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Savoir et engagement. Ecrits normaliens sur l'affaire Dreyfus
Duclert Vincent ; Canto-Sperber Monique ; Jeannene
ULM
10,20 €
Épuisé
EAN :9782728803811
Le capitaine Alfred Dreyfus fut réhabilité le 12 juillet 1906 par un arrêt de la Cour de cassation. Cet acte solennel et officiel détruisait l'accusation de " haute trahison ", attestée par deux conseils de guerre, du brillant officier juif, intellectuel et moderniste, dont il proclamait la pleine et entière innocence. Tout au long d'un combat de plus de douze ans, combat finalement victorieux contre le nationalisme, l'antisémitisme et la raison d'État, où le régime républicain et la société française durent admettre la primauté des valeurs de justice et de vérité, l'Ecole normale supérieure joua un rôle décisif qui marqua profondément l'institution, ses élèves, ses enseignants et, au-delà, l'ensemble du monde intellectuel et scientifique. Parmi ces normaliens, dreyfusards de la première heure - Lucien Lévy-Bruhl, Salomon Reinach, Alexandre Bertrand, Paul Appell -, il faut rappeler avec force le rôle de Lucien Herr, socialiste, germaniste et philosophe, directeur de la Bibliothèque des lettres de la rue d'Ulm. Sa conviction précoce puis son engagement total furent déterminants, à la fois pour lancer le mouvement dreyfusard à partir de janvier 1898 et pour mobiliser toute la communauté normalienne. Cette mobilisation inaugura des pratiques collectives ou individuelles, analytiques ou critiques, brèves ou déployées, bref un ensemble de postures et de procédures qui constituèrent ce qui fut appelé le mouvement des " intellectuels " au cours de l'affaire Dreyfus. Peu nombreux, les antidreyfusards de l'Ecole furent emmenés par des conservateurs catholiques, tels les académiciens Jules Lemaître ou Ferdinand Brunetière. Naquirent alors des débats passionnants et victorieux sur la légitimité du rôle du chercheur dans la cité et le devoir de connaissance dans l'engagement.
Des milliers de livres existent sur l'affaire à laquelle Alfred Dreyfus a donné son nom, mais nul n'a jamais écrit sa biographie. Curieuse, troublante lacune... Ne fallait-il pas montrer le rôle éminent que cette figure ignorée, déformée (quasi niée jusque chez une partie des dreyfusards), a joué dans le combat pour la vérité et la justice? Certes Lazare, Zola, Péguy, Jaurès, Clemenceau et d'autres ont été nécessaires, mais sans le concours actif du principal intéressé (et de sa famille), y aurait-il eu seulement une affaire? Un condamné qui se fût abandonné, qui eût capitulé devant la souffrance morale et physique, qui se fût résigné à l'injustice, qui eût cru qu'il suffisait de se draper de son innocence eût forcément échoué devant l'acharnement, la duplicité, la perversité d'adversaires déterminés à perdre un juif, un intellectuel, un officier qui s'était voulu le parangon des cadres dont une armée rénovée aurait besoin en cette aube du XXe siècle. C'est Dreyfus et nul autre qui a rendu possible le combat pour la justice, il s'en est fait un devoir et un honneur. Le devoir de l'histoire consiste à le sortir de l'oubli et du mensonge pour révéler l'homme, ses actes et son patriotisme. C'est aussi un devoir de justice.
Résumé : Dans la marche de la justice qui caractérisa l'affaire Dreyfus, la Cour de cassation occupe une place centrale et décisive. Son arrêt de révision du 12 juillet 1906, qui restera dans l'histoire sous le nom d'" arrêt de réhabilitation " du capitaine Dreyfus, a annulé le verdict de condamnation prononcé à Rennes le 9 septembre 1899. Jugeant qu'aucune charge ne pesait sur lui et que sa condamnation avait été prononcée " par erreur et à tort ", la Cour de cassation a définitivement proclamé l'innocence de l'officier accusé de trahison en 1894. Que l'on considère cet arrêt dans un sens historique, juridique ou dans une perspective civique ou mémorielle, celui-ci est essentiel. Il est essentiel pour nous, gens de justice, héritiers directs des magistrats et des avocats qui durent affronter les menaces politiques, d'odieuses campagnes de presse et la vindicte des foules déchaînées par le nationalisme et l'antisémitisme. Il est essentiel pour la France qui se souvient que, à l'aube du XXe siècle, une monstrueuse injustice contre un homme traité en paria fut réparée par un acte solennel de justice. Il l'est pour les générations futures, à qui s'adresse la commémoration de cette grande décision et auxquelles elle enseigne qu'en ultime ressort le juge est le gardien de la liberté et de la démocratie. Guy Canivet, premier président de la Cour de cassation.
Plus que nombre de ses contemporains célèbres, Emile Mayer (1851-1938) fut au coeur de la France contemporaine. Engagé volontaire en 1870, polytechnicien, dreyfusard, au front durant la Grande Guerre, il fut favorable à la réforme de l'Etat et de l'armée. Ecrivain prolifique et analyste visionnaire, Emile Mayer rencontra de Gaulle dont il devint, à partir de 1932, le mentor, l'ami et l'inspirateur. Lui que ses amis appelaient le Colonel fut autant témoin qu'acteur de la IIIe République, de 1870 aux accords de Munich. Voulant une France démocratique, compétente, courageuse et critique, il agit par la plume et par l'exemple en officier et en intellectuel. Dépassant le tragique de son existence, Mayer s'éleva vers un optimisme puissant et créateur qui jamais n'altéra sa lucidité critique. Embrassant d'un regard la République, de ses débuts à sa prévisible chute, la haute idée qu'il en conçut explique sa volonté de l'éclairer toujours. Si, en son temps, peu l'entendirent, il fut compris des plus visionnaires. Et ce n'est que par eux qu'il demeura dans les mémoires jusqu'à ce que les historiens trouvent aujourd'hui dans ses écrits cette confirmation : la République garde vocation à construire la France.
Résumé : La jeunesse est l'âge de tous les possibles : soif de liberté, remise en cause de l'ordre établi, désir d'émancipation... (c'est aussi le temps des grandes amitiés et de la découverte de l'amour. Cette anthologie inédite de l'historien Vincent Duclert retrace les aspirations, les joies et les combats propres à la jeunesse au fil des siècles. Elle rassemble des poèmes, des chansons, des extraits de romans, des tracts. des discours, des lettres et des journaux intimes. Grands auteurs classiques (Rimbaud, Rilke, Flaubert) et contemporains (Boris Vian, Marie Ndiaye), mais aussi hommes politiques (Jaurès, Pierre Mendès-France), chanteurs (Alain Souchon, Louane). ou encore collectifs et anonymes expriment les rêves de cette jeunesse. Emouvantes et vivifiantes, ces "lettres à la jeunesse" nous portent vers l'avenir.
Qu'elle s'appuie sur l'ornement, la peinture corporelle, le masque ou le pictogramme, la mémoire des peuples "sans écriture" a toujours paru labile, désordonnée, vouée à l'échec. Les "supports mnémoniques" dont parlent les historiens de l'écriture à propos de ces traditions sont régulièrement décrits connue des tentatives avortées de reproduire la forme extérieure d'un objet, ou des moyens graphiques simples d'exprimer des concepts élémentaires. Ce livre nous présente les résultats d'une vaste enquête anthropologique menée en Amérique indienne et en Océanie. Il analyse nombre de ces dispositifs visuels, tout en étudiant les contextes d'énonciation rituelle qu'ils impliquent et démontre une tout autre hypothèse: il existe une voie de la représentation chimérique par laquelle s'inventent des arts de la mémoire non occidentaux. Rien d'imitatif dans ces "supports mnémoniques" dont la forme mobilise le regard et invite à les décrypter. Ils sont les témoins visuels d'une série d'opérations mentales condensées en images efficaces, intenses et fragmentaires à la fois. Un nouveau champ de recherche s'ouvre grâce à l'étude de ces traditions iconographiques et orales qui concerne l'histoire des arts autant que l'ensemble des sciences sociales - une anthropologie de la mémoire.
Cuore ("C?ur"), que les Italiens appellent couramment Le livre C?ur, a été le texte le plus lu en Italie entre sa publication en 1886 et la fin des années 1960. Reconstituant les multiples événements d'une année scolaire vécue par des enfants de Turin, il a connu une immense fortune littéraire avant de susciter chez certains intellectuels comme Umberto Eco une profonde et spirituelle aversion. Depuis sa traduction incomplète et approximative en 1892, on ne disposait d'aucune édition critique intégrale en français de ce livre, dont la portée pédagogique et politique pour l'Italie de la fin du XIXe siècle est comparable à celle du Tour de la France par deux enfants sous la IIIe République, et qui permet d'appréhender l'alchimie rêvée des vertus individuelles, civiques et patriotiques dans l'Italie libérale et bourgeoise une génération après son unification. Lire Le livre C?ur aujourd'hui, que l'on soit captivé ou irrité par l'abondance des bons sentiments qui s'y expriment, c'est d'abord vouloir retrouver une société où les apprentissages personnels prennent leur sens en incarnant une communauté nationale idéale.
Les seize textes réunis dans ce volume visent à aborder l'histoire des pouvoirs dans l'espace français au cours des deux derniers siècles du Moyen Age de façon à la fois variée et précise : historiographie, iconographie, lexicographie, approche quantitative des phénomènes, étude voire édition de textes didactiques et de documents d'ordre diplomatique ou administratif... Les différentes méthodes appliquées par les historiens récents du fait politique reçoivent ici application et illustration. Les exposés synthétiques voisinent à dessein avec les enquêtes menées autour d'une controverse ou d'une péripétie particulière. Figurent aussi bien les conceptions et les représentations des pouvoirs que les mécanismes qu'ils utilisent et les pratiques auxquelles ils ont recours. Sans doute le pouvoir des rois de France, sa nature, son exercice, occupent-ils la première place mais les réactions individuelles ou collectives de leurs sujets, leurs attentes et leurs craintes ont largement retenu l'attention, tandis que se trouve souligné le rôle déterminant des princes, qu'ils appartiennent ou non à la maison de France. Indissolublement liées, quelques questions majeures se posent à propos du royaume de France à la fin du Moyen Age : quels pouvoirs ses souverains étaient-ils en mesure d'exercer ? Quel type de gouvernement s'efforçaient-ils de promouvoir ? Quels contre-pouvoirs, quel autre modèle les princes pouvaient-ils ou souhaitaient-ils leur opposer ? A ces interrogations, des éléments de réponse sont fournis, à partir d'approches originales.