant sa fin tragique : un récit autobiographique. C'est d'abord, déroulée en quelques-unes de ses plus belles pages, l'envoûtante description d'un coin de montagne, perdu dans la forêt de Bavière, que le poète avait découvert dans sa jeunesse, et dont il avait fait son refuge. A l'automne 1866, il y est de retour - mais, il l'ignore encore, pour la dernière fois. Car quelque chose va se produire, le destin et la nature vont unir leurs forces, et pétri d'angoisse, Stifter devra fuir, quitter le refuge devenu intenable, traverser sous les bourrasques de neige des solitudes désormais glacées. Constamment réédité dans sa langue, ce grand morceau d'écriture stiftérienne, qu'il faut lire lentement comme le recommandait l'auteur, n'avait jamais été traduit en français.
Tout comme les escargots et les coquillages, l'être humain sécrète son logement", note John Burroughs (1837 - 1921) dans Construire sa maison. Des maisons, l'écrivain naturaliste américain en dessina, construisit et restaura plusieurs au cours de sa longue existence. Chacune témoigne du même parti pris : bannir toute affectation, tout geste architectural, toute rupture prométhéenne, au profit d'une beauté que Burroughs appelle "négative", mieux accordée, selon lui, à l'existence intime. En 1876, il tire de son expérience un petit essai qui soulève, comme en passant, des questions vitales quant au rapport des hommes à leur espace commun. Bien que Burroughs ne le formule jamais explicitement, la maison y apparaît non seulement liée à l'existence et à la dignité humaines, mais plus précisément comme une émanation de l'essence de l'homme s'accomplissant par son alliance avec la matière. D'où une insistance sur le savoir-faire dans Construire sa maison. On y lira donc de savoureuses recommandations pour "la quête passionnée des pierres", la façon de choisir les arbres et d'en employer le bois, etc.
Julien Duchêne aurait pu devenir, à la Sorbonne ou au Collège de France, le professeur à la mode, le Bergson de demain. Mais comment occuper une chaire quand on sait qu' " enseignée officiellement, la vérité devient mensonge " ? Renonçant bientôt à ses fonctions, mais aussi à son toit, au mariage, à l'argent, et jusqu'à ses vêtements, le professeur Duchêne devient le père Diogène. Muni du bâton, des sandales et de la besace caractéristiques, il tente de vivre, à la veille de la Grande Guerre, selon les préceptes des philosophes cyniques de l'Antiquité. On devine que la tentative - scandaleuse et jalonnée de scandales - ne va ni sans mésaventures ni sans amusants enseignements critiques.Au fil de situations comiques et graves, Le Père Diogène, jamais réédité depuis 1920, dévoile son véritable enjeu : la sagesse recherchée à partir du cynisme et du stoïcisme a pour monde une communauté universelle sans classes et sans État.Injustement oublié, Han Ryner (1861-1938) est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages. Son oeuvre théorique et romanesque est élaborée à partir de la philosophie grecque, selon une approche qui creuse l'écart entre, d'un côté, une visée d'harmonie et, de l'autre, les multiples variantes justi?catrices de ce qu'il appelle le " dominisme " et le " servilisme ".