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Les mondes de l'harmonie. Enquête sur une pratique musicale amateur
Dubois Vincent ; Méon Jean-Matthieu ; Pierru Emman
SNEDIT LA DISPU
28,01 €
Épuisé
EAN :9782843031496
Extrait Extrait de l'introduction «Aujourd'hui, on est un peu à la croisée des chemins, quoi. Il y a la diversité, il y a des gens... Bon, un exemple, moi j'ai appris relativement sur le tas, encore. Je voulais à un moment donné aller au conservatoire, les horaires scolaires ont fait à l'époque que j'ai pas pu y aller. Donc, il y a des gens sur le tas et il y en a d'autres aujourd'hui qui ont fait musicologie et tout ce qui s'ensuit. Aujourd'hui il y a de plus en plus de directeurs qu'il va falloir rémunérer. Bon, ils ont aussi fait des études, hein. Donc là aussi, il y a des disparités, donc peut-être pas la même vision des choses et ni la même mentalité. Après au niveau des concerts, il y a aussi pas le même but. Je dis, dans les villages, c'était un peu l'animation locale - bon qui se perd effectivement un peu à petit feu - souvent, c'est les fêtes paroissiales, au niveau de la commune, fête du foot, enfin, c'est vraiment le côté local. Et puis bon, autrement c'est vraiment le concert qu'on veut donner, marquer, participer à de grandes manifestations. Tout ça, il y a pas les mêmes visions non plus, pas la même direction. Donc maintenant, il faut que les gens voient ce qui les intéresse, où ils se situent...» Les orchestres d'harmonie revêtent la plupart des traits généralement prêtés aux cultures populaires. Sans être aussi ouvrier qu'on le croît généralement ou qu'il a pu l'être par le passé, leur recrutement social reste marqué par la fréquence de l'origine populaire des musiciens. Nombre des caractéristiques de leur fonctionnement, le localisme et l'attachement au lieu, les relations de proximité et l'entre-soi, l'intégration de la pratique dans les autres dimensions de la vie sociale, en font des illustrations typiques des styles de vie populaires. En conséquence l'univers qu'ils composent se situe hors des sphères de la musique dite savante ou en tout cas à ses marges, comme en témoignent l'absence de consécration par la critique ou leur distance aux grandes institutions musicales. Tout cela entretient l'image d'une musique désuète, de piètre qualité voire sans aucun intérêt du point de vue musical.
La politique culturelle fait aujourd'hui partie des champs d'action des pouvoirs publics. Elle demeure néanmoins floue dans ses objectifs, imprécise dans la définition de ses frontières et sujette à de fréquentes polémiques. C'est dans la genèse particulière de cette politique que se trouvent les raisons d'une telle ambivalence. L'émergence de la culture comme catégorie d'intervention publique n'a pas été un processus linéaire. Les problèmes culturels (tels que les conditions de la création artistique ou la démocratisation culturelle...) ont d'abord été construits contre l'Etat quand artistes et intellectuels affirmaient leur autonomie. Ils sont désormais construits et traités par des experts officiels et des administrateurs de culture, au sein d'instances et d'institutions étatiques. En bref, ils deviennent des problèmes d'Etat. La politique culturelle emprunte alors les prétentions universalistes du monde intellectuel et artistique. Elle s'entoure d'un halo de flou propice à éloigner le spectre d'une culture d'Etat et réactive plus qu'elle ne les tranche les débats sur la définition de la culture. En étudiant les modalités et les effets de cette genèse, de la fin du XIXe siècle à nos jours ce livre apporte une contribution à l'analyse socio-historique de la formation d'une fonction et institution d'Etat et à celle d'un champ culturel progressivement transformé par l'intervention étatique.
Résumé : Les récipiendaires de l'aide sociale sont perçus comme des assistés. Il faut les contrôler pour qu'ils n'en abusent pas. On est entré dans une spirale rigoriste où les dispositifs de contrôle sont de plus en plus performants et intrusifs. Alors que la fraude est en réalité peu coûteuse, la répression a des effets dévastateurs sur des populations déjà en grande difficulté. Argumentaire Contrôler les assistés s'est imposé à partir des années 1990 en France comme un mot d'ordre politique et moral. Jamais la lutte contre les potentiels abus des allocataires n'avait été aussi systématiquement organisé ; jamais les bénéficiaires d'aides sociales, et parmi eux surtout les plus précaires, n'avaient été aussi rigoureusement surveillés, ni leurs illégalismes ou leurs erreurs si sévèrement sanctionnés. Or, pas plus que l'intensification des politiques sécuritaires ne reflète l'augmentation de la délinquance, l'essor du contrôle des assistés ne reflète celle de la " fraude sociale ". On estime à environ 2% la proportion d'allocataires ayant perçu des sommes sur la base de déclarations erronées, pour un montant représentant environ 1% de l'ensemble des allocations versées. Et lorsqu'elles sont constatées, les augmentations tiennent davantage à la mise en oeuvre à grande échelle de dispositifs de détection plus efficaces. Si le souci d'éviter des dépenses injustifiées s'est renforcé avec la focalisation croissante sur la maîtrise des comptes sociaux, le contrôle des assistés ne procède pas essentiellement de préoccupations financières - qui auraient dû conduire à concentrer les efforts sur l'évasion fiscale, dont les montants en jeu (20 milliards de redressements fiscaux) sont sans commune mesure avec les erreurs ou abus des bénéficiaires d'aides sociales (environ 550 millions d'euros par an ces dernières années). De même, le défaut de paiement des cotisations sociales par les employeurs, lié principalement au travail illégal, est quant à lui estimé à plus de 15 milliards par an. L'essor du contrôle des assistés ne se réduit donc pas à une réponse aux problèmes socio-économiques objectifs qui l'auraient suscité. Il renvoie à un ensemble de processus sociaux et politiques qui ont affecté la gestion des classes populaires et l'organisation de l'Etat social. Comment la " fraude sociale " a-t-elle été promue en un problème public devenu majeur dans le traitement des questions sociales ? Comment la routine bureaucratique du contrôle des " assistés " a-t-elle été transformée en une politique à part entière, progressivement renforcée et rationalisée ? Quels sont les ressorts du durcissement des pratiques d'inspection et de sanction ? Quels profils sociaux y sont les plus directement exposés ? C'est à ces questions que ce livre se propose d'apporter des éléments de réponse. Loin de ne voir dans les rodomontades à l'encontre des " faux chômeurs " et des " tricheurs du RSA " qu'une illustration parmi d'autres de polémiques politiques et médiatiques, il montre que l'essor du contrôle des " assistés " et la dénonciation de ceux qui abuseraient de la protection sociale sert désormais la critique des " dérives " d'un Etat-providence qu'il s'agit de réformer et la promotion d'autres principes d'organisation sociale, où la responsabilité individuelle et la contribution de chacun par le travail l'emportent sur la solidarité ou la réduction des inégalités. Dans cette économie morale et symbolique en partie renouvelée des politiques sociales, la fraude, figure radicale de " l'assistanat ", constitue une sorte de repoussoir de la " valeur travail ", elle-même placée au coeur d'un nouveau modèle d'Etat social dit " actif " promu depuis les années 1990 dans les pays occidentaux. Enfin, le contrôle des assistés met en scène le " sérieux " des acteurs politiques, leur " volontarisme " politique et leur capacité à agir sur le cours des choses. Ces logiques sont essentiellement le fait de leaders de la droite, ceux-là mêmes qui ont le plus directement contribué à renforcer ce contrôle - la présidence de Nicolas Sarkozy formant une période particulièrement décisive à cet égard. Cette posture de rigueur gestionnaire et morale constitue un marqueur de droite, décliné de multiples manières, et tout particulièrement dans l'association du néo-libéralisme et du néo-paternalisme par laquelle s'est opéré le renouvellement idéologique du camp conservateur. D'une simple pratique de vérification consubstantielle au traitement bureaucratique de la population, le contrôle de la fraude est donc devenu un mode de gouvernement des pauvres. La vulgate économique des " trappes " à inactivité ou à pauvreté a largement accrédité l'idée selon laquelle aides sociales et allocations de chômage constitueraient des sources de " désincitation au travail " en conduisant à des arbitrages au profit de l'assistance. Cette axiomatique est au coeur des politiques de workfare qui constituent la tendance majeure des réformes de l'Etat social dans les pays occidentaux depuis les années 1990. Elle fonde notamment les dispositifs visant à " rendre le travail attractif " et à " faire de l'emploi une option pour tous ", comme l'expriment les slogans de l'OCDE, de la Commission européenne et des réformateurs de l'Etat social. Parmi ces mesures incitatives, on trouve les " crédits d'impôts " (Working tax credit au Royaume-Uni depuis 1999, Prime pour l'emploi en France entre 2001 et 2015), et la conditionnalité des aides et les contreparties exigées des bénéficiaires (par exemple En France avec la transformation du RMI en RSA en 2009). Le renforcement du contrôle et des sanctions constitue ainsi l'un des outils coercitifs du workfare et, plus largement, une des manières de " responsabiliser " les " assistés " sociaux. Loin d'un épiphénomène, il est au coeur de ces tendances majeures de la réorientation des politiques sociales. La thèse de ce livre consiste à voir dans le renforcement du contrôle des assistés l'effet d'un mouvement en spirale - une spirale rigoriste. Le leader politique pourfendeur de la fraude sociale qui parvient à imposer sinon ses vues au moins le problème qu'il soulève en condamnant ses éventuels contradicteurs à paraître naïfs ou complices ; la surenchère des administrations dans des technologies de contrôle toujours plus performantes qui procède tant des concurrences avec d'autres organismes que des injonctions auxquelles elles sont soumises et que, parfois, elles anticipent ; les progrès de la division bureaucratique du contrôle qui déréalise et déshumanise le traitement des cas ; le fonctionnement interne des commissions chargées de la fraude où la clémence est toujours plus difficile à assumer et à défendre que la sévérité ; le contrôleur de la caisse locale dont le point d'honneur professionnel est de traquer la moindre erreur au nom de l'exactitude des dossiers dont la garantie légitime sa fonction : ce sont là quelques-unes des dynamiques relationnelles qui conduisent à renforcer la rigueur du contrôle ; des spirales rigoristes. Pour saisir comment ce qui se joue au sommet de l'Etat affecte les régions les plus déshéritées de l'espace social, cette recherche a donc choisi un mode d'exposition descendant, partant des transformations politiques et institutionnelles qui ont favorisé l'essor des politiques de contrôle, pour aboutir aux effets qu'elles produisent sur les assistés sociaux.
Cet ouvrage éclaire l'évolution des rapports entre culture et politique depuis le début des années 1960. Il retrace pour ce faire les changements intervenus dans les systèmes de relation constitutifs des politiques locales de la culture. Les collaborations entre agents des champs politique, bureaucratique et culturel pour la promotion de l'intervention culturelle publique ont doté cette politique de structures et de logiques spécifiques qui l'ont progressivement rendue autonome par rapport aux investissements politiques qui en étaient à l'origine. Au fur et à mesure de cette institutionnalisation, un partage des rôles s'est tant bien que mal instauré, confiant la définition des grandes orientations aux élus et réservant celle des programmes aux acteurs culturels. Dans le même mouvement, la mise en avant de finalités proprement culturelles (et notamment la sempiternelle "démocratisation de la culture") a permis de formuler sinon des objectifs clairs, au moins des compromis relativement stables. Ce double modus vivendi a été remis en cause depuis le milieu des années 1990. Les contraintes budgétaires ont notamment réduit l'initiative des acteurs culturels et, parfois, déplacé le centre de gravité des arbitrages culturels du côté des élus. Il est peu à peu devenu pensable que les politiques de la culture poursuivent d'autres fins que principalement culturelles, et soient mises au service du développement économique. L'histoire retracée dans cet ouvrage à l'échelon local révèle ainsi une évolution beaucoup plus générale : la remise en cause concomitante des spécificités des politiques culturelles et de l'autonomie du champ culturel.
Résumé : A travers l'étude de l'espace de la recherche non étatique en sciences sociales en Biélorussie la thèse revisite la frontière entre la science et la politique et aborde la question de l'engagement intellectuel dans le contexte des transformations postsoviétiques. En 1992, en s'inspirant du modèle des think tanks, des entrepreneurs intellectuels biélorusses ont fondé les premiers instituts privés de recherche. Le nouveau mode professionnalisé de production intellectuelle est alors conçu comme un instrument de la "désoviétisation" de la science et de la "démocratisation" de la vie politique. Les transformations autoritaires de 1995-1996 ont marginalisé cet espace au sein du champ du pouvoir et ont favorisé sa politisation contestataire. Vers 2006 la quasi-totalité des centres fonctionnaient en dehors des cadres légaux. La nouvelle génération de chercheurs qui arrive dans les années 2000 contribue à la reproduction du caractère à la fois engagé et professionnel de la recherche non étatique. Un nouveau système de relations entre les agents du champ politique et les think tankers permet à ces derniers de revendiquer les rôles d' "experts indépendants" et d'"intellectuels engagés".
Résumé : Le care ou le souci des autres est une zone de conflits, de tiraillements et de dominations. Celle, notamment, du travail salarié des professionnels du soin et de l'assistance, constitué essentiellement d'un salariat féminin subalterne, surexploité et stigmatisé par son "manque de qualification", et parfois sa couleur de peau ; celle, aussi, du travail domestique toujours inégalement distribué. Or on ne pourra jamais évacuer complètement le "sale boulot", il est urgent de penser une transformation politique du travail et de la société en plaçant le care au centre de la réflexion sur le travail. Cet ouvrage défend une position singulière, sensible et forte, au sein des débats contemporains autour du care et propose de changer de regard sur le travail, sur le soin et sur la société. C'est cette position que, d'entrée de jeu, la préface de cette nouvelle édition renforce en répondant et en désarmant avec brio les polémiques sur le care, polémiques parfois induites par la précédente édition, publiée en 2013. Ce qui conduit l'auteure à mettre la focale sur ce qu'est vraiment la "perspective du care" et à montrer l'inédit de cette posture théorique.
Résumé : Le salariat est apparu aux penseurs sociaux du XIXe siècle comme la question centrale des sociétés modernes. Sur les débris des rapports sociaux d'Ancien Régime semblait surgir une nouvelle forme de sujétion. Sur cette base, Marx a développé une théorie de l'exploitation capitaliste qui fut au c?ur des confrontations politiques du XXe siècle. Pourtant, les sciences sociales contemporaines ont rarement traité frontalement du salariat, comme si l'ombre portée de Marx avait freiné une telle investigation. À l'aube du XXIe siècle, le salariat domine plus que jamais nos sociétés. Alors que certains préconisent, au nom de la " flexibilité du travail ", une dissolution généralisée des institutions salariales pour restaurer un utopique marché des producteurs, il est urgent de rouvrir ce dossier. C'est à quoi se sont attachés les historiens, économistes et sociologues réunis ici. Cet ouvrage n'entend pas proposer une théorie unifiée du salariat, mais poser les termes du débat et fournir des pistes pour comprendre sa dynamique présente. La première partie vise à définir le salariat comme concept et fait historique. S'y confrontent sans concessions quelques-uns des auteurs français qui ont le plus travaillé la question. La deuxième partie présente une série d'éclairages, sans prétention à l'exhaustivité, sur les formes contemporaines du salariat et les caractéristiques de diverses populations salariales. Ces études. appuyées sur des enquêtes originales, éclairent par leurs données factuelles et leurs analyses empiriques les débats théoriques de la première partie.
Résumé : Cet ouvrage constitue la première partie du dernier tome de la tétralogie Penser avec Marx aujourd'hui, oeuvre majeure du philosophe Lucien Sève. Intitulé "Le communisme"? , il fait suite à Marx et nous (tome I), "L'homme"? (tome II), "La philosophie"? (tome III). Dans leur Manifeste de 1848, Marx et Engels faisaient du mot "communisme" l'éclatant emblème de l'émancipation humaine. Au XXe siècle, les crimes du stalinisme puis l'inviabilité du système soviétique en ont fait au contraire le terme le plus décrié de tout le vocabulaire politique. Aujourd'hui, quand les catastrophes dont nous menace à brève échéance un capitalisme entré en folie nous somment d'inventer une autre civilisation, se pourrait-il qu'un communisme entièrement repensé pour notre temps redevienne le nom enviable du futur ? C'est ce que soutient Lucien Sève dans ce livre. Une étude savante et vivante de la genèse et du contenu de la visée communiste au XIXe siècle, puis une histoire critique impitoyable de ce qui se passa au XXe siècle pour "le communisme" rendent patente cette conclusion : ce qui a dramatiquement échoué au siècle dernier sous ce nom usurpé, bien loin du communisme de Marx alors prématuré historiquement, fut en vérité, à l'initiative d'un Staline traître aux espoirs nés d'Octobre 17, un national-étatisme brutal de rattrapage du capitalisme où se lancèrent la Russie et à sa suite d'autres pays en retard relatif de développement. Le sens même de l'histoire vécue ces deux derniers siècles bascule ici entièrement : le communisme en son vrai sens n'est pas derrière nous mais devant nous. La deuxième partie du livre, en préparation, traitera de cette question : quel communisme pour le XXIe siècle ?
Le magicien du Saint-André-des-Arts ", a dit de lui Jean-Luc Godard. Trois salles de cinéma au cour de Paris, des choix de programmation dictés seulement par le plaisir de ce dévoreur de films, c'est Roger Diamantis, figure emblématique de la passion cinématographique. Florence Delporte est allée à la rencontre de ce passeur infatigable, de ce découvreur entêté. Avec Une vie d'art et d'essais, elle nous restitue la parole de cet homme discret, qui s'est construit une vie, une identité par le cinéma. Roger Diamantis nous fait revivre son enfance de gamin timide, qui trouvait refuge dans les salles obscures, son quotidien d'exploitant, ses combats incessants pour préserver son indépendance. Voici donc une histoire de cinéma, intime et lumineuse, que traversent Woody Allen, Theo Angelopoulos, Yamina Benguigui, Ingmar Bergman, Alain Cavalier, Raymond Depardon, Emir Kusturica, Ken Loach, Nicolas Philibert, François Truffaut, Agnès Vanda, mais également Jacques Lacan ou Eugène Ionesco... On y croise aussi tant d'autres promeneurs et tant d'amoureux du cinéma qui aiment, contre vents et marées, les soirs du quartier Latin.