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AMOURS ET MERVEILLE. LES LAIS DE MARIE DE FRANCE
DUFOURNET JEAN
CHAMPION
18,00 €
Épuisé
EAN :9782745327819
L'art de Marie de France, essentiellement poétique, est tout en demi-teintes. Pour suggérer une extrême souffrance morale, elle peint un évanouissement ; pour faire entrevoir que le monde ne se limite pas aux choses de la vie quotidienne, elle introduit de loin en loin dans ses récits un personnage surnaturel. Mais elle sait doser les effets de surprise, usant de retenue dans le recours au mystère, l'emploi du pathétique et les effusions du coeur. Si, pour Marie de France, faire bref, c'est dramatiser et signifier, la brièveté a un sens : esthétique, elle est aussi éthique. De récit en récit, narrateur et lecteur sont contraints, par la loi rigoureuse de la brièveté, à partir d'une histoire à chaque fois nouvelle, à un face à face avec le réel de l'existence et à une reprise constante des interrogations auxquelles chaque lai apporte sa réponse, toujours ouverte, à la question fondamentale du recueil, qui est celle du bonheur. Cette quête s'enracine dans la tension entre deux mondes, entre l'ombre et la lumière, entre les figures malheureuses de l'homme-loup et du chevalier-oiseau et les figures lumineuses de Frêne, de Guildehuec et de Guilliadon, entre une forme de déterminisme aveugle qui vous rive à vous-même et une forme supérieure de liberté qui s'origine dans le don à l'Autre. Les pouvoirs en place y sont confrontés aux contre-pouvoirs que l'imagination leur oppose. Quand les pouvoirs sociaux l'emportent, l'imaginaire offre un refuge aux valeurs individuelles ; quand triomphent les valeurs individuelles, le triomphe est imaginaire.
La pensée de Commynes, qui a inventé le genre des mémoires d'histoire, s'est formée au contact de Louis XI et des ambassadeurs italiens, sans qu'on doive négliger l'influence des chroniques de Chastelain et de Molinet. Mais le fait de s'adresser, par-delà Angelo Cato, aux princes et à leurs conseillers, le souci de rendre intelligible la réalité et de procurer des règles de conduites efficaces, le désir de comprendre et de composer un récit au plus près de la vérité, ont conduit Commynes à faire œuvre de moraliste à la manière de Montaigne qui lui doit sans doute plus qu'il ne le dit expressément. Il nous livre une vision du monde sans complaisance et une analyse lucide de l'humanité qui vit dans une instabilité quasi constante, emportée par les puissances trompeuses que sont l'imagination et la volonté, qui désigne dans les Mémoires toutes sortes de comportements irrationnels. Les hommes, occupés à des marchandages suspects, sont menés par la déloyauté, l'impatience, l'orgueil et la cupidité, en sorte que Dieu intervient pour les châtier, souvent par une mort affreuse. Si le portrait de Louis XI signale les qualités qui font un grand roi, les Mémoires sont une véritable démythification des princes qui sont " hommes comme nous ", et de la guerre où le hasard règne en maître. Commynes, avant Machiavel et Guichardin, a écrit pour les gouvernants une sorte de bréviaire qui privilégie l'action diplomatique.
Avec le Jeu de la Feuillée, Adam de la Halle invente le théâtre de la lucidité qui refuse les prestiges de la littérature courtoise, les mythes et les idéaux du passé. D'une exceptionnelle richesse, c'est une expérience de théâtre total, greffé sur la fête populaire, se déployant dans la rue sans qu'il y ait de scène ni de salle. Dans ce psychodrame qui est la matrice du thé âtre comique médiéval, les personnages et l'auteur lui-même jouent des scènes de leur vie quotidienne, cherchant à exorciser les fantasmes d'une société qui s'interroge sur elle-même. Par-delà le côté anecdotique qui existe, il faut y déceler le jeu dramatique du poète dans la ville dont il se sent prisonnier plutôt que le drame d'un poète nommé Adam de la Halle qui règlerait ses comptes avec les siens et les milieux politiques et poétiques d'Arras qu'il juge responsables de sa déchéance.