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La cuisine de Marguerite
Duras Marguerite
BENOIT JACOB
9,00 €
Épuisé
EAN :9782913645103
Présentation de l'éditeur "Vous voulez savoir pourquoi je fais la cuisine ? Parce que jaime beaucoup ça Cest lendroit le plus antinomique de lécrit et pourtant on est dans la même solitude, quand on fait la cuisine, la même inventivité On est un auteur ". Cuisiner, rédiger ses recettes, Marguerite Duras songea un moment à en publier quelques-unes dans La Vie Matérielle, mais le projet fut abandonné. Ce livre na pas dautre prétention que de rendre un hommage intime à Marguerite Duras pour cette activité quotidienne quelle nhésitait pas à tenir pour aussi créatrice que lécriture et dont nombre de ses amis se souviennent. Edgar Morin : "Rue Saint Benoît, Marguerite était la reine des abeilles qui faisait la cuisine, torréfiait le café sur sa poêle . Pendant la guerre elle recevait des sacs de riz de sa mère en provenance dIndochine et nous préparait des plats vietnamiens. Elle invitait à déjeuner ou à dîner écrivains célèbres ou inconnus Elle régentait tout, et de plus trouvait le temps décrire " in Les Cahiers de lHerne, 2005. Les textes rassemblés dans ce livre en dehors des recettes inédites proviennent des entretiens du "Bon plaisir de Marguerite Duras" sur France Culture en 1984. De textes issus de Outside en 1981, de La Vie Matérielle en 1987 et de récits chez Gallimard en 1954.
C'est l'histoire d'un amour, le plus grand et le plus terrifiant qu'il m'a été donné d'écrire. Je le sais. On le sait pour soi. Il s'agit d'un amour qui n'est pas nommé dans les romans et qui n'est pas nommé non plus par ceux qui le vivent. D'un sentiment qui en quelque sorte n'aurait pas encore son vocabulaire, ses moeurs, ses rites. Il s'agit d'un amour perdu. Perdu comme perdition. Lisez le livre. Dans tous les cas même dans celui d'une détestation de principe, lisez-le. Nous n'avons plus rien à perdre ni moi de vous, ni vous de moi. Lisez tout. Lisez toutes les distances que je vous indique, celles des couloirs scéniques qui entourent l'histoire et la calment et vous en libèrent le temps de les parcourir. Continuez à lire et tout à coup l'histoire elle-même vous l'aurez traversée, ses rires, son agonie, ses déserts.
Il faut toujours une séparation d'avec les autres gens autour de la personne qui écrit les livres. C'est une solitude essentielle. C'est la solitude de l'auteur, celle de l'écrit. Pour débuter la chose, on se demande ce que c'était ce silence autour de soi. Et pratiquement à chaque pas que l'on fait dans une maison et à toutes les heures de la journée, dans toutes les lumières, qu'elles soient du dehors ou des lampes allumées dans le jour. Cette solitude réelle du corps devient celle, inviolable, de l'écrit. Je ne parlais de ça à personne. Dans cette période-là de ma première solitude j'avais déjà découvert que c'était écrire qu'il fallait que je fasse. J'en avais déjà été confirmée par Raymond Queneau. Le seul jugement de Raymond Queneau. Cette phrase : ?Ne faites rien d'autre dans la vie que ça, écrire.? Écrire, c'était la seule chose qui peuplait ma vie et qui l'enchantait. Je l'ai fait. L'écriture ne m'a jamais quittée."Notes Biographiques : Née en 1914 près de Saigon (Cochinchine), d'une mère institutrice et d'un père professeur de mathématiques, Marguerite Donnadieu se fixe définitivement en France en 1932. Elle se marie avec Robert Antelme en 1939 et publie son premier roman (Les impudents), sous le pseudonyme de Marguerite Duras, en 1943. Résistante pendant la guerre, communiste jusqu'en 1950, ayant activement participé à Mai 68, Marguerite Duras a développé une écriture protéiforme considérable (cinéma, théâtre, articles de presse, romans et récits). Elle est décédée le 3 mars 1996 à Paris.
Elle ouvre les yeux. Elle le voit, elle le regarde. Il se rapproche d'elle. Il s'arrête. Il demande : - Qu'est-ce que vous faites-là... il va faire nuit. Elle dit qu'elle regarde : - Je regarde. Elle montre devant elle la mer, la plage, la ville blanche derrière la plage, et l'homme, qui marche le long de la mer. Elle dit : - Ici c'est S. Thala jusqu'à la rivière. Et après la rivière c'est encore S. Thala."
C'est l'histoire d'un amour, vécu aux Indes, dans les années 30, dans une ville surpeuplée des bords du Gange. Deux jours de cette histoire sont ici évoqués. La saison est celle de la mousson d'été. Quatre voix sans visage parlent de cette histoire. L'histoire de cet amour, les voix l'ont sue, ou lue, il y a longtemps. Certaines s'en souviennent mieux que d'autres. Mais aucune ne s'en souvient tout à fait et aucune, non plus, ne l'a tout à fait oubliée. L'histoire évoquée est une histoire d'amour immobilisée dans la culminance de la passion. Autour d'elle, une autre histoire, celle de l'horreur, famine et lèpre mêlées dans l'humidité pestilentielle de la mousson.
Résumé : Tu te souviens du visage de Delphine, les yeux clairs, elle regarde une couleur, elle dit le nom d'une couleur : violette. C'est la lumière du Delta... Tu vois, pour moi, c'est le cinéma, ça. Tu montres un visage très rose, beau, les yeux clairs, clairs, clairs, presque blancs, nacrés, tu vois, et tu dis qu'elle regarde une couleur violette. Alors le mot " violet " envahit tout. Et c'est la couleur du plan. La couleur du plan, c'est la couleur du mot.
Résumé : " En langage courant, l'amour est une utopie. Tout comme l'homme est une utopie. Justement parce qu'il est l'espace privilégié où il se dépense peut-être le plus d'efforts pour tenir en respect l'inhumanité qui est en l'homme, l'amour, plus que les guerres ou toutes les luttes de prestige possibles, met en évidence la part que l'on dirait irréductible, non réduite en tout cas, de cette inhumanité. Mais contre tous les humanismes qui font comme si l'on savait déjà ce que c'est, l'homme lui-même, répétons-le, est une utopie. Nous sortons à peine des cavernes. Le processus d'hominisation est en cours. L'amour suit ce cours. Dans quelque temps, l'homme sera probablement capable d'aimer dans la certitude d'aimer. "
Nous ne savons ce qu'est l'homme. Mais nous savons ce qu'il ne doit pas être, ce que nous ne pouvons plus admettre qu'il soit. Nous ne savons de même ce qu'est le monde; mais nous savons que nous ne pouvons plus admettre aucun des sens dont on a tenté de le charger. Nous n'apercevons aucune issue à notre vie dans ce monde. Comprendre serait l'issue: comprendre est comprendre qu'il n'y a pas d'issue, et comprendre est la seule issue. - Dionys MascoloL'homme de la croyance, le « croyant » de toute sorte, est nécessairement un homme dépendant, un homme incapable de se prendre lui-même pour fin, de se fixer spontanément quelque fin que ce soit, Le « croyant » ne s'appartient pas, il ne peut être qu'un moyen, il lui faut être utilisé, il a besoin de quelqu'un qui l'utilise. Son instinct fait le plus grand honneur à une morale de l'aliénation de soi: tout la lui persuade, sa prudence, son expérience, sa vanité. Toute espèce de foi est elle-même l'expression d'un renoncement à soi, d'une aliénation de soi... - Frédéric Nietzsche