Commencer en 1898 à Billancourt, l'histoire des automobiles Renault prend un essor considérable au début des années 1930 avec les nouvelles installations de l'île Seguin. Modèle de la grande entreprise capitaliste, l'usine déborde très vite sur la ville et, des décennies durant, Billancourt vit au rythme des ateliers Renault. Aussi la disparition de l'usine en 1992 ne peut-elle se faire sans laisser de traces. Cet ouvrage retrace les dimensions d'une histoire singulière. D'abord, la spécificité du travail à l'usine : les effets des stratégies industrielles sur les hommes, l'organisation du travail, la formation professionnelle et la réalité de la promotion, les carrières d'OS et les cadres dans l'entreprise. Ensuite, les conflits, inévitables, entre les ouvriers venus d'horizons multiples et la direction : les " années 68 " sont prises comme exemple, mises en miroir avec une grève dans une usine Ford en Allemagne. Enfin, les rapports de l'usine avec la ville : la politique de logement de la Régie Renault, l'usine dans la ville et les lieux emblématiques de cette osmose. A l'heure où le travail industriel et l'industrie automobile connaissent des mutations importantes et où la ville de Boulogne-Billancourt cherche un nouveau souffle pour combler le vide laissé par Renault, cet ouvrage apporte des clés de compréhension d'un passé proche, qui peuvent permettre de mieux penser l'avenir.
Pour la première fois en France, un vaste panorama de l'activité multiple des artistes de l'exil espagnol est ici esquissé : architecture, peinture, sculpture, dessin de presse, bande dessinée, musique, théâtre, photographie, cinéma. Avec un exemple régional de ces empreintes de l'art de l'exil espagnol dans l'espace public français.
Résumé : Pendant et après la Guerre civile (l936-1939), conflit particulièrement meurtrier, des centaines de milliers d'Espagnols - hommes, femmes et enfants - franchirent les Pyrénées et cherchèrent refuge en France. Plus du tiers d'entre eux devait y demeurer. Geneviève Dreyfus-Armand retrace dans cet ouvrage novateur le long chemin parcouru par les combattants républicains depuis leur arrivée sur le sol français - souvent dans des camps d'internement jusqu'à la mort de Franco en 1975 et leur installation parfois définitive sur cette terre d'accueil. Restituant les étapes de ce qui fut une grande aventure humaine, elle évoque le combat mené par les partisans de la République, loin de leur pays, dans une France parfois hostile. Combat pour la liberté qui dut attendre plus de trente ans pour trouver son accomplissement.
Un corpus photographique, accompagné des éléments possibles de compréhension des clichés, peut s'avérer comme un véritable témoignage, aussi complet qu'un récit. C'est le cas des photographies réalisées par le lieutenant Raoul Berthelé pendant la Première Guerre mondiale, prises dans cette zone, située à quelques kilomètres des lignes de feu, que l'on peut dénommer "l'arrière-front", une zone où sont localisées l'intendance et les ambulances. La situation particulière dans cet entre-deux, qui fait partie de la zone des armées sans être constamment exposé, permet assurément à un officier, amateur de photographies dès avant la guerre, de livrer un témoignage visuel abondant et précieux. Ce remarquable ensemble de photographies, réalisées par un homme curieux de ses semblables et des événements qu'il côtoyait et vivait, se regarde avec un intérêt renouvelé à chaque vision. II permet de mieux saisir la Première Guerre mondiale dans ses diverses dimensions et sa complexité.
Le printemps 1968 s'inscrit dans ces décennies où le vieux monde fut contesté et changé en profondeur. Loin des commémorations consensuelles, des sources jusqu'alors inexplorées permettent aujourd'hui de porter de nouveaux regards sur ces " années 68 ". rassemblés par une institution de renommée internationale, al Bibliothèque de documentation internationale contemporaine et son musée, une vingtaine de chercheurs de plusieurs générations et disciplines, apportent ici des éclairages originaux, enrichis par plus de 200 illustrations souvent inédites. Avec les Années 69, un monde en mouvement, le lecteur parcourt les continents, de Chicago à Rome, traverse les évènements dans leur ampleur sociale avec bien sûr des étudiants mais aussi des ouvriers, les paysans, les artistes. Il rencontre la diversité des engagements et découvre les nouvelles formes de militantisme qui émergent alors, des féminismes aux antimilitaristes, des régionalismes à l'antipsychiatrie. C'est bien un monde en mouvement qui revit dans ces pages à travers une riche iconographie, mettant en relief l'inventivité des collectifs d'artistes soucieux de bouleverser les frontières entre art et politique.
Le Grand Remplacement est à nos portes ! ", "La civilisation européenne est menacée ! ", "Le féminisme a proclamé la fin des hommes ! ", "Les valeurs de la nation sont bafouées ! "... Ce bref florilège serait risible par son absurdité s'il ne cachait pas des croyances bien réelles et une percée idéologique virulente, appelant à un nécessaire retour aux sources du "roman national". C'est donc à déjouer les pièges de cette fiction que s'emploie Elise Thiébaut. Elle s'interroge d'abord sur sa propre "identité" : qu'est-ce que l'histoire de cette Française dite "de souche" a-t-elle à nous dire de l'histoire de France ? En se livrant à des tests ADN, à des recherches généalogiques et archivistiques, elle pose des questions qui révèlent des tabous et impensés de la mémoire collective. Que nous apprend la génétique ? Quels sont les liens entre généalogie et patriarcat ? Quel impact la traite négrière et la colonisation ont-elles eu sur sa famille et plus largement sur son pays ? Quel rôle les cocottes et courtisanes du XIXe siècle ont-elles joué dans le mythe de la séduction à la française ? Avec un plaisir aigu et une vivacité pugnace, l'autrice livre une autobiographie de la France singulière comme antidote au roman national.
Van Parijs Philippe ; Vanderborght Yannick ; Authi
L'idée de revenu de base inconditionnel est désormais au coeur des débats sur l'avenir de nos modèles sociaux. Elle consiste à verser à chacun un revenu régulier à titre individuel, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie. Diffusée en France à l'occasion de l'élection présidentielle de 2017, elle avait été peu auparavant soumise à référendum en Suisse et a fait l'objet de plusieurs expérimentations à travers le monde. Rédigé par deux spécialistes internationalement reconnus, ce livre offre la première synthèse systématique de la discussion aujourd'hui mondiale sur cette proposition radicale. Il explore ses origines historiques, discute les objections éthiques, économiques et politiques qu'elle soulève et jauge sa pertinence face aux défis écologiques et à la mondialisation. Il fournit un recueil d'informations fiables et d'arguments éclairants qui doivent être utiles à ceux qui plaident pour le revenu de base, mais aussi contre lui, en aidant à corriger les nombreuses erreurs factuelles et confusions conceptuelles que l'on trouve de part et d'autre. L'ouvrage n'en constitue pas moins un plaidoyer engagé en faveur d'une idée qui vise à rendre notre société plus libre et notre économie plus saine. Il ne manquera pas d'enthousiasmer, ou du moins d'intriguer, toutes celles et tous ceux qui veulent que le monde de demain soit plus juste et comprennent que, pour cela, notre modèle de protection sociale doit être profondément réformé.
Becker Howard S. ; Merllié-Young Christine ; Merll
Après de nombreuses années de pratique du métier, Howard S. Becker livre, avec le style qui a fait son succès, les leçons tirées de son expérience de sociologue. Empiriques au même titre que les sciences de la nature, les sciences sociales ne progressent que par la qualité de l'articulation entre des " idées " (ou théories) et des " données ", toujours produites par des procédés de fabrication à analyser. La distinction, qui structure la profession, entre recherches " qualitatives " et " quantitatives " ne change rien à l'exigence de fournir des " preuves " solides, capables de résister au doute pour convaincre collègues et adversaires. La nécessité d'une analyse critique des données est ici démontrée à la lumière d'une gamme étendue de recherches, des plus collectives et objectivantes, comme les recensements de la population, aux plus personnelles, comme les observations ethnologiques, en passant par toutes les formes intermédiaires de la division du travail entre concepteurs des recherches et personnes chargées de la collecte des données. Cette ré? exion sur les conditions pratiques de l'observation s'adresse aussi bien aux professionnels des enquêtes, aux chercheurs en sciences sociales qu'à l'étudiant devant réaliser son premier mémoire de recherche.
Harper Kyle ; Pignarre Philippe ; Rossignol Benoît
Comment Rome est-elle passée d'un million d'habitants à 20 000 (à peine de quoi remplir un angle du Colisée) ? Que s'est-il passé quand 350 000 habitants sur 500 000 sont morts de la peste bubonique à Constantinople ? On ne peut plus désormais raconter l'histoire de la chute de Rome en faisant comme si l'environnement (climat, bacilles mortels) était resté stable. L'Empire tardif a été le moment d'un changement décisif : la fin de l'Optimum climatique romain qui, plus humide, avait été une bénédiction pour toute la région méditerranéenne. Les changements climatiques ont favorisé l'évolution des germes, comme Yersinia pestis, le bacille de la peste bubonique. Mais "les Romains ont été aussi les complices de la mise en place d'une écologie des maladies qui ont assuré leur perte". Les bains publics étaient des bouillons de culture ; les égouts stagnaient sous les villes ; les greniers à blé étaient une bénédiction pour les rats ; les routes commerciales qui reliaient tout l'Empire ont permis la propagation des épidémies de la mer Caspienne au mur d'Hadrien avec une efficacité jusque-là inconnue. Le temps des pandémies était arrivé. Face à ces catastrophes, les habitants de l'Empire ont cru la fin du monde arrivée. Les religions eschatologiques, le christianisme, puis l'islam, ont alors triomphé des religions païennes.