Il me semble qu'il arrivera sûrement un jour où tu oublieras tes déceptions d'éducatrice devant ta fille qui te paraît à tort en opposition avec toi et qui n'est que différente, avec les dons que tu lui as donnés, qui t'aime et t'estime à la fois comme une fille le peut vis-à-vis de sa mère et vis-à-vis d'une femme qu'elle juge à sa valeur." Cette lettre du 28 septembre 1935 de Françoise Dolto à sa mère Suzanne Marette est édifiante. Les relations des deux femmes ont toujours été complexes et leur correspondance sur près de cinquante ans en témoigne. Mais grâce à son travail et à la psychanalyse, Françoise Dolto aura su traverser le "halo d'opacité hostile" qui la maintenait prisonnière avec sa mère. Et elle le fit, comme elle ne cesse de le répéter et de le lui écrire, en ressentant une grande compassion pour sa mère dont elle comprenait la souffrance de fille.
Éduquer, tâche impossible ? Sans doute, si on entend par "éducation" un ensemble de règles dont l'application façonnerait l'enfant. Éduquer n'est pas un savoir-faire. "Être parents" n'est pas un métier. La plus précieuse des interventions de Françoise Dolto auprès du grand public - à la radio ou dans la presse écrite - est précisément de restituer à la relation parent-enfant sa dimension naturelle et spontanée. Point de "psychologisation", nul jargon dans un propos qui semble relever, par son évidence et sa fraîcheur, du bon sens d'une intelligente grand-mère. Psychanalyste, ce que la célèbre thérapeute doit avant tout à Freud, c'est l'attention qu'elle porte aux mots, tant à ceux de l'enfant qu'à ceux qui lui sont destinés. Savoir parler aux enfants, ce n'est pas leur dire quelque chose de particulier mais tout simplement s'adresser à eux librement et clairement, sans fuite ni hypocrisie, sans infantilisation. Sur cette question décisive de la parole, comme en d'autres sujets, Françoise Dolto nous apprend que, si l'éducation des enfants est impossible, celle des parents est en revanche nécessaire. Hegel allait jusqu'à affirmer que "les enfants sont la mort des parents". À lire Dolto, on comprend que les enfants représentent à tout le moins pour leurs parents la rigoureuse injonction de devenir enfin adultes et responsables. Les difficiles chemins de l'éducation ne sont donc pas seulement pour ceux auxquels on pense. --Emilio Balturi
Devant les problèmes toujours renaissants et toujours changeants de l'éducation, Françoise Dolto poursuit ici son dialogue avec les auditeurs de France Inter. Elle insiste sur la nécessité pour l'enfant d'être désiré, respecté et, dès sa naissance, reconnu comme un être de langage.
Les étapes majeures sont, dans la trajectoire de l'enfant, ces moments de passage intenses mais critiques qu'il doit traverser pour arriver à l'adolescence puis à l'âge adulte. Le sevrage, la motricité, la propreté, les relations avec les autres sont les épreuves mêmes sur lesquelles il se construit à la conquête de son autonomie. Forte de son expérience de thérapeute et de sa vie familiale, Françoise Dolto nous montre dans des exemples de vie quotidienne comment les difficultés non résolues dans l'éducation provoquent la souffrance. Elle nous invite à « parler vrai », à adopter une « attitude flexible, vivante, toujours en éveil, à l'écoute ». Le petit d'homme est un être de langage. L'éduquer, c'est le rendre autonome, « lui donner les règles, les repères, les interdits majeurs qui lui assureront cette sécurité existentielle qui seule peut soutenir son dynamisme et les forces vives de son désir ».
Textes choisis et présentés par Jean-Claude Perrier4e de couverture : De toute éternité l'homme a cru en quelque chose. Avec le temps, sa foi s'est sophistiquée, dotée d'instruments concrets : sanctuaires, ministres dévoués, cérémonies cultuelles, sacrifices, offrandes, chants, totems et tabous... Chacune des principales religions ou sagesses (hindouisme, polythéismes, bouddhisme, confucianisme, judaïsme, christianisme, islam¿) possède ses propres textes sacrés qui permettent d'approcher l'idée de dieu. Un dieu, des dieux que l'on retrouve dans les textes d'écrivains - croyants pour la plupart -, lesquels témoignent que la foi est aussi l'une des plus riches et belles sources d'inspiration - de conflits aussi. Sans oublier le contrepoint des sceptiques, voire des athées, qui revendiquent leur non-croyance. Dans les pas de Dieu, balade au pays du sacré comme du doute, en compagnie de Victor Hugo, Voltaire, Chateaubriand, Nietzsche, Claudel, Péguy, Bernanos, Mauriac, Jean-Marie Kerwich, Salman Rushdie, Christian Bobin et bien d'autres¿
Mae découvrit à son réveil que Peter avait disparu. Elle s'assit, tendit l'oreille et se heurta au silence qui enveloppe un espace lorsque la personne que l'on attend n'est pas rentrée. Parfois les gens sortent et ne reviennent pas. Parfois les malheurs surviennent. Mae le sait depuis qu'elle a six ans. Peter. Son compagnon... L'homme qu'elle était sur le point d'épouser. Mae va vite découvrir que son "fiancé" est en réalité un redoutable escroc qui a la police à ses trousses. Eplorée, elle retourne chez ses grands-parents, qui l'ont élevée et tiennent une auberge sur les bords du Saint-Laurent. Au sein d'une nature magnifique, mais qui peut se révéler dangereuse quand le fleuve se déchaîne, elle va retrouver et affronter ses souvenirs : la mort inexpliquée de ses parents dans la fonte des glaces, la disparition brutale de son inséparable ami d'enfance, Gabe, les silences de sa grand-mère... Et tenter de trouver des réponses.
Nos manuels d'histoire ne nous en citaient qu'une réplique, de loin en loin. On brûlait alors d'en savoir davantage, d'entendre toute la séance, d'y être. Nous y sommes : voici les procès-verbaux authentiques, officiels et intégraux des grandes audiences du Tribunal révolutionnaire. Documents inestimables, ils restituent toute une époque, dans son tragique presque quotidien, dans ses peurs et ses faiblesses, dans sa grandeur aussi. Ils redonnent également vie aux hommes et aux femmes de premier plan de ce temps : Robespierre et Danton, les Girondins et Madame Roland, Marie-Antoinette, Charlotte Corday et d'autres encore. Rien de plus pathétique ici que la froideur sèche du compte rendu : elle nous installe, si l'on peut dire, en direct avec les accusés, comme à la lecture du reportage d'un envoyé spécial sous la Terreur.
Socialiste convaincu, John Reed (1887-1920) débarqua à Petrograd à l'automne 1917 pour rendre compte des bouleversements politiques de la Russie post-impériale. Parce que sa qualité de correspondant américain lui donna accès aux cercles les plus divers et qu'il joignit au sérieux de l'exposition des faits la volonté de donner un contour palpable à la foule des insurgés, il dressa un tableau incroyablement vivant des événements qui permirent aux bolcheviks de s'emparer du pouvoir. Publié pour la première fois en France en 1927, ce témoignage historique exceptionnel est également une grande leçon de journalisme.