Pièce de théâtre sans doute écrite à la fin des années 1940 ou au début des années 1950, oeuvre de jeunesse donc, elle ne peut manquer de surprendre déjà ceux qui connaissent Gilbert Durand en tant que philosophe et anthropologue. Sans doute, il est vrai, une autre oeuvre théâtrale, L'oeuf de Pâques, aura déjà pu attirer leur attention sur cet aspect méconnu de son activité intellectuelle et littéraire. Mais elle est peut-être plus surprenante encore, dans la mesure où l'on y retrouve bien des thèmes qui seront développés plus tard dans ses livres qui ont fondé les études sur l'imaginaire et les mythes. Dans cette pièce de théâtre qui se veut légère, six personnages sont réunis autour des plaisirs liés à chaque âge de la vie et surtout autour de celui de l'amour qui les transcende tous, comme un septième personnage, très allégorique. Or, le principal souci de la plupart des personnages dans la recherche de l'amour est avant tout celui de la séduction, qui s'achève là où l'amour commence. Ce sont plusieurs des schèmes de la séduction et autant de codes sur lesquels elle repose qui sont ici décrits. Il y a plus encore toutefois. C'est aussi le fondement sur lequel Gilbert Durand construira sa théorie qui est déjà esquissé ici, en l'occurrence l'hypothèse que le projet imaginaire, la création d'images que toute activité humaine, directement ou indirectement, suscite, n'est jamais que la compensation apportée à l'angoisse de l'homme devant la mort. On le voit, cette pièce de théâtre, au travers, ou au-delà, du marivaudage dans lequel elle s'est placée, livrait déjà en creux bien des aspects de ce que sera la réflexion de l'anthropologue et ouvrait bien des pistes pour une recherche qui n'attendait plus qu'il lui fournisse des méthodes. Et, en attendant qu'elle puisse trouver une adaptation sur la scène théâtrale ou lyrique, sa lecture ne peut que constituer une merveilleuse introduction, ludique tout autant que didactique, aux études sur l'imaginaire.
« La conscience dispose de différents degrés de l'image - selon que cette dernière est une copie fidèle de la sensation ou simplement signale la chose - dont les deux extrêmes seraient constitués par l'adéquation totale, la présence perceptive, ou l'inadéquation la plus poussée, c'est-à-dire un signe éternellement veuf du signifié, et nous verrons que ce signe lointain n'est autre que le symbole. »Véritable initiation philosophique, cet ouvrage explore le « fait » symbolique à travers une étude de la place du symbole dans la pensée occidentale et du conflit de la Raison et de l'Image. En envisageant une science et une sagesse nouvelles, il étudie les fonctions philosophiques du symbolisme.Table des matières : Avant-propos - Introduction : Le vocabulaire du symbolismeI - La victoire des iconoclastes ou l'envers des positivismesII - Les herméneutiques réductivesIII - Les herméneutiques instaurativesIV - Les niveaux du sens et la convergence des herméneutiquesV - Conclusion : Les fonctions de l'imagination symboliqueBibliographie
Extravagance méthodique" disait Joseph de Maistre de sa démarche. Ajoutons tout un cortège de paradoxes : grand écrivain français ennemi de la France, patriote savoisin mais très hostile au nationalisme, haut dignitaire franc-maçon mais papiste convaincu, déclarant "divines" les guerres mais pacifiste acharné... Bien stimulante la lecture de ce fidèle élève des Jésuites non moins fidèle à l'acacia !
Résumé : De tous les livres de Gilbert Durand (1921-2012), La Foi du cordonnier est à coup sûr le plus révélateur de l'humanité profonde de son auteur. Le ton en est alerte, enjoué presque à l'évocation de l'échoppe du cordonnier "pleine d'odeurs fauves, des crus divers de muscs, de tannins de tous les cuirs imaginables", dont le mystère enchanta son âme d'enfant. Quoi de plus simple pourtant que ce geste millénaire grâce à quoi les hommes, marchant entre ciel et terre, ont cessé d'être des va-nu-pieds ? Un geste dont Gilbert Durand explicite ici le symbolisme - "unir la rudesse, la solidité de la terre et la voûte légère du ciel" - qu'il découvre commun à toute une famille d'esprits : hermétistes et alchimistes, astrologues et autres "magiciens", point si éloignés qu'on pourrait se l'imaginer de la ferveur chrétienne populaire demeurée attentive aux grands cycles cosmiques et au rythme des saisons ponctuant durant des siècles "les travaux et les jours de la chrétienté occidentale". Sous son aspect débonnaire, La Foi du cordonnier est un manifeste en faveur d'une gnose réconciliatrice et rien moins que dualiste, répondant au besoin de signification et d'orientation de l'homme d'aujourd'hui. Pourfendant comme à son habitude l'iconoclasme occidental, responsable de la scission entre le réel et l'imaginaire, les forces de la nature et les préceptes de la foi, Gilbert Durand ouvre la voie à une Science de l'Homme qui, sans rien renier des traditions culturelles et de leur riche héritage symbolique, entrerait en dialogue avec les sciences les plus avancées de notre temps. C'est en anthropologue inspiré, en poète parfois, qu'il s'emploie à "glaner" dans chacun des chapitres de ce livre les traces de ces traditions savantes ou populaires, et de ce christianisme primitif solidement enraciné dans l'imaginaire occidental et européen.
Dans notre société, nous sommes placés entre deux injonctions : d'un côté, nous apprenons que nous devons aimer l'autre sans discuter et, d'un autre côté, il est fait l'éloge d'une certaine culture de soi. Or, faire de l'amour de l'autre un impératif qui vient de l'extérieur, un devoir coupé de notre désir intime, est justement ce qui provoque une distance par rapport à nous-même et nous éloigne d'un véritable amour de soi. Et la difficulté, c'est aussi que l'amour de soi se constitue toujours en relation avec l'autre... Autrement dit, l'amour de soi n'est pas compatible avec un nombrilisme qui rejette l'autre ou s'en écarte, mais il éclot toujours à travers l'autre. Apprendre à s'aimer soi-même implique donc un certain travail sur notre relation à nous-même et à l'autre. Dans ce livre, le psychothérapeute Pascal Dion nous accompagne sur ce chemin vers l'amour de soi et nous invite à interroger de nombreuses dimensions de notre existence : notre passé, la façon dont nous vivons les valeurs auxquelles nous tenons, notre enfant et nos parents intérieurs, notre peur de ne pas être aimé, notre dépendance, notre difficulté à nous affirmer... Ses paroles représentent une aide précieuse pour comprendre comment tous ces aspects peuvent être éclairés, accueillis, parfois dépassés, souvent réconciliés, jusqu'à ce que nous puissions vivre paisiblement en amour avec nous-même.Notes Biographiques : Psychanalyste de formation, Pascal Dion exerce en tant que psychothérapeute à Toulouse depuis 2008. Il est le cofondateur de l'Institut de Formation et de Recherche en Hypnose Thérapeutique.
L'Algérie étouffe. Toutes ses frontières sont sous pression. Le pays donne l'impression d'être encerclé, tant son environnement régional est incertain. A l'Est, la Tunisie n'arrive pas à retrouver sa stabilité, alors que la Libye peine à se débarrasser des milices nées dans la contestation du régime de Mouammar Kadhafi. A l'Ouest, la frontière avec le Maroc et le Sahara occidental est fermée. Au Sud, le pays doit gérer 3500 kilomètres de frontières avec la Mauritanie, le Mali, le Niger et la Libye. La crise malienne, qui a pris une dimension internationale, a augmenté d'un cran la tension côté sud, complétant un tableau redouté par les autorités algériennes. La région a en effet fini par attirer ce que le pays craint par-dessus tout : la présence simultanée de groupes jihadistes et de forces militaires des grandes puissances... Dans ce livre, Denis Bouclon expose, analyse et décrypte de façon magistrale une situation aussi délicate que confuse.
Dans cet ouvrage ambitieux, Jean-Claude Serge Lévy revisite les étapes de l'aventure humaine à partir d'une méthodologie innovante, qui consiste en une patiente reconstruction de la mémoire par "arborescence" . S'appuyant sur le constat d'une succession historique de quatre modes de vie bien distincts - "chasse-cueillette" , "culture-élevage" , "ère industrielle" et "ère de la conception" et de leurs lentes transitions, il révèle et explore ici les empreintes que ces époques ont respectivement laissées en nous à la façon de conditionnements, à la fois dans les modes de pensée du moment et dans notre mode de pensée actuel, et donc également dans nos fonctionnements pratiques. Ainsi fait-il renaître les éléments trop souvent sous-estimés sinon oubliés qui sont pourtant toujours vivants dans notre mémoire collective. Par là, il nous invite à redécouvrir sous un jour nouveau l'influence des changements sociétaux sur notre pensée à travers de passionnantes analyses des systèmes idéologiques, politiques et religieux, des expressions artistiques - théâtre, littérature, cinéma, musique -, sans oublier l'évolution des sciences et des techniques, le sport, le travail, le jeu et les loisirs...
Sur nos petits écrans de manière quasi continue depuis sa première diffusion, la série télévisée Columbo traverse les âges. Pourtant, le goût du public et l'air du temps auraient pu la faire disparaître des grilles de programmes depuis longtemps... C'est qu'au-delà de la particularité des enquêtes policières (les meurtriers sont identifiés dès les premières minutes par les téléspectateurs), il est possible de percevoir des thématiques intemporelles dans le parcours de l'enquêteur mal fagoté ; que ce soit l'aspiration à une " justice pour tous " ou la remise en cause des acquis des classes supérieures, des sujets abrasifs que l'on ne s'attend pas forcément à retrouver dans un programme grand public... Un ouvrage critique documenté et enthousiaste qui balaye l'univers du célèbre lieutenant Columbo et qui dépasse certaines analyses devenues lieux communs.