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L'oeuvre-vie d'Antonio Gramsci
Descendre Romain ; Zancarini Jean-Claude
LA DECOUVERTE
27,00 €
Épuisé
EAN :9782348044809
Antonio Gramsci (1891-1937) reste l'un des penseurs majeurs du marxisme, et l'un des plus convoqués. L'?uvre-vie aborde les différentes phases de son action et de sa pensée ? des années de formation à Turin jusqu'à sa mort à Rome, en passant par ses activités de militant communiste et ses années d'incarcération ? en restituant leurs liens avec les grands événements de son temps : la révolution russe, les prises de position de l'Internationale communiste, la montée au pouvoir du fascisme en Italie, la situation européenne et mondiale de l'entre-deux-guerres. Grâce aux apports de la recherche italienne la plus actuelle, cette démarche historique s'ancre dans une lecture précise des textes ? pour partie inédits en France ?, qui permet de saisir le sens profond de ses écrits et toute l'originalité de son approche.Analysant en détail la correspondance, les articles militants, puis les Cahiers de prison du révolutionnaire, cette biographie intellectuelle rend ainsi compte du processus d'élaboration de sa réflexion politique et philosophique, en soulignant les leitmotive et en restituant " le rythme de la pensée en développement ".Au fil de l'écriture des Cahiers, Gramsci comprend que la " philosophie de la praxis " a besoin d'outils conceptuels nouveaux, et les invente : " hégémonie ", " guerre de position ", " révolution passive ", " subalternes ", etc. Autant de concepts qui demeurent utiles pour penser notre propre " monde grand et terrible ".Table des matières : IntroductionPremière partieFormation d'un intellectuel socialiste (Turin, 1911-1919)Chapitre 1. Gramsci à TurinUne capitale ouvrière et universitaireScience du langage et philologieLa linguistique comme armeChapitre 2. Temps de guerre" Neutralité active et agissante "" Canis nationalis, asinus universalis ! " : pacifisme et antinationalismeProtectionnisme et libéralisme" Dans la guerre, nous voyons aussi les hommes "Chapitre 3. " Le socialisme, c'est-à-dire l'émancipation " : le rôle de la cultureL'influence de La VocePas de révolution sans formation culturelleLa culture et l'instruction à l'assaut de l'autoritarismeUn amour politique pour la musiqueLes subalternes doivent se réapproprier les traditions culturellesChapitre 4. Socialisme, morale et religion" Notre évangile est la philosophie moderne "La cité futureCombattre le fatalisme, " poids mort de l'histoire "Chapitre 5. Gramsci, philosophe idéaliste ?Idéalisme et immanentismeHistoricité de la philosophie, contemporanéité de l'histoireUn volontarisme exacerbéChapitre 6. Le tournant de la révolution russeLire Marx avec des lunettes néo-idéalistes" La révolution contre Le Capital "Intransigeance dans l'action et tolérance dans la discussionLa fin de la guerre : vers un nouvel ordre international bipolaire... et vers la révolutionDeuxième partieLe militant révolutionnaire (1919-1926)Chapitre 7. L'Ordine nuovo, Turin" Nous voulions faire, faire, faire "Des soviets à l'italienne : les commissions internesLes premiers conseils ouvriers : Fiat-Centro et BrevettiLe programme des délégués d'usineLa " scission d'avril " 1920L'occupation des usines (septembre 1920)" Pessimisme de l'intelligence, optimisme de la volonté "Le sentiment de la défaiteChapitre 8. Devenir un communiste de partiGramsci, directeur de L'Ordine nuovo quotidien (janvier 1921-mai 1922)La situation italienne : le fascisme, les luttes ouvrièresLe parti italien et l'InternationaleLes Arditi del popoloL'Alliance du travailChapitre 9. Gramsci au pays des soviets, entre amours et politiqueRencontres au sanatoriumÀ pied d'?uvre pour l'InternationaleÉchec du projet de fusion avec les socialistes italiensLes très chères camarades Eugenia et Giulia SchuchtChapitre 10. Vienne, Giulia et les camaradesPartir du mouvement spontané des massesL'hégémonie du prolétariat ou l'alliance nécessaire entre ouvriers et paysansChapitre 11. Le retour en Italie et l'affaire Matteotti" À bas le gouvernement des assassins ! "Secrétaire général du PCd'IRenforcer le parti sans ménager sa peineChapitre 12. Lutter pour organiser le PartiLe " Sarde bossu " face aux fascistesLuttes intestines au PCd'IGiulia, Delio et Eugenia à RomeSuccès et innovations au IIIe congres du PCd'I organisé dans la clandestinitéChapitre 13. Faire le point avant la tempêteLa lettre au comité central du parti soviétiqueLes Notes sur le problème méridionalL' " hégémonie du prolétariat ", ou comment s'allier avec la paysannerie8 novembre 1926 : l'arrestationTroisième partieLe prisonnier (1926-1937)Chapitre 14. De l'arrestation au procèsQuarante-quatre jours à UsticaMilan : l'instruction du procèsFin septembre 1927, l'hypothèse d'un échangeChapitre 15. " Une étrange lettre " et ses conséquences" Onorevole Gramsci, vous avez des amis qui certainement désirent que vous restiez un bout de temps en prison "L'hypothèse d'un échange d'État à ÉtatTenir le parti italien à l'écart des tractationsChapitre 16. Le procès contre les dirigeants communistesLa partie est jouée d'avanceVingt-cinq ans de prison requis contre " l'âme de tout le mouvement "Un procès purement politiqueChapitre 17. Matricule 7047, maison pénale de TuriTania, courroie de transmission avec l'extérieur et le partiUn programme intensif de lectures littéraires et linguistiques" Esprit populaire créateur " et " conception complexe " du temps (19 mars 1927)Etudier et " mettre de l'ordre dans ses idées " (1927-1929)Croce, Marx, BoukharineRéflexion sur l'américanisme et le fordismeChapitre 18. L'atelier des CahiersUne structure mosaïqueTerminologie, censure et autocensureLe déclenchement de la pensée : les notes 43 et 44 du cahier 1 (février-mars 1930)Chapitre 19. Les paroles de Gennaro, le silence de GiuliaGennaro Gramsci à Turi, d'étranges retrouvaillesLe silence de Giulia : " l'autre prison "Interférences soviétiquesChapitre 20. Faire retour à Marx pour repenser la philosophie marxistePour Marx et Labriola, contre Boukharine et Croce : les premières Notes de philosophie (mai-aout 1930)" C'est seulement quand on crée un État qu'il est véritablement nécessaire de créer une haute culture "Opposer un " centralisme démocratique " au " centralisme organique "Repenser le rapport structure/superstructuresDu matérialisme historique à la philosophie de la praxis (septembre-novembre 1930)Chapitre 21. Assemblée constituante et " guerre de position "" Le coup de poing dans l'?il "Transformer la conscience historique et politique du peupleUn profond désaccord avec la ligne du partiUne stratégie alternative : la " guerre de position "Chapitre 22. Les concepts politiques : l'hégémonie et ses harmoniques" S'élever à la phase d'hégémonie politico-intellectuelle "La fonction des intellectuelsL'État " dans sa signification intégrale "Hégémonie de la bourgeoisie : un processus historique" L'appareil hégémonique ", " l'exercice normal de l'hégémonie " et la " crise d'hégémonie "Machiavel et le " Prince moderne "" La guerre de position, en politique, c'est le concept d'hégémonie "Hégémonie et démocratieChapitre 23. Pour une philosophie de la praxisLe congrès d'OxfordL'unité de la théorie et de la pratiqueFace à l'évolution de la " discussion philosophique " en Union soviétiqueTous philosophes : vers un nouveau sens communChapitre 24. De l'Anti-Croce au " philosophe démocratique "L'histoire " éthico-politique "TraductibilitéLa traductibilité en acte : la religion, le langage et le philosophe démocratique (cahiers 10 et 11, été 1932)Chapitre 25. Penser l'état du monde" Révolution passive " et " guerre de position "" Américanisme "" Le nouvel industrialisme " et la stratégie des subalternesFascisme et URSS : deux régimes " qui se posent comme totalitaires "L'Union soviétique peut-elle sortir de " la phase de primitivisme économico-corporatif " ?Sur Staline et TrotskiChapitre 26. " La volonté de résister "Le transfert à FormiaLa " grande tentative " et la liberté surveilléeRevoir GiuliaÀ bout de forces" Tout un cycle de ma vie se terminera peut-être définitivement "ConclusionPrésentation des sources et abréviationsRepères chronologiquesBibliographie essentielle en françaisIndex des noms de personnes.
Présentation de l'éditeur L ouvrage de référence sur l un des plus grands designers français, célébré et exposé dans le monde entier, et dont les uvres font partie de notre imaginaire collectif.Pierre Paulin est la figure de proue du design français. La Langue est l une des formes emblématiques du monde contemporain. Elle concentre tout son art. Nombre de ses créations - le fauteuil Ruban, le Champignon, le Globe - ont bouleversé nos environnements et la manière de les habiter. Mais son influence va au-delà du design. Soucieux des couleurs, des formes et des matériaux, il a inventé et décliné de nouvelles harmonies. Passionné par les technologies et les innovations qui les rendent possibles, il n a cessé d évoluer et d étonner par des choix et des revirements inattendus. Il inspira dès les années 50 d innombrables créateurs de mobilier. Mais sa réserve naturelle et son isolement volontaire expliquent peut-être qu un tel livre n avait pas encore été publié sur cet homme secret et rare.Une iconographie exceptionnelle, tirée des archives personnelles de Pierre Paulin, complétée de photographies inédites de Benjamin Chelly.
Quels sont les facteurs de la croissance urbaine ? Pourquoi certaines villes se développent-elles plus que d'autres ? Comment explique-t-on qu'une population cesse d'augmenter ? Autant de questions, propres aux sciences sociales modernes, qui dès 1588 orientent la réflexion de Botero dans ce petit livre, chef-d'oeuvre de la géographie et de la pensée urbaine. Nourri de l'information produite par l'extension considérable du monde connu au XVIe siècle et d'une forme nouvelle de comparatisme, il témoigne d'une approche déjà "globale" et présente une idée neuve de la ville.
Bergdoll Barry ; Bony Anne ; Descendre Nadine ; Fo
L'oeuvre de Pierre Paulin, personnalité majeure du design français de la seconde moitié du XXe siècle, se voit enfin consacrer un ouvrage de référence. Ce livre se veut moins un catalogue raisonné qu'un véritable outil de réflexion permettant des approches multiples de la carrière du designer, à travers le choix rigoureux de pièces significatives et pour certaines inédites, dont notamment plus de soixante-dix planches et plans de travail issus des archives de Pierre Paulin. De la Langue au Ribbon Chair, les sièges devenus icônes imaginés par Pierre Paulin ont pénétré l'inconscient collectif. Leurs apports esthétiques et techniques originaux l'ancrent pleinement dans l'histoire internationale du design. Passant indifféremment de la conception de rasoirs électriques aux aménagements des salons de l'Elysée et du Louvre, répondant avec la même passion aux commandes particulières, étatiques et industrielles, Pierre Paulin se montre tout aussi précurseur comme architecte d'intérieur et scénographe qu'en tant que créateur de mobilier et d'objets industriels, ou encore comme directeur artistique et directeur d'agence.
Cet ouvrage constitue un guide pour tous ceux qui souhaitent s'initier à la pratique de l'art oratoire, ou perfectionner leurs connaissances et maîtriser cette technique. Il aborde le sujet en attachant une importance primordiale au public, et en postulant que seule une approche complète de ce dernier permet de délivrer un discours pleinement convaincant. Chapitre après chapitre, il prodigue de nombreux conseils, techniques, exemples, basés sur des vidéos et/ou reproduction de discours de grands orateurs (avocat, conférenciers...) et exercices pour apprendre à construire son discours et prendre efficacement la parole en public. Il se donne pour but de conduire jusqu'à l'improvisation orale, considérée comme la forme la plus achevée de l'éloquence, afin que les orateurs de demain apprennent à générer, entre le public et eux, une forme de communion, riche et intense.
La drogue est la continuation de la politique par d'autres moyens : telle est sans doute l'une des leçons les plus méconnues du IIIe Reich... Découverte au milieu des années 1930 et commercialisée sous le nom de pervitine, la méthamphétamine s'est bientôt imposée à toute la société allemande. Des étudiants aux ouvriers, des intellectuels aux dirigeants politiques et aux femmes au foyer, les petites pilules ont rapidement fait partie du quotidien, pour le plus grand bénéfice du régime : tout allait plus vite, on travaillait mieux, l'enthousiasme était de retour, un nouvel élan s'emparait de l'Allemagne. Quand la guerre a éclaté, trente-cinq millions de doses de pervitine ont été commandées pour la Wehrmacht : le Blitzkrieg fut littéralement une guerre du "speed". Mais si la drogue peut expliquer les premières victoires allemandes, elle a aussi accompagné les désastres militaires. La témérité de Rommel, l'aveuglement d'un Göring morphinomane et surtout l'entêtement de l'état-major sur le front de l'Est ont des causes moins idéologiques que chimiques. Se fondant sur des documents inédits, Norman Ohler explore cette intoxication aux conséquences mondiales. Il met notamment en lumière la relation de dépendance réciproque qui a lié le Dr Morell à son fameux "Patient A", Adolf Hitler, qu'il a artificiellement maintenu dans ses rêves de grandeur par des injections quotidiennes de stéroïdes, d'opiacés et de cocaïne. Au-delà de cette histoire, c'est toute celle du IIIe Reich que Ohler invite à relire à la lumière de ses découvertes.
Que signifie "protéger la nature" ? Répondre à cette question concrète, urgente, suppose d'affronter une question proprement philosophique. Car la notion même de "nature" ne va plus de soi. On a pris l'habitude d'aborder l'environnement à partir des oppositions entre nature et culture, naturel et artificiel, sauvage et domestique, que la globalisation de la crise environnementale a effacées : le changement climatique remet en cause la distinction traditionnelle entre histoire de la nature et histoire humaine. Ces oppositions tranchées n'ont plus lieu d'être, mais leur effacement ne signifie pas pour autant le triomphe de l'artifice. On peut continuer à parler de "nature" et même en parler mieux, parce qu'il n'y a plus à choisir entre l'homme et la nature, mais plutôt à se-soucier des relations entre les hommes, dans leur diversité, et la diversité des formes de vie. Que l'on s'intéresse à la protection de l'environnement, aux techniques ou à la justice environnementale, cet ouvrage montre qu'il est possible de concilier le souci de la nature, la diversité des cultures et l'équité entre les hommes ; et qu'il existe aussi des manières d'agir avec la nature et pas contre elle.
En tant que femmes, nous sommes tous les jours les cibles d'interpellations, de harcèlement, d'agressions verbales, physiques ou sexuelles plus ou moins graves, plus ou moins violentes, au travail, dans l'espace public et privé. Souvent nous ne savons pas comment réagir, comment dire non, et comment faire comprendre que, lorsque nous disons non, c'est non. L'autodéfense pour femmes - qui n'a rien à voir avec du kung-fu -, ce sont tous les petits et grands moyens de se sentir plus fortes, plus sûres de soi et plus aptes à se protéger et à se défendre dans toutes les situations de la vie quotidienne, que ce soit au niveau mental, émotionnel, verbal ou, en dernier recours, physique. Comment reconnaître et prévenir une situation d'agression ? Comment réagir efficacement, savoir se protéger et éviter la violence ? Ce guide pratique propose une série d'astuces simples et faciles pour poser ses limites et se sortir de situations difficiles : identifier le type d'agression et la psychologie de l'agresseur, utiliser et gérer ses émotions, prévenir la violence par la défense verbale et la désescalade du conflit, mobiliser des tactiques de diversion et de fuite, faire jouer la solidarité, savoir où frapper pour faire mal... Contre tous les stéréotypes qui interdisent habituellement aux femmes de prendre leur sécurité en main, il faut apprendre à dire non et oser se défendre.
Pourquoi la question migratoire est-elle aujourd'hui réduite, en Europe, à cette notion de crise ? Dans un contexte de tensions politiques, de débats médiatiques véhiculant souvent des catégories d'analyse impropres ou erronées, l'ouvrage se propose de faire le point sur les enseignements que ladite crise a révélé en termes de nouvelles pratiques, et de logiques latentes. Les événements survenus en Méditerranée au cours de l'année 2015, communément qualifiés de " crise des migrants ", ont bien constitué le révélateur d'une crise profonde en Europe. Mais de quelle " crise " parlons-nous ? Pourquoi le fait migratoire est-il aujourd'hui le plus souvent réduit, en Europe, à cette notion ? Pour les auteur. e. s de cet ouvrage, l'utilisation de ce terme reflète avant tout le refus des Etats européens d'intégrer les dimensions contemporaine et internationale d'un phénomène qu'il est illusoire de prétendre enrayer et qui ne peut au demeurant être qualifié ni de nouveau ni d'imprévisible. Cette attitude de déni se traduit par une gestion meurtrière des frontières et le renoncement au principe de solidarité entre Etats membres qui est supposé fonder l'Union européenne. Elle met en évidence la véritable crise, celle de l'accueil. Grâce à un éclairage pluridisciplinaire, cet ouvrage se propose de faire le point sur ce que la " crise " nous apprend, en termes de nouvelles pratiques et de logiques latentes.
Biographie de l'auteur Cette traduction en français a été réalisée à partir de la quatrième édition allemande, qui prenait en compte les ultimes corrections de l'auteur. Les traducteurs se sont également efforcés de rendre la dimension littéraire et poétique d'une oeuvre qui, au-delà de la dénonciation du capital comme système économique, est aussi un grand livre de la littérature universelle.
Ce livre est une réflexion sur le destin apocalyptique de l'humanité. Celle-ci, devenue capable d'autodestruction, soit par l'arme nucléaire, soit par l'altération des conditions de survie, se doit de regarder avec sérieux les menaces qui pèsent sur elle. Il nous faut croire à la réalité de la catastrophe et non à sa simple éventualité pour la prévenir efficacement.L'impossible de demain, l'improbable futur, se font présent et la " précaution " ne suffit pas : elle décide pour le présent dans l'incertitude des conséquences futures, mais elle ne va pas jusqu'à penser l'impossible comme certain, jusqu'à nous en donner l'évidence.S'appuyant sur l'exemple de la dissuasion nucléaire, Jean-Pierre Dupuy donne ici une réflexion fondamentale sur le changement d'attitude vis-à-vis de l'avenir qui devrait être le nôtre si nous ne voulons pas sombrer dans la catastrophe.
Une société démocratique doit traiter tous ses membres comme des égaux. Mais doit-elle admettre leurs différences pour permettre à leurs identités de s'exercer librement et de s'épanouir ? Jusqu'où peut-elle aller dans la reconnaissance de leurs spécificités ? Cette légitimation est-elle nécessaire à la dignité des individus ? Ces interrogations sont au coeur de la controverse sur le multiculturalisme. La réflexion historique et philosophique de Charles Taylor permet de mieux penser l'enjeu fondamental qu'est la demande de reconnaissance exprimée par tous les groupes ? communautés religieuses, associations féministes, minorités culturelles, etc. ? coexistant au sein d'un même Etat. Ce texte devenu classique pose une question cruciale : la démocratie, soucieuse de garantir les droits et le bien-être de ses citoyens, doit-elle privilégier une culture, celle qui la fonde, ou s'accommoder de toutes ?
A la fin des années 1970, Michel Foucault a avancé le concept de "crise de gouvernementalité" pour approcher des phénomènes où la contestation de certains pouvoirs — religieux, politiques, disciplinaires... —, d'abord localisée, s'est élargie pour mettre en question un dispositif général de gouvernement, un ensemble de relations de pouvoir. Chaque fois s'y exprime quelque chose comme : "nous ne voulons plus être gouvernés ainsi". C'est l'une des ambitions de cet essai que de montrer la fécondité de ce concept pour éclairer des révoltes passées et présentes, pour compliquer et compléter les perspectives centrées sur la seule lutte des classes et celles qui se sont attachées à la construction de la démocratie, à la dynamique égalitaire et à l'institutionnalisation de ses formes. Il s'agit aussi de poser un diagnostic sur la crise actuelle de l'Etat néo-libéral, au sein duquel démocratie et libéralisme tendent à se dissocier et dont la vision de l'économie renvoie les dégâts sociaux et écologiques au rang d'externalités négatives. Il s'agit enfin et peut-être surtout de penser "un art de ne pas être trop gouverné" qui ne serve pas d'auxiliaire involontaire aux formes de dérégulation économique et de dévastation écologique, mais s'articule à un souci ici thématisé comme celui de "l'usufruit du monde".