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La perruque
Deux Fred
TEMPS IL FAIT
18,00 €
Épuisé
EAN :9782868536075
L?auteur de La Gana renoue ici avec son personnage au point où il l'avait laissé à la fin de son premier roman. Il sort de l'enfance, on l'envoie à l'usine, il nous raconte sa fuite effarante devant les Allemands, ces "coupeurs de paluches", sur les routes de juin 40. Nous retrouvons dans La perruque la cave des gardiens d'immeuble misérables et sa plaque d'égout, les rats, l'escalier malodorant, le terrain vague voisin, le quartier sordide avec ses putes, ses cloches, ses gamins fiévreux, ses ivrognes. Et toujours la même constellation familiale autour de l'enfant qui monte en graine, maigre, tendre et méchant, fou du besoin d'autre chose, et le cherchant avec acharnement dans le sexe, dans le vin et le vol, dans l'ordure et l'imprécation, dans d'impossibles rêves de fuite... Comme tous les "hommes de la famille", dont il se sent secrètement solidaire, l'adolescent se trouve coincé jusqu'à l'asphyxie dans l'univers des pauvres. Dans cet effrayant récit d'un apprentissage au coeur d'un univers clos sans espoir, l'auteur avance avec sa musique à lui, boiteuse, sauvage, aride. Il va au-devant de l'horreur comme pour l'exorciser par son excès même, comme si écrire restait encore le seul moyen peut-être de "changer la vie".
3Le dessin attend ". Evoquant le processus créatif qui le conduit à couvrir de grandes feuilles de traits incisifs et précis, Fred Deux emploie volontiers cette formule. Ainsi, le dessin serait semblable à un être vivant attendant le moment de sa révélation...
Occupé, jusqu'à y essorer ses forces, à donner à la vie un goût d'eau de feu, Michel Deux n'eut pas le souci de laisser oeuvre - ou pas le temps. Ce volume posthume regroupent les actes textuels tendus, violemment baroques, rêches comme sa musique et ses performances, qu'il commit pour des fanzines underground et quelques proches au cours des années 1980 et 1990.
Fred Deux est un écrivain "culte" mais discret, auteur de quelques grands livres autobiographiques dont La Gana (1958, sous le pseudonyme de Jean Douassot ). Il est également un dessinateur dont l'?uvre très personnelle s'est accomplie dans une constante fidélité à soi-même. Parvenu dans son grand âge, marqué par une "souffrance qui ne s'explique pas" mais qu'il aime, il a trouvé la force de remonter aux sources essentielles de son existence: l'enfance, la maladie, l'amour, le travail. Il en tire un memorandum - qui ne pose pas seulement les questions de l'art et de l'écriture -, très éloigné de la vanité du journal intime. Les pensées quotidiennes y passent sans transition du passé au présent, du dedans au dehors, d'une observation à un souvenir, d'une réflexion à un rêve, sans ordre apparent, mais non pas sans rigueur. De ce "buisson d'épines" où pousse "le fruit défendu de la confidence" il fait un véritable manuel de vie (ou de survie), avec une audacieuse sincérité, mais sans aucune impudeur car, dit-il, "c'est en homme pudique que j'ai parlé grossièrement".
Belles têtes d'Irlandais dans les rues de Killarney. D'un certain âge. Des têtes conformes à la tradition et qui, au-delà du folklore touristique, donneraient à n'importe qui manie vaguement le crayon l'envie d'écrire et de conserver ces personnages dans les mots. On ne s'attache pas à repérer d'abord les faces qui affichent leur alcoolisme. Ici, c'est un penchant qui ne s'avoue pas, mais se clame et se trompette. Il met tant de sincérité dans la laideur que là encore, parce qu'on est en Irlande, on se sent en confiance. Des trognes aussi évidentes et qui témoignent d'une impeccable assiduité au pub ne savent plus mentir. La caricature est une innocence brute." Dans ce récit de voyage fort peu héroïque - camping et vélo -, l'auteur s'attache à montrer des spectacles qui n'ont pas lieu et des êtres sans grandeur dont, en amoureux comblé de la langue, il sait faire une véritable matière littéraire.
Mécompris, censuré, tout ensemble adoré et haï, le recueil des Petites pièces philosophiques (Operette morali) apparaît comme le revers implacable du lyrisme des Canti. Leopardi, négligeant dédaigneusement l'arsenal romantique, y déploie les ressources d'une prose à la fois délicieuse et terrifiante, dont la littérature européenne offre bien peu d'exemples. Dans ce petit théâtre philosophique, fiévreusement élaboré au début du XIXe siècle, le nihilisme moderne semble naître tout armé. Schopenhauer, Nietzsche, grands lecteurs de Leopardi, creuseront ce sillon ; d'autres suivront celui du Désir. Grosses d'un désespoir qui est déjà le nôtre, ces pièces témoignent aussi de la littérature comme activité frivole et nécessaire, comme exercice presque joyeux du sens contre le rien.
I. MarcheurLe père est un marcheur qui n'a pas son pareil. Il faudrait plutôt dire, même, une sorte d'arpenteur. Il marche à sa mesure, grand, dégagé, efficace, sans se retourner, sans se soucier de ce qui advient derrière lui. Epuise son monde. Sème son monde. Me perd comme cela un dimanche, dans les couloirs du métro, station Porte de Saint-Cloud: sectionnée par la sottise d'un portillon automatique qui ne voit pas qu'on marche ensemble. Des jambes maigrichonnes de neuf ans, sandalettes aux pieds, qui peinent à suivre l'allure et la carrure paternelles. Lui, la cinquantaine bien entamée, alerte, qui marche en «sans-gênes», ses chaussures préférées. Pour dire à quel point rien ne l'entrave. Mais au fil des ans, la figure des vendeuses qui s'allonge et leurs yeux qui s'arrondissent quand il leur demande si elles en ont, des «sans-gênes» en 44, et un jour plus personne dans les magasins de chaussures, sauf lui, pour savoir ce que c'était. «Un modèle qui ne se fait plus» prétendent, sans croire qu'il ait jamais existé, les vendeuses qui ne portent même plus de blouses boutonnées jusqu'en haut resserrées à la taille par une ceinture. Leur droiture quand elles apportent une pile de boîtes, mais pas pour lui. Son dépit alors. Et leurs haussements d'épaules ses talons tournés.Lui, station Porte de Saint-Cloud, continue son chemin. Ne s'aperçoit de sa fille perdue en route qu'une fois le métro parti. Descend à la prochaine, Exelmans, revient sur ses pas la chercher. Confus. Moi dans le métro suivant, perplexe, jusqu'à la porte de Montreuil. C'est là qu'on allait. Pas trouvé de père là-bas; demi-tour. Ligne longue la 9, métros rares le dimanche, le temps qu'il faut pour se rejoindre. Grande frousse. S'en remettre en parlant fort tous les deux en même temps dans une brasserie de la Porte de Saint-Cloud, grenadine et café, et puis reprendre l'autobus 136 qui nous ramène chez nous, terminus cité de la Plaine. Piteux: allez raconter ça, qu'on n'a rien vu à Montreuil.L'homme aux «sans-gênes» marchera seul, de plus en plus. Pas foule pour s'essayer à son pas.Sur l'unique photo de lui en ouvrier de Billancourt, il marche, précisément, et de l'allure qu'on lui connaît. Petite photo perdue au milieu d'autres, sans usines dans le décor, plutôt des pommiers, dans une boîte à gâteaux «L'Alsacienne», en métal, enfermée dans une des armoires maternelles. Une photo sans auteur ni date ni circonstances connus - et pas lui qui viendra les dire, mort depuis vingt ans tout rond ces jours d'août 2006 quand les mots se cherchent pour dire exactement comme il marchait. Photo seule de son espèce, juste pour donner à le voir aspiré par le poumon de l'usine; tellement silencieux là-dessus. La preuve de lui dans ce monde à rougeoyer et vrombir si fort qu'une île en enserre autant qu'elle peut. Une île bien attachée par deux ponts: pas question qu'elle parte à la dérive, la «forteresse ouvrière».Pas tout de suite, pas encore, pas maintenant, seulement quand on l'aura décidé; ça viendra bien assez tôt.